Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Quelle société souhaitons-nous pour demain ?

Respectable Loge, Intersection, Orient de Paris, Région 12 Paris 2

Mots Clefs : Émancipation et cohésionForces et faiblesses de la sociétéHumanisme écologiqueJusticeLaïcitéSolidarité

   « L’Après coronavirus » est incontournable. Cette crise « doit » changer le cours des choses en faisant basculer nos sociétés. Chacun projette ses propres tropismes ou phantasmes, prenant peut-être ses désirs pour des réalités.

Problématique en jeu : nos valeurs et notre engagement maçonniques peuvent-ils servir à l’édification demain d’une société meilleure ?

   Avec nos « lunettes maçonniques », à la façon du précurseur Galilée, à partir des enseignements tirés de la crise sanitaire internationale du coronavirus, comment voyons-nous / désirons nous la société de demain ?

   Née au début du XVIIIe  siècle, la FM spéculative a d’abord combattu pour la reconnaissance des droits naturels de l’Homme et contre l’absolutisme royal (cf. Déclaration Universelle des droits de l’Homme et des citoyens du 26 août 1789); au XIXe siècle, elle s’est battue pour la liberté absolue de conscience ( la laïcité avec la séparation de l’Église et de l’État, l’émancipation par l’école, la tolérance de toute croyance dans le respect des lois de la République, la lutte contre l’obscurantisme) et la République ( alors que l’Église catholique souhaitait restaurer la monarchie) ; au XXe  siècle, il s’est agi de défendre les valeurs républicaines (liberté et fraternité) contre les fascismes et totalitarismes, de bâtir la république sociale (égalité, fraternité) et de lutter contre toutes les discriminations (égalité, liberté).

   Dans le prolongement de ses/ces combats antérieurs, dont la justification demeure mais qui peuvent prendre de nouvelles formes, quel peut – être le projet de la maçonnerie du XXIe siècle ?

La crise du coronavirus, révélatrice des forces et faiblesses de notre société actuelle

   La crise internationale du coronavirus, à cette heure non terminée, a révélé de nombreuses choses. 

Les forces pour commencer :

   – rappel de la fragilité humaine, des limites à l’hubris humaine, de l’égalité de tous devant la mort inéluctable de chacun, retour aux fondamentaux humains ;

   – reconnaissance de la valeur de l’humain, dans la plupart des pays, placée avant celle de l’argent (« adieu » PIB, déficits et endettements publics) ;

   – prise de conscience que la société néo-capitaliste, néo-libérale et mondialisée actuelle ne reconnaissait pas suffisamment la dignité et la juste de valeur des services rendus par une masse de gens : personnels soignants de tout niveau, agents chargés de la propreté publique, agents des services publics etc. ;

   – à l’actif, nous pouvons enregistrer également avec satisfaction beaucoup moins de morts que ce que l’on aurait pu craindre, malgré l’effet de surprise, grâce à la mondialisation, aux NTIC et aux progrès de la science ;

   – grands élans de solidarité au sein de chaque société nationale ; 

   – prise de conscience de l’importance de la solidarité nationale et européenne (réveil tardif et laborieux de l’Europe sur le volet économique de la « reconstruction ») ;

   – grande capacité de résilience : notamment sur le plan économique où les États ont adopté tout de suite les bonnes mesures, de nature Keynésiennes, consistant à soutenir, à tout prix, la demande quitte à jeter aux oubliettes les préceptes de l’orthodoxie économique antérieure… ; 

   – prise de conscience, par l’effet indirect d’un certain retour aux fondamentaux, des dangers du cours actuel du monde : climat, biodiversité, énergie, démographie, mondialisation et nationalismes.

Les faiblesses :

   – faiblesses des régimes autoritaires (notamment en ce qui concerne la transparence des informations) et démocratiques (hésitation à adopter des mesures contraignantes) pour des raisons différentes ;

   – exacerbation des antagonismes et des égoïsmes nationaux : la course internationale « aux masques » a donné la nausée, lobbysme outrancier des grands laboratoires pharmaceutiques, rodomontades nationalistes ;

   – faiblesse de la gestion multilatérale de la crise (OMS…) ;

    – faiblesses propres à l’État en France : découverte déconcertante que la France avait perdu sa « souveraineté économique » dans des domaines cruciaux : masques, appareils respiratoires, kits de prélèvements, « charlottes » et découverte du manque d’anticipation et de préparation du pays ;

    – quasi-absence de l’Europe dans la gestion même de la crise sanitaire ;

    – une économie à redémarrer ou reconstruire ou redéployer et un chômage très important à résorber ;

    – coût psycho- sociologique du confinement et difficultés propres aux travailleurs indépendants ;

    – le sort réservé aux personnes âgées des EPHAD est à déplorer ;

– durant la phase aiguë de la crise, les personnes malades d’autres pathologies que le coronavirus ont été négligés, il a fallu aussi « choisir les patients à soigner » !

      Comment bâtir la société désirée offrant à chacun le bonheur sur terre ?

   Conformément à nos valeurs universalistes, au-delà de nos devoirs particuliers à l’égard de la patrie et de la famille, nous œuvrons en faveur de l’émancipation, de la cohésion, de la solidarité et de la prospérité de tous les habitants de la planète (quel que soit le sexe, la race ou la nationalité). 

   Par l’émancipation, encore et toujours. L’émancipation est, dans une acception strictement laïque, une finalité et un moyen de la vie humaine. Elle vise l’épanouissement personnel, en permettant à chacun de réaliser de manière éthique ses potentialités. La libération individuelle, condition de la véritable liberté individuelle, passe notamment par l’éducation et la culture (sortir de l’enfermement social et de l’assignation à résidence sociale, s’affranchir des déterminismes sociaux, sortir des préjugés et des conformismes familiaux et sociaux, apprentissage de l’usage de la raison) et aussi par l’amélioration des conditions sociales (l’un allant rarement sans l’autre).

L’émancipation des individus passe aussi par le « culte » souvent oublié que la République porte à la vérité et à la raison ainsi que la diffusion du progrès passe aussi par les sciences (contre les obscurantismes, les préjugés). Il s’agit de se donner les moyens de lutter contre les « fakes news », le complotisme, le conditionnement via les réseaux sociaux et de réévaluer les bienfaits du culte devenu commun du « transgressif » banalisé en « disruptif » et finissant par légitimer toute conduite « nihiliste ».

L’émancipation repose non seulement sur des citoyens éclairés mais également vertueux, nécessaires au bon fonctionnement de la Démocratie et de la République (Montesquieu en faisait le principe de celle-ci).

Par la cohésion, la Paix au-dehors et la Paix au-dedans : 

   – la Paix au-dehors, par la coopération internationale (multilatéralisme, Europe, organisations internationales) face à une montée des menaces : Chine, Russie, Turquie, intégrisme musulman …) ; la paix en portant enfin attention aux évolutions démographiques mondiales et en luttant contre le déni du problème ;

   – la Paix au-dedans, par la solidarité, la justice, la sécurité, la laïcité ; « paix » menacée par les inégalités sociales, spatiales et culturelles, l’intégrisme, le racialisme et le communautarisme qui alimentent le racisme, appel à la nécessaire constitution d’une mémoire partagée (esclavage, colonialisme, racisme).

Par l’indispensable solidarité sociale :

   – l’égalité républicaine ne vise plus que les droits, elle vise aussi l’égalité des chances et l’égalité réelle ; 

   – la France bénéficie d’un édifice social fruit de longues et dures luttes sociales, des avancées politiques du Front Populaire et du programme du Conseil National de la Résistance, acté par le gouvernement du général de Gaulle ; cet héritage peut être amélioré mais son esprit ne peut qu’être conservé ; il nous est envié ! Avec la remise en cause de l’État Providence par le néo-libéralisme, les inégalités sociales ont explosé partout ; aujourd’hui, la protection des salariés passe par un commerce international rééquilibré (intégrant dans le prix des produits les coûts sociaux et écologiques…) et une relocalisation des entreprises… ;

   – la crise sanitaire du coronavirus nous rappelle les vraies valeurs ; les rémunérations des financiers, des dirigeants des grandes entreprises, des actionnaires mais aussi celle des footballeurs deviennent obscènes et nuisibles ;

   – à côté de ces vastes sujets, la question de l’ISF n’est qu’un gadget, un « marqueur » électoraliste…

     Par la prospérité dans le cadre d’un « humanisme écologique » et nouveau modèle économique :

   – la question de la production des biens et services nécessaires, de leur croissance, de la répartition de leur contrepartie monétaire entre salariés et non-salariés, n’est plus le seul paradigme économique. Nous savons aujourd’hui que les ressources naturelles sont limitées, que nous sommes entrés dans une nouvelle ère, celle de l’anthropocène et qu’il nous faut changer notre modèle économique mondial.

   Pour cela, nous devons : 

   –  prendre au sérieux, mais avec prudence, le débat croissance/décroissance ;

   –  promouvoir un « nouvel humanisme écologique » : lutte pour le climat, pour réaliser la transition énergétique, pour le maintien de la biodiversité et le développement de la protection des espaces naturels ;

   – pour un nouveau modèle économique avec le retour à une certaine souveraineté économique, écologiquement responsable, respectueux des peuples et des nations, un commerce international vraiment équitable ;

   – promouvoir un nouveau modèle de consommation sobre et écologiquement responsable.

   L’État républicain doit se recentrer sur les fondamentaux (les fonctions régaliennes) face à la montée des violences dans la société et au délitement de la société internationale, renouer avec sa fonction protectrice économique et sociale face aux excès de la mondialisation, tout en promouvant une société soucieuse de l’avenir de la planète, de l’espèce humaine et de la jeunesse d’aujourd’hui, soucieuse de ses intérêts nationaux mais restée ouverte (le patriotisme sans le nationalisme).

Proposition phare : promouvoir un nouvel humanisme écologique s’appuyant sur l’intérêt général incarné par la souveraineté de l’État.

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