Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

L’école de la République au XXIe siècle

Respectable Loge, Intersection, Orient de Paris, Région 12 Paris 2

Mots Clefs : Éducation aux médiasLaïcitéRespect mutuelSavoirs académiques artistiques professionnels comportementauxVivre ensemble

L’école incarne les fondements de la laïcité

   Par ses contenus, ses méthodes pédagogiques, ses principes de fonctionnement, l’école doit incarner les valeurs de liberté, de respect et de raison, qui sont au fondement de la Laïcité – et qu’elle partage avec la Franc-Maçonnerie. 

   Les liens étroits que l’histoire a tissés entre la Franc-Maçonnerie, la République et l’École autorisent les Francs-Maçons à exprimer leurs recommandations sur les contenus des programmes, sur les modalités pédagogiques de l’enseignement et de l’acquisition des savoirs, sur les principes de fonctionnement de l’institution scolaire – et leur en font même un devoir ! L’École, la République et la Franc-Maçonnerie ont en commun l’ambition de faire des jeunes des hommes et des femmes libres, des citoyens éclairés par la Raison, libérés des obscurantismes et des intégrismes. Cette ambition s’inscrit dans un monde en profonde – et parfois violente – transformation, qui oblige à réinterroger les certitudes d’hier pour faire face aux nouvelles menaces qui mettent en péril les valeurs de liberté et de raison qui sont au fondement de la Laïcité.

   La vocation de l’École républicaine : aux différents niveaux du développement des jeunes et de leurs apprentissages, l’École a pour vocation de leur faire prendre conscience de l’étendue et de la diversité des savoirs, de leur donner la curiosité d’un maximum de champs de savoirs possibles. Il ne s’agit, évidemment, pas seulement des connaissances académiques, mais aussi des savoirs (savoir-faire[1] et savoir-être) artistiques, professionnels et comportementaux. Nos valeurs nous conduisent à récuser toute hiérarchie entre les champs de savoirs et de culture, pour mieux en faire valoir la diversité et l’égale dignité.

   Sur le plan des contenus, l’école doit, à cet effet, définir un équilibre, variable et évolutif selon les niveaux, entre l’étendue des champs de savoirs, destinée à éveiller et à satisfaire la curiosité des jeunes, et l’approfondissement nécessaire de certains champs de prédilection, qui leur enseignera les méthodes et les exigences des démarches scientifiques, la rigueur d’avoir à soumettre à l’examen de la raison et de la critique les certitudes les mieux installées.

   Sur le plan des méthodes pédagogiques, l’école doit définir un équilibre, variable et évolutif selon les profils des jeunes et des enseignants, selon les connaissances et les compétences à acquérir, entre d’une part les attitudes d’apprentissage, de réception des savoirs, et, d’autre part, le travail personnel nécessaire pour être dans la compréhension que les savoirs sont toujours en construction, évolutifs, que chacun peut y avoir sa part. On peut donc suggérer le vœu de voir se multiplier, de la part des élèves, à tous les niveaux, les travaux d’enquêtes et d’études sollicitant des recherches extérieures, mobilisatrices.

   Sur le plan du fonctionnement de l’institution scolaire, les principes de civisme, de respect mutuel, de laïcité doivent guider les comportements de tous et les relations entre les élèves et les étudiants entre eux, entre les élèves et étudiants et les équipes éducatives, au sein des équipes éducatives, mais aussi avec les familles et avec les partenaires et acteurs que sont les collectivités territoriales, les associations périscolaires, les milieux professionnels. C’est en s’ouvrant sur son environnement, en exerçant vis-à-vis de lui – comme vis-à-vis des autres sources de diffusion des connaissances que sont les médias ou internet – son analyse critique guidée par la raison et les valeurs d’émancipation des individus que l’École peut remplir sa mission.

L’enjeu : l’école se heurte aux limites de la seule transmission des savoirs académiques

   Si le rôle de l’école est de préparer les jeunes qu’elle accueille et qu’elle forme à habiter, à comprendre, à maîtriser, à construire et à transformer le monde qui vient, les défis qu’elle doit relever sont multiples et complexes, tant les évolutions auxquelles nos sociétés sont confrontées sont profondes, accélérées, permanentes, imprévisibles. Sa mission centrale, longtemps considérée comme exclusive, de transmission des connaissances ne peut plus suffire.

   La recherche scientifique et la construction des savoirs se sont considérablement accélérées, enrichies et spécialisées et il n’est plus possible à l’institution scolaire d’embrasser et de transmettre l’ensemble des connaissances ou même un état actualisé des savoirs dans un champ disciplinaire. Le niveau d’exigence et de formation pour les enseignants s’en trouve à la fois accru et transformé : plus que jamais, ce ne sont pas seulement des connaissances à transmettre, mais la manière dont se construisent les savoirs, les incertitudes de la science, les débats et les tensions qui la traversent – comme l’a illustré la période récente avec les polémiques sur la chloroquine !

   Les savoirs académiques ne sont pas la seule source de la compréhension et de maîtrise du monde. Or, c’est largement autour d’eux que l’école s’est construite. Les savoirs et savoir-faire professionnels, les arts et la culture font désormais partie des missions qui sont attendues de l’école et pour lesquelles elle n’est pas bien préparée. Cela conduit à une hyper-valorisation des filières d’enseignement général, et à une dévalorisation implicite des arts et de la culture, qui sont absents des programmes ou laborieusement et artificiellement introduits et, de ce fait, marginaux. Cela conduit, hélas et surtout, à une dévalorisation explicite des savoirs et compétences professionnels, qui fait de la voie de formation professionnelle une voie d’échec et de relégation.

   Des savoirs académiques en évolution accélérée, de nouveaux savoirs artistiques, professionnels et comportementaux, jusqu’ici ignorés ou minorés par l’école, obligent à repenser en profondeur les méthodes pédagogiques et leur diversité, davantage centrées sur les apprentissages et le développement des jeunes, sur leur rôle actif, quand la seule transmission de connaissances académiques stables pouvait s’accommoder des méthodes traditionnelles d’un cours – plus ou moins – magistral.

   Enfin, le fonctionnement de l’institution scolaire peine à faire face à la diversité des publics et des attentes, à l’hétérogénéité sociale et des origines ; les acteurs de l’école ont du mal à faire partager les valeurs de laïcité, de respect mutuel et du vivre ensemble. Cela rend les jeunes vulnérables à toutes les sirènes du sexisme, des racismes, des communautarismes, des révisionnismes, des intégrismes.

   La société est, du fait des médias, plus encline à suivre des émotions que des analyses C’est là que le rôle de l’école doit prendre son sens. La difficulté est certes de faire cours sur la laïcité, d’enseigner le respect mutuel et le vivre ensemble, mais aussi et surtout de faire comprendre qu’il ne s’agit pas que d’une connaissance théorique à acquérir, mais de le mettre en pratique, pas seulement à l’école mais dans toute la société.

Une formation initiale et continue réinventée des enseignants, pour exercer la diversité de leurs missions

   Une formation à réinventer pour les enseignants et les acteurs de la communauté éducative : qui nécessitera un investissement massif ; qui doit concerner la formation initiale ; qui doit inclure aussi de la formation continue obligatoire ; qui alliera formation théorique et compagnonnage des formations pratiques (comme dans les études médicales par exemple) ; qui inclura un accompagnement des équipes éducatives, notamment pendant les premières années d’exercice de leurs métiers

   L’introduction massive de nouvelles pratiques (artistiques et professionnelles) à tous les niveaux d’enseignement.

   Revoir la notion de contenus uniformément définis par des programmes nationaux pour laisser davantage d’initiatives et de latitude pour adapter les contenus à la diversité des publics à former[2].

   Ouvrir l’École sur l’extérieur : partenariats et coopérations, valorisation par l’école des expériences extrascolaires, associatives ou « jobs d’été ».

Proposition phare : introduire massivement de nouvelles pratiques artistiques et professionnelles à tous les niveaux d’enseignement.


[1] Certaines « hyper-compétences », très transdisciplinaires, comme la mémoire, mériteraient également d’être consolidées.

[2] Il convient de développer l’esprit critique face aux médias et aux réseaux sociaux, en recontextualisant et en s’abstenant de tout jugement à l’aune d’aujourd’hui, car nos us actuels ne sont exempts de sembler outranciers dans les siècles à venir. Par ailleurs, l’école, mais aussi l’ensemble de la société, doit, sans les nier et, au contraire, tout en les reconnaissant, s’affranchir à la fois de la repentance pour des faits antérieurs qu’elle n’a pas commis et des réactions opposées de glorification de faits inacceptables aujourd’hui. Il faut fédérer, non pas par la violence en déboulonnant ou dégradant des statues, mais en élever d’autres : par exemple mettre une statue de Jean-Baptiste Belley, esclave acheté sur le continent africain devenu député sous la Convention, au côté de celle de Colbert. Et, dans les leçons d’histoire, dans le cadre des programmes actuels, lors des chapitres consacrés à l’esclavage, parler autant de l’un que de l’autre, tout en replaçant leurs actions dans leur contexte.

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