Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Les défis pour la France et l’Europe

Respectable Loge, Demain, Orient de Paris, Région 11 Paris 1

Mots Clefs : Alliance géostratégiqueDéfenseLibertésSouveraineté industrielleValeurs

La souveraineté ne signifie pas fermer les frontières et adopter une posture étroitement nationaliste qui nous entraînerait dans l’abîme, mais plutôt nous réapproprier tout ce dont nous avons besoin sur le plan sanitaire afin de pouvoir affronter sereinement la prochaine crise de cette nature. Quand je dis « nous », j’inclus ceux parmi nos partenaires de l’UE qui privilégient la solidarité européenne aux juteux – mais éphémères – contrats avec Pékin… Il est aberrant que 500 millions d’Européens – très au point par ailleurs sur le plan technique – dépendent pour leur santé et leur sécurité sanitaire de matériels et de produits fabriqués dans un État tiers, a fortiori quand celui-ci n’est ni allié, ni même ami, et pourvu de surcroît d’un gouvernement à la fois autoritaire et interventionniste.

La souveraineté industrielle

Il conviendrait de mutualiser efficacement les productions de matériels nécessaires. Cela ne concerne pas seulement le sanitaire, du reste ; qu’en serait-il en temps de crise géopolitique grave si l’électricité portugaise, l’activité portuaire grecque ou l’automobile italienne passaient sous contrôle chinois ? Cette crise traduit le péril très concret d’une délocalisation tous azimuts, et je pense que l’UE ne pourra pas faire l’économie d’une réflexion de fond, à très court terme, sur son indépendance vis-à-vis de l’extérieur.

J’irai plus loin : la crise du Covid-19 est le dernier avertissement lancé à l’Europe. Comme l’a bien réaffirmé Jean-Yves Le Drian, « l’Europe doit être géopolitique » autrement dit assumer les coûts et le statut de puissance globale et non seulement ceux d’un club à vocation exclusivement commerciale, technique et culturelle. Sinon, elle disparaîtra morceau par morceau, chacun de ses membres – y compris la France – perdant peu à peu sa souveraineté au profit de la Chine ou d’autres puissances impériales.

La souveraineté, c’est aussi l’industrie de défense

Une longue tradition de puissance et d’indépendance d’une part, le talent pluriséculaire de nos ingénieurs d’autre part, les vicissitudes de l’histoire enfin nous ont « offert » de posséder aujourd’hui l’un des plus beaux outils de défense au monde. Il ne s’agit pas de faire assaut de chauvinisme mais, en période de crise, de savoir ce qu’il peut nous procurer.

D’abord, la défense fait travailler directement ou indirectement 400 000 personnes et en nourrit donc au moins deux fois plus, ce qui est loin d’être négligeable, surtout par les temps qui courent.

Ensuite, pour des raisons évidentes de sécurité, ces emplois ne sont pas pour l’essentiel délocalisables et profiteront par conséquent toujours à des travailleurs vivants, se logeant et consommant en France.

Enfin les produits de défense, généralement à très forte valeur ajoutée, fixent nombre d’ingénieurs de haut niveau et génèrent des plus-values considérables. J’ajoute que dans un marché mondial en forte expansion, ils sont et demeureront très demandés, indépendamment de telle épidémie virale n’altérant en rien la plupart des ambitions géopolitiques, on le constate au quotidien.

On pourra toujours chicaner, mais au regard de notre situation extrêmement critique en termes d’emploi, de balance commerciale et de finances publiques, se serait folie de négliger ces atouts.

Une nouvelle alliance géostratégique

A contrario de l’idée reçue, Washington, ne se retire pas des affaires du monde mais les chamboule ! Son président – dont la crise sanitaire a mis une fois encore en relief tragi-comique l’inconséquence et l’impéritie – cherche à casser les structures d’alliances et les équilibres multilatéraux existants avec pour rares constantes de prises de décision le nationalisme d’une part, l’obsession mercantiliste d’autre part, son bon plaisir enfin. Si vous y ajoutez une forte influence évangélique d’ordre électoraliste, vous obtenez un cocktail tout de même explosif.

Pourtant, si, là encore, l’économie doit lourdement pâtir, je ne serais pas aussi catégorique sur le fameux « déclin américain » que ceux qui l’annoncèrent à quatre reprises en moins d’un siècle et demi ! Avec ou sans Covid-19, l’exceptionnelle force de frappe US sur les plans militaire, technologique, diplomatique, énergétique, financier, scientifique, démographique et universitaire est et demeurera longtemps encore, avec, soit dit en passant, moins de handicaps que n’en accuse la Chine. Tenons compte des précédents rebonds manifestés dans d’autres circonstances (mais chaque cas géopolitique est particulier !) au cours des décennies 1860, 1940 et 1980.

Comment éviter les deux graves problèmes qui se poseront à la France

D’abord – et ce n’est pas nouveau – depuis la chute de l’URSS, jamais l’OTAN ne s’est redéfinie dans sa vocation et ses missions, y compris en allant crapahuter en Asie centrale, au Moyen-Orient ou au Sahel où la menace communiste se fait tout de même très discrète… Quant à la Russie actuelle, elle n’est pas l’adversaire systémique que fut l’Union soviétique. Avoir accompagné nos alliés américains dans la sauvegarde du camp démocratique face au bloc de l’Est fut une chose, hautement nécessaire ; les suivre dans des aventures mal définies (war on terrorde Bush fils) ou unilatérales et inconséquentes façon Trump en serait une autre, négative.

Ensuite, on ne peut forcer un allié à le demeurer. Si les États-Unis cassent l’OTAN en proposant des alliances bilatérales inféodant leurs partenaires, nous devrons absolument nous adapter. Avec qui nous allier alors ? L’Allemagne étant durablement et profondément rétive à assumer le rôle de puissance globale, et l’Europe orientale ne jurant que par la protection US face à Moscou, je ne vois que les Britanniques avec lesquels nous partageons énormément et pourrions constituer un puissant tandem géopolitique, noyau que pourraient bien entendu rejoindre d’autres Etats privilégiant une réelle indépendance vis-à-vis de Washington. Nos voisins d’outre-Manche le voudront-ils ? Peu probable pour l’heure, mais quand ils s’apercevront que les Américains ne favorisent plus (depuis au moins Barack Obama du reste) la « relation spéciale », alors peut-être… Et puis, en géopolitique, alliances, ruptures d’alliances et rapports de force changent souvent à un rythme soutenu.

C’est pourquoi, face à une Chine impérialiste et sans cesse plus autoritariste, nos valeurs et libertés démocratiques fondamentales sont à terme menacées ; nous devons pour les défendre renforcer nos compétences, instruments et attributs de défense et de souveraineté.

Proposition phare

Renforcer nos compétences, instruments et attributs de défense et de souveraineté pour défendre nos valeurs et libertés fondamentales menacées.

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