Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Des nouvelles gouvernances pour préserver la nature comme un bien commun et universel

Respectable Loge, Clarté, Orient de Paris, Région 11 Paris 1

Mots Clefs : CommunsGouvernancesNatureUniversel

Dans les questions à l’étude des loges de l’année maçonnique 2018/19 l’une d’entre elle était la suivante : « Considérer la nature comme un bien commun et universel contribue-t-il à l’émancipation de l’Homme ? »

La crise sanitaire que nous avons traversée dans sa phase de confinement totale nous a fait prendre conscience que, si la nature produit beaucoup de choses nécessaires à la vie humaine (oxygène, eau, plantes, arbres, animaux voire du minerai), l’homme et la nature sont interdépendants. Lorsque l’homme surexploite la nature, celle-ci se venge. La nature est patiente, mais lorsqu’elle réagit aux blessures de l’homme elle se montre beaucoup plus forte. Qui aurait pu prévoir la brutalité et l’ampleur de la crise sanitaire que nous traversons ? Personne, alors que la crise climatique est annoncée par les experts depuis longtemps. Elle est déjà perceptible, moins brutale, mais plus sournoise.

La crise sanitaire nous a forcé à réduire notre consommation d’énergie fossile pendant un moment relativement court, mais qui a tout de suite produit ses effets :

  • Amélioration spectaculaire de la qualité de l’air, diminution des pollutions, en particulier celle de l’eau, réapparition de la biodiversité, dans les cours d’eau, lacs, en mer, etc.
  • Décroissance économique forcée dont on commence à peine à en voir les effets mais dont on sait qu’ils se feront sentir sur plusieurs années.

Cette crise nous conforte dans la réponse positive que nous avions faite à la question posée aux loges en 2018/19, mais elle nous incite à aller plus vite, plus fort et plus loin dans la mise en œuvre de nouvelles gouvernances pour préserver la nature comme un bien commun et universel.

Les biens communs sont les ressources naturelles en accès partagé : Ils peuvent être fonciers (rivières, terres…) ou immatériels avec l’émergence d’une société de la connaissance (logiciels, savoirs, données,). Pour gérer ces biens un système de droits et d’obligations est attribué : Il s’agit des règles de distribution des droits autour de ces ressources qui en définissent les conditions d’accès : droits illimités de consultation pour les biens communs immatériels, ou droits d’accès contrôlés pour les biens communs matériels rivaux qu’on nomme ainsi car ces ressources sont menacées d’épuisement.

Il faut protéger ces biens communs, mais pour éviter une logique de pouvoir, un jeu d’intérêts qui finit inévitablement par une logique de profit malgré les règles de protection applicables, il faut imaginer des nouvelles gouvernances. Plus concrètement, pour protéger les biens communs il faut donner des droits à la nature en organisant des règles de gestion de ces biens.

Il faut donc un nouveau concept, c’est celui de communs qui réside dans l’apparition de modes de gouvernance qui veillent à la fois, au respect des droits alloués et à une reproduction à long terme de la ressource.

Il faut préciser à ce stade que le concept de communs s’oppose à la propriété productiviste, qu’elle soit individuelle ou collective, d’une part parce que la propriété est exclusive et d’autre part parce la propriété productiviste permet d’exploiter les ressources qu’elle exploite jusqu’à épuisement de celles-ci. Des exemples de décisions, au niveau national, ont permis de protéger la nature : L’interdiction de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures sur son territoire, ou l’abandon, en juin 2019, du projet d’exploitation de la montagne d’or en Guyane française. Mais, ces décisions sont trop limitées. Elles devraient se faire au niveau d’une gouvernance mondiale.

Les communs sont une piste pour la protection et l’émancipation de l’homme : « Si nous ne transformons pas notre vie sociale, nos rapports à la nature vont se détériorer jusqu’à rendre notre vie sociale impossible »(1).

La biodiversité donne un bon exemple de la nécessité de cette transformation sociale pour préserver l’avenir : On ne peut y puiser librement sans en priver l’autre utilisateur, c’est donc une ressource à gérer pour qu’elle puisse se renouveler. La biodiversité est donc un bien rival qu’il faut préserver.

Il y a deux visions de l’homme et de la nature qui s’affrontent pour cette nouvelle gouvernance :

  • Une vision qui se base sur une croyance infinie en la technologie et en l’homme qui domine la nature et pour qui il vaut mieux promouvoir une écologie d’adaptation au changement climatique qu’une écologie de conservation.
  • Une vision culturelle, plus humble qui considère que l’homme n’est pas supérieur à la nature et qu’il a la responsabilité de restaurer des équilibres naturels, que l’on peut attendre beaucoup de la nature, des découvertes, des surprises qu’elle travaille aussi pour l’homme, c’est une vision coopérative.

C’est plutôt cette vision culturelle qui considère que l’homme n’est pas maître d’un éco système mais fait partie de cet éco système qui est à privilégier. Cette approche remet en cause un système marchand et mondialisé, mais plus encore elle repose la question de l’universalité. En effet, l’universalité suppose l’idée d’être reconnu par le monde entier comme utilisable ou applicable par tous.

Dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, il est proclamé que « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui »            . Nous avons toujours eu la conscience que ce qui nuit à l’émancipation de l’homme est la domination de l’homme sur l’homme. Avec la crise climatique, on se rend bien compte que ce qui nuit à l’homme est la domination de certains hommes sur la nature au détriment d’autres hommes. Ainsi, ne pas lutter ensemble contre le réchauffement climatique, ne pas restreindre l’émission des gaz à effet de serre, dépasser les 2° C, reporter toujours plus tard les moyens de les diminuer au nom des « nécessités » de la concurrence, des rivalités de puissance privées et étatiques, avance l’heure de la mort des espèces les plus vulnérables, humaines et non humaines.  

La crise sanitaire a montré que considérer la nature comme commun est indispensable à l’émancipation de l’homme car elle libère l’homme d’échéances de pénuries et de catastrophes qui seraient provoquées par lui-même.

Par contre, il ne faut pas sous-estimer le chantier qui est gigantesque pour échapper à l’état d’asservissement dans lequel l’Homme s’est mis. Il faut aller plus loin en redéfinissant les modes de gouvernances à tous les niveaux et en y intégrant les droits de la nature.

On voit bien qu’il faut changer les mentalités et cela passe par l’éducation. L’espoir est que cette prise de conscience a commencé, particulièrement chez les jeunes, mais il faudra être pragmatique pour mettre en œuvre une telle transformation de la société. Pour cela il faut des approches locales et mondiales à court, moyen et long terme. En effet, ce sont des transformations qui ne peuvent pas être imposées, Elles ne peuvent venir que d’une émancipation de l’homme.

Sur les propositions, nous pouvons nous inspirer de certaines développées par le mouvement Utopias « Propriété et communs » (2). Nous retenons plus particulièrement celles qui résultent de nos travaux au sein de nos loges :

  • Remise en cause de la propriété productiviste qui autorise l’exploitation des ressources jusqu’à épuisement de celles-ci et spolie la nature,
  • Créer une instance mondiale qui édicte les droits universels de la nature et qui est dotée d’un tribunal international des droits de la nature,
  • Créer au niveau européen un Revenu Universel Inconditionnel considéré comme revenu minimum commun à l’Union Européenne.
  • Catherine LARRERE
  • Propriété et communs aux éditions utopia – préface Benjamin Coriat

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