Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Économie et Respect du vivant

Respectable Loge, Les Coeurs Réunis, Orient de Toulouse, Région 17 Sud et Loges d'Espagne

Mots Clefs : Acteurs économiquesÉtatIndividusRespect du vivantunité

Dans quel mesure l’État et les individus peuvent influencer l’économie et les entreprises en respectant le vivant ?

Constat

L’économie est une discipline qui étudie l’activité humaine, qui consiste en la production, la distribution, l’échange et la consommation de biens et de services.

L’économie telle que vue aujourd’hui, tends à la maximisation de la production, des échanges et de la consommation de biens et des services. Pour que les ventes soient maximales, il faut que les produits aient une durée limitée et que les services soient payés régulièrement pour une durée illimitée. Il faut convaincre les consommateurs d’acheter les biens et les services. L’Etat, quant à lui, régule par des lois et normes le système économique. Les acteurs économiques, les individus et l’Etat ont chacun leurs objectifs, sont interconnectés et s’influencent les uns les autres.

La part des émissions des effets de serre en France en 2018 (source le Monde) se décompose de la manière suivante : Transport de surface (principalement routier) 29%, Bâtiment résidentiel ou du secteur tertiaire 19%, Agriculture 18%, Industrie manufacturière 17%, Production et transformation d’énergie 10%, aviation 5%, autres déchets 3%.

L’Etat peut allouer du budget pour une reprise économique en influant sur la transformation des secteurs qui polluent le plus. La priorité est de mettre en place un plan pour la rénovation globale des bâtiments, développer la mobilité verte et la logistique associée pour livrer point à point, relocaliser la production des énergies renouvelables et de l’agriculture, et assurer la mutation industrielle nécessaire pour réorienter les productions vers des activités en conformité avec les objectifs de neutralité environnementale. Comment faire ?

Propositions

La relance de la rénovation thermique des bâtiments par L’Etat pourrait s’apparenter à une approche keynésienne. Investissement dans les biomatériaux, la digitalisation par le Building Information Model simulant l’impact environnemental. Investir dans la formation des architectes pour promouvoir les nouvelles architectures prenant en compte l’environnement, comme la biomimétique qui puise son inspiration dans la nature et les organismes vivants. Le tout dans le but d’offrir au plus d’individus possible un logement décent respectant l’environnement.

 Les transports de surface peuvent se décomposer en deux grands domaines que sont le fret et le transport individuel. L’Etat doit avoir une vraie politique de transport de marchandise vert. 50 camions correspondent à un train de marchandise. Nombre de gares de triage ont été fermées lors de ces dernières décennies. La réouverture de ces gares permettrait de contrôler le roulage des camions sur les routes françaises réduisant par la même la pollution.  Concernant le transport individuel, la problématique est de trouver une solution qui concoure au changement de consommation, en prenant en compte les inégalités sociales et géographique, et en rendant possible les libertés de chacun. La taxe carbone sur le carburant est une bonne idée car joue sur l’élasticité du prix. Si le prix du carburant augmente de 1% il y a une diminution de la consommation d’environ 0,76% (source INSEE). La mesure doit impérativement être accompagnée par une redistribution pour le consommateur comme par exemple la distribution d’un chèque énergie ou la gratuité des services de transport en commun.

Le cadre des institutions doit permettre de favoriser le circuit court et toutes les initiatives locales en faveur de l’environnement. Face à la pandémie et en réponse au confinement, les petits producteurs ont démontré leur capacité de mise en réseaux et de développement de circuit court de vente directe. Une autonomie des territoires permettrait de repenser la production alimentaire et le respect de la biodiversité. Cela simplifierait les réseaux de production, d’échange et de consommation, réduisant la pression sur la biodiversité.  Ce renforcement des territoires en termes de compétence et d’organisation, garantirait une meilleure cohérence dans la gestion des problématiques locales, ainsi qu’un rapprochement des citoyens dans le débat démocratique. Cette autonomie des régions renforcée, le mode de gouvernance de l’Etat se transforme en fédéralisme ou « landers » comme en Allemagne.

Les entreprises réagissent à deux principaux facteurs que sont le chiffre d’affaire et le capital de production. La concurrence pure et parfaite n’existe pas. L’Etat doit taxer les entreprises qui polluent, et en même temps redistribuer aux entreprises vertueuses. L’Etat doit favoriser et défendre les entreprises à but d’emploi, qui d’un point de vue économique bénéficie d’un avantage concurrentiel dans la réduction du coût du capital humain, mais qui permet à des chômeurs de longues durées de travailler.

Nous pouvons reprendre l’idée de Romain Ferrari, fondateur du fonds de recherche Fondation 2019, qui a imaginé la mise en place d’une « TVA circulaire ». Son taux serait différencié en fonction des externalités, c’est-à-dire des impacts environnementaux et sociaux des produits tout au long de leur cycle de vie. Nous le voyons, la fiscalité joue un rôle important. Il faut la considérer comme un outil de redistribution des “richesses” en plus des aides existantes et pas à la place. Pas seulement sous forme pécuniaire, mais aussi sous forme de richesses intellectuelles et de compétences, en permettant de financer des services de l’éducation et de la formation. Les fruits de la fiscalité « verte » pourraient être gérer par une coopérative qui s’occuperait de la redistribution aux acteurs individuels et entreprises au travers d’un revenu de transition écologique. Au-delà d’un chèque énergie, ce revenu est une réponse pour orienter les individus qui souhaitent évoluer vers des métiers tourner vers l’humain, faiblement rémunérateurs, en leur garantissant un salaire suffisant et réduire les inégalités et la pauvreté. Ce revenu permettrait également aux agriculteurs de financer la transition de l’agriculture vers le biologique qui est couteuse, en termes de formation et de perte de production. 

Les individus doivent être sensibilisés. A l’instar du nutri-score, les biens et les services doivent mentionner des informations concernant le niveau de pollution, la destruction de la biodiversité et les conditions de travail nécessaire à la production de ce bien ou de ce service. Les fournisseurs d’accès à internet doivent indiquer le coût énergétique de l’utilisation des smartphones.  Ainsi, sans interdire aux personnes de consommer, chacun aura l’information et pourra choisir librement un bien ou un service moins polluant. L’Etat se doit de donner les armes à chaque élève et étudiant pour qu’ils aient une pensée critique sur la place du vivant s’intégrant dans le social et l’économie le plus tôt possible. Le contrat social de Rousseau est enseigné, il faudrait y adosser le contrat naturel de Michel Serres. Enseigner également en économie qu’il existe d’autres modèles que celui de Milton Friedman comme celui d’Elinor Ostrom. Chacun pourra se faire une idée et agira en conséquence lorsqu’ils seront aux affaires dans le monde du travail. 

Nous devons avoir une mesure pour vérifier l’efficacité de ces actions. Aujourd’hui les Etats se comparent, sont notés sur les marchés financier à travers le Produit Intérieur Brut (le PIB) qui permet de quantifier la valeur totale de la « production de richesse » annuelle effectuée par les agents économiques, résidant à l’intérieur d’un territoire. Le PIB est une mesure arbitraire décidé à un moment donné. Nous pouvons très bien modifier l’indicateur pour inclure les données mesurables de pollution et de destruction de la biodiversité. Un exemple a été lancé en 2012 par le programme des nations unies pour l’environnement, l’« inclusive wealth index ». Le PIB est apparu en 1932 et adopté par les Etats du monde à partir de 1991. Faudra-t-il attendre 50 ans comme l’adoption du PIB pour changer notre mesure de croissance afin de s’assurer que la croissance soit respectueuse du vivant ?

Si les consommateurs se tournent vers des produits et des services impactant faiblement la biodiversité, si les travailleurs postulent dans des entreprises éthiques respectueuses de l’environnement, si l’Etat promulgue des normes, des lois et utilise la fiscalité comme redistribution influençant les comportements pour protéger le monde du vivant, alors cela aura pour effet d’orienter favorablement la production économique.

Sans renier l’économie de marché, c’est en rassemblant les trois acteurs que sont entreprises, Etat et individus, qui s’unissent vers un but commun respectant l’environnement et les personnes, que nous parviendrons à construire une société en symbiose avec le monde du vivant.

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