Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Agir pour une Société Solidaire

Respectable Loge, Ténacité et Solidarité, Orient de Yerres, Région 7 Ile de France

Mots Clefs : AgirBien communSociétéSolidarité

Contexte et problématique de la contribution

Rêver d’une société idéale, d’autres que nous s’y sont risqués, depuis Platon, Thomas More et les Lumières …. Encore faut-il s’entendre sur un modèle !

Pour le franc-maçon, le chemin est tracé…
Il est pavé des hautes valeurs exaltées dans l’article 1er de notre Constitution : travailler à l’« amélioration matérielle et morale, et au « perfectionnement intellectuel et social » de l’Humanité. Il est aussi rendu possible pour autant que les serments successifs que chacun de nous a prêtés au cours des marches qu’il a franchies soient compris … et respectés. Ce chemin est double : vous savez ! … « Améliorer à la fois l’Homme et la Société ». Bien que traitant ici le deuxième terme de ce projet, c’est bien de l’Homme dont il s’agira de parler, et de sa capacité à construire.

Parmi tous les sujets (angles d’attaque) proposés par le cadre du Livre Blanc du Grand orient de France notre Loge a choisi de définir une société d’« après » fondée sur la solidarité de ses membres, leur capacité à comprendre ( id leur soif de connaissance), et leur volonté d’agir.

État des réflexions produites par les trois commissions

Quelle société

La société vaut par les valeurs qui l’inspirent, la politique qu’elle mène, la liberté qu’elle octroie, le projet qu’elle affiche et le progrès qu’elle permet : …, pour autant que les êtres humains qui la composent agissent avec responsabilité et lucidité. La méthode maçonnique nous ouvre la voie de cette introspection nécessaire. S’extraire d’un égocentrisme…hélas naturel…et replacer l’être humain à sa juste place, intégré dans un tout, en apprenant à choisir de sacrifier un peu de ses désirs … !

Quelles valeurs

La société est nourrie par les valeurs qu’elle porte au plus haut, mais la valeur ne peut-elle se concevoir que lorsqu’elle se mesure ? Des chiffres parfois trompeurs, qui ne savent expliquer la réalité du monde que par le prisme de l’économie, occultent les autres dimensions de la vie humaine comme les rapports sociaux ou le besoin de spiritualité. Nous ne pensons pas que l’on doit se référer à un étalon, à des normes auxquelles les êtres humains doivent se plier et qui uniformisent notre monde et notre pensée.

Le politique

L’être humain est un animal sociable : il ne peut vivre et s’épanouir qu’au milieu de ses semblables. C’est pourquoi nous avons besoin de morale, mais aussi de politique, pour que nos forces s’ajoutent au lieu de s’opposer, pour que l’être humain soit libre.

Un homme libre dans une société libre

Sans nier l’importance de la raison et de la connaissance, notre méthode maçonnique nous met sur la voie d’une approche plus globale d’une société libre utilisant la pensée analogique et le symbolisme. Sans qualificatif, le mot « liberté », seul, ne veut rien dire. Le regard de l’Autre est important ! « Liberté de vouloir », oui ! … « Liberté de faire », oui ! … Mais aussi « liberté d’esprit ». Comment retrouver une liberté de pensée élargie, inaliénable, fuir la pensée unique de masse, les idéologies, sinon par l’indignation et la transgression ? … Par le pas de côté, quoi ! … « Liberté de rêver », enfin !
Ajoutons qu’un malentendu existe avec le mot « liberté ». En réalité, il ne signifie pas l’absence de règles, mais au contraire, la règle que l’on se fixe à soi-même dans le respect des règles morales de la société dans laquelle on vit.

Utopie et Progrès 

L’utopie mobilise d’autres ressources de l’esprit laissant une place au rêve et à l’espoir qui ré-enchantent les cœurs des êtres humains devenus trop gris, étouffés. Ré-enchanter les êtres humains pour ainsi renouer avec cette croyance en la notion de Progrès. Une notion de Progrès revenant à son sens humaniste : la perfectibilité de l’Être Humain.

La pratique de la solidarité

La Solidarité est l’une des hautes valeurs de notre engagement maçonnique. Elle est, avec la Fraternité, le ciment des rapports entre les Frères et les Sœurs. Avec elle, elle contribue à créer l’égrégore, ce « supplément d’âme » qui fait que le tout est supérieur à la somme de ses parties.

Solidarité et Interdépendance

Le virus nous a ouvert les yeux sur une forme de relation qui relie l’ensemble du vivant et qui avait échappé au seul être doté d’une conscience, l’être humain … c’est l’interdépendance. La situation actuelle nous montre à quel point nous sommes liés les uns aux autres, liés à ceux qui nous soignent, qui nous nourrissent, qui cherchent un vaccin dans un laboratoire, qui ramassent nos poubelles, etc. … autant de catégories de personnes qui ont été confinés, par mépris, dans un statut de précarité que beaucoup d’entre nous ne peuvent pas imaginer.

Elle nous lie aussi à l’ensemble à tous les règnes qui composent le vivant. L’interdépendance est la valeur cardinale de la société.

Solidarité et Société

A la faveur de la réflexion qui commence à se cristalliser en ce dixième mois de pandémie, on sent bien que, malgré le spectre de crise sociale monstrueuse qui se profile, il est une notion qui commence timidement à émerger et à traverser transversalement tous les débats : celle de « valeurs communes », celle de « service public » ou de « bien commun », celle qui échappe évidemment par nature et par destination à toute marchandisation et à toute notion de profit. Elle ne date pas d’aujourd’hui : depuis le milieu du XIXème siècle, c’est l’essor du mouvement mutualiste à travers les sociétés de secours mutuel créées dans la foulée du syndicalisme ouvrier, c’est en 1945 la Sécurité Sociale créée par le Conseil National de la Résistance, c’est de nos jours le développement continu de l’économie sociale et solidaire : ce sont aussi la gestion du climat, du numérique, de la santé, de l’énergie, de la propriété de la terre, des semences agricoles, etc. …

Un lien qui libère

Se nourrissant de la diversité des individus qui le composent, le lien solidaire que représentent le « bien commun » et sa gouvernance, au contraire de ce qui pourrait apparaître comme une contrainte, libèrent le collectif qu’ils servent. De toutes parts, de nouvelles formes de mobilisations citoyennes montrent comment, à travers la multiplication d’actions de justice, une communauté diffuse de citoyens peut s’organiser pour demander des comptes aux gouvernants et aux entreprises impliquées, par exemple dans les fortes émissions polluantes, et tente dans ce cadre, à partir de dynamiques nationales et régionales, de reprendre progressivement un certain contrôle sur la gouvernance des biens communs.

La solidarité est l’élément indispensable et régulateur de cette valeur. C’est ce modèle qu’il faut pérenniser.

Agir

Mais que serait une société basée sur la solidarité si son action ne consistait qu’en élucubrations et palabres, … si l’action en était absente ? Le premier serment que nous avons prêté, au grade d’Apprenti, ne dit-il pas : « …Je promets d’aimer mes Frères et mes Sœurs et de mettre en pratique, en toute circonstance, la grande loi de la solidarité humaine qui est la doctrine morale de la franc-maçonnerie. Je pratiquerai l’assistance envers les faibles, la justice envers tous, le dévouement envers ma famille, ma patrie et l’humanité, la dignité envers moi-même. …» ? Ce serment nous engage en conscience : c’est une grave responsabilité !

Agir est dans les gènes du Franc-maçon.

Pourtant, force est de constater qu’« avant », la construction de cette société, que nous appelons de nos vœux ponctués par une batterie républicaine 2 fois (et plus) par mois, est trop souvent un vœu pieux. Que nos actes, quand il y en a, ont souvent une saveur d’incomplétude, d’inachèvement. Nous ne sommes pas entièrement là dans ce que nous faisons, au risque d’apparaître comme les fantômes de notre être véritable. Et le monde autour de nous se désincarne, il devient chose vaine par notre absence.

Notre Loge, pourtant, n’a pas été exempte d’actions qui ont compté sur la durée : prise en charge – psychologique et matérielle -, des enfants de 3 de nos Frères dont la famille a été endeuillée, impulsion pour planter, tous les 9 décembre, un arbre de la Laïcité sur le Val d’Yerres en liaison avec les municipalités de tous bords, initiative pour tenir tous les ans une Tenue Estivale présidée par alternativement chaque Loge du site Voltaire.

Chacun, chacune d’entre nous se doit de s’engager, dans et au dehors du Temple, afin de faire profiter la Société à venir de la richesse de cet égrégore dont nous avons parlé dans le préambule. Il manque certainement le bénéfice que pourrait apporter à notre Loge un retour sur soi-même de toutes ses composantes et, partant des actions qui pourraient en résulter. Il manque une action phare dans la durée, une action qui engage la Loge par l’action de ses Frères et Sœurs. Il manque une action qui concrétise matériellement les engagements que nous affirmons, dirigée vers la sphère sociale, et qui soutienne une action durable et citoyenne. Et il faut porter haut cet exemple pour que chaque Loge y trouve son Chemin de Damas dans un réseau d’actions coordonnées.

Analyse et propositions opérationnelles concrètes

On voit qu’en ce début d’automne, après dix mois de ce cataclysme qui laisse tout le monde – médecin, politiciens, économistes, entrepreneurs, médias … -, exsangues et pantois, le plus imaginatif des scénaristes de séries-catastrophes américaines n’aurait osé maltraiter ainsi notre sacro-saint système économico-politique qui avait triomphé des embûches du XXème siècle. Eh bien, un petit bout d’ARN y a réussi !

Alors, notre réflexion, à nous, Francs-maçons, doit porter en dehors des Temples, par nos actions « incessantes et fécondes », un seul message : expliquons que la société qui émergera de ce marasme :

  • doit s’interroger en permanence sur la finalité de ses choix,
  • doit définir les fins avant les moyens,
  • doit passer sans cesse au tamis de sa conscience ses propres décisions,
  • doit remettre d’accord science et conscience,
  • doit refuser de dévoyer le sens des mots « économie » et « progrès » et passer de la compétition à la coopération, de la prédation à la protection.

Une telle métamorphose ne s’improvise pas un lundi matin à 8h !

Elle se panifiera sur des années, des décennies parfois, bien au-delà d’un horizon électoral. Le Franc-maçon que nous sommes a l’habitude du temps long, de la réflexion qui se construit par le débat, qui s’enrichit par l’échange. La méthode que nous employons favorise cela.

Propositions

Etudier et mettre en place la participation de la Loge à un projet à caractère social ou culturel qui consiste à apporter une aide en compétence ou en nature à une association de l’économie sociale locale.
 Promouvoir ce type de démarche auprès de toutes les Loges qui se réunissent sur le Site voltaire de Boussy St Antoine par l’intermédiaire du Comité de Gestion Voltaire (C.G.V.).

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