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L’école forme le citoyen : permet-elle son émancipation ?

Respectable Loge, Les Citoyens Du Monde - Hugo Pratt, Orient de Bordeaux, Région 16 Sud-Ouest

Mots Clefs : ChanceCitoyenÉcoleÉmancipation

Elle doit donner toutes les chances à chaque enfant. Permet-elle son émancipation, un développement personnel réussi ? Que veut dire réussir sa vie ?

Devoirs et chances que donnent l’école. L’école française est-elle émancipatrice pour le citoyen ?

S’émanciper, c’est se libérer ou s’affranchir d’une tutelle individuelle ou collective, d’une contrainte déterminée ou la fin d’une domination particulière, juridique, sociale, raciale, sexuelle, etc…

En rendant l’école gratuite et obligatoire jusqu’à 16 ans, les gouvernements successifs donnent à chaque enfant la possibilité, l’opportunité, la chance et le temps de s’instruire. Elle familiarise aussi l’enfant avec ses semblables, lui apprenant à tenir cas des autres dans son chemin de vie.

Mais accéder au savoir permet aussi de s’émanciper du discours des classes dirigeantes et d’être un contrepouvoir efficace.

Cependant, l’école ne peut agir seule et n’est d’ailleurs pas la seule à former le citoyen de demain. La famille, les amis, le milieu concourent également à l’éducation du citoyen. Dans le meilleur des cas, les valeurs transmises seront similaires au sein des principales sphères d’influence. Les valeurs seront alors durablement ancrées dans la représentation sociétale de l’enfant. Dans le cas contraire, l’école, en faisant connaître les valeurs républicaines, ouvre une porte et des questionnements sur ce que doit être une société dans laquelle chacun peut s’épanouir.

Un citoyen, de nos jours, est une personne qui relève de la protection et de l’autorité de l’État auquel il appartient. Un citoyen n’a de raison d’être que si son rôle est compris en tant que membre actif d’un tout : une société. Société pour laquelle il s’engage, de par son civisme, à respecter les lois et les autres citoyens.

L’école, en France, est chargée d’instruire les enfants pour qu’ils acquièrent leur autonomie en leur inculquant des connaissances et le respect des lois de l’État avec les valeurs de la République : Liberté, Égalité, Fraternité. Son rôle premier est d’instruire les jeunes dans un environnement laïc, respectueux des croyances d’autrui et de lutter contre toutes les formes de discrimination en donnant une égalité des chances à chacun.

La mise place de cette équité semble être en difficulté sur notre territoire. Le taux d’échec et d’abandon scolaire y est très élevé. La France appartient au Club des Pays où les inégalités sociales exercent une grande influence sur le parcours scolaire des enfants. D’autre part, dès l’apprentissage de la lecture, l’enseignement est théorique et fait peu de place à l’expérience qui pourrait donner du sens au travail scolaire, les motiver et les amener à découvrir des mondes insoupçonnés.

Peu avant la crise sanitaire, l’OCDE sonnait l’alarme sur la panne de l’ascenseur social en France, qu’en sera-t-il après ?

De nombreux analystes déplorent les rigidités de la société française qui conduisent à des blocages institutionnels, politiques et sociétaux qui pourraient justifier le positionnement calamiteux de la France dans l’étude de l’OCDE sur l’égalité des chances et qui, fin 2019, lance une alarme sur la panne de l’ascenseur social français.

Pourquoi sommes-nous à la traîne et pratiquement les plus mauvais élèves en la matière ? En France, il nous faut 6 générations pour que les enfants nés dans une famille au bas de l’échelle sociale atteignent le revenu moyen selon l’OCDE, quand le Danemark prend 2 générations, les pays nordiques 3 générations, Espagne, Belgique, Hollande, Grèce, Canada, Japon, NZL, 4 générations, Italie, Autriche, GB, USA, 5 générations.

Pour tenter d’expliquer cette faible mobilité sociale, les experts pointent les lacunes de l’enseignement et l’inégalité scolaire entre élèves et entre écoles recouvrant des inégalités sociales et territoriales. La Nation Française a-t-elle la volonté et la capacité de lever ses clivages et ses rigidités qui semblent être amplifiés par la crise sanitaire ?

La crise sanitaire COVID19 a bouleversé tous les équilibres y compris les méthodes d’enseignement et va générer une crise économique et sociale de grande ampleur qui aura certainement un impact sur les inégalités existantes.

L’émancipation recouvre trois notions principales : libération, progrès et dignité. Pour la promouvoir dans le prisme de l’école, il semble nécessaire de donner une place plus grande au travail de groupe pour favoriser l’expression et le développement du futur citoyen afin qu’il apprenne à résoudre des difficultés dans un certain consensus au sein d’un groupe tout en développant une réflexion autonome, critique et imaginative.

Quelles voies innovantes l’école doit-elle emprunter dans ce paysage en crise pour permettre une meilleure émancipation du futur citoyen dans notre démocratie ?

La démocratisation n’a de sens que si elle propose un partage véritable des pouvoirs. Pour cela, il s’agit d’articuler émancipation individuelle et collective. L’école doit fournir les clés pour une égale capacité à agir et à peser sur les transformations de la société.

Les contenus et les pratiques enseignés doivent permettre de sortir de soi et des évidences qui semblent naturelles, de partager et de construire du commun en cultivant la pratique du consensus et du respect de l’autre ; des contenus et des pratiques qui placent tous les élèves en position de créateurs et de critiques en atténuant les effets des inégalités sociales et prévenir les décrochages scolaires.

  • Pour donner du sens à l’enseignement, chaque classe (ou groupe de classe) du primaire et du collège devrait élaborer un projet annuel sur un thème ou une problématique. Ceci implique une équipe pédagogique formée, solide et solidaire autour de la conception de ce projet, avec davantage de temps de travail en groupe pour les élèves. Pour aider les équipes pédagogiques à définir leur projet, créer une banque de données, par zone géographique ou nationale selon les thèmes, accessible à tout citoyen, toute entreprise ou toute institution, qui collecterait des problèmes collectifs à résoudre.
  • Impliquer toutes les parties prenantes de la société : école, famille, institutions et entreprises au travers d’activités hebdomadaires voire bihebdomadaires. Chaque enfant de la classe pourrait travailler à un exposé concernant une habitude familiale, un métier d’un proche, une recette de cuisine ou bien encore un évènement/expérience qui l’a particulièrement marqué et viendrait accompagner d’un parent/proche/adulte pour étayer son récit. Cela permettrait d’inculquer la connaissance, l’écoute et le respect et surtout de s’initier à la diversité.
  • Développer les visites dans les musées, les opéras, les bibliothèques, tous lieux favorisant la transmission de la culture et des arts. La découverte du Beau ne peut que contribuer au respect de ce Beau. Quand nous sommes conscients des trésors qui nous entourent et de ce qu’ont créé nos Anciens, nous sommes moins enclins à les détruire. Nous sommes aussi davantage enclins à la réflexion et à apprécier la paix pour en profiter pleinement.

En conclusion, l’école permet par l’accès à la connaissance de comprendre notre société, d’avoir une vision générale du monde et donc de prendre des décisions en accord avec celui-ci. Elle est l’amorce « à cultiver son jardin (cf Voltaire) » en limitant la pensée unique.

Les nombreuses dictatures ne s’y sont pas trompées : principes et valeurs se forgent dès le plus jeune âge. Il apparaît donc essentiel que l’école dès la maternelle mais plus sûrement à partir du primaire contribue à l’émancipation ou tout du moins qu’elle participe activement à l’ouverture d’esprit des citoyens. Action permettant à ce même citoyen de s’engager envers autrui et de pouvoir mener une action solidaire dans la société dans le but de mieux vivre ensemble.

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