Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Une société solidaire et néguentropique : un nouveau grand récit

Respectable Loge, Art et Lumières, Orient de Lyon, Région 6 Est et Loges de Suisse

Mots Clefs : ÉcoleGrand RécitNéguentropieNumériqueSolidarité

De quoi le confinement a-t-il été le révélateur : quels espoirs ont été nourris, ou déçus ?

Problématique : entrevoir un autre monde est-il possible ?

Une “règle” qui ne pouvait en être une : la question de la digitalisation du travail ne concerne que les actifs qui peuvent télétravailler : dès lors que l’on doit travailler de ses mains, qu’il y a une production matérielle, le télétravail ne peut devenir une norme, si tant qu’il soit tout simplement possible (enfants en bas-âges…). C’est la raison pour laquelle le télétravail concerne majoritairement des cadres (61%) et se concentre dans certaines industries (informatique, télécommunication essentiellement). On ne peut donc qu’être vigilant quant à la volonté de « généraliser » le télétravail ou toutes les pratiques qui tiennent à la digitalisation massive de nos relations professionnelles.

Il y a donc une illusion à vouloir faire du télétravail une règle (Voir annexe) : pour mémoire, 5% des actifs sont ceux qui nous nourrissent (agriculteurs) : peut-on demain oublier qu’un cadre très riche n’ayant rien à manger n’est peut-être pas plus qu’un être humain comme un autre ?

Vivre un autre rapport au temps, venant interroger notre quête de performance et de croissance : serait-ce une fausse question ? N’est-ce pas un modèle dans lequel nous vivons et que nous pourrions changer ?

Les nombreuses interventions sur le monde d’après pendant le confinement – même si on les regarde aujourd’hui de manière dubitative – montrent qu’un autre horizon désirable a été entrevu : un horizon où en ne cherchant plus à effacer le temps… on s’est rendu compte qu’on pouvait ne plus s’effacer, soi.

Attention toutefois, ce nouveau rapport au temps a aussi été pour beaucoup l’occasion de se confronter à nous-mêmes : cela n’est pas sans effet, en bien, ou en mal… et les récentes nouvelles inquiétantes du monde psychiatrique doivent nous rendre vigilants :

  • Quelle place pour la relation, dans cet autre rapport au temps plus confrontant et introspectif ?
  • Quelle place pour les rites ? Car, quels autres rites avons-nous aujourd’hui mis-à-part ceux de la consommation ? L’incapacité à retrouver ces rites a-t-il mis en lumière certaines vacuités de nos attentes et de nos désirs ? On pourra se demander dans quelle mesure nous ne sommes pas entourés de rites qui aliènent, en lieu et place de rites qui devraient nous régénérer.

Enrichir et nourrir des liens inattendus : les apéritifs avec les voisins inconnus ; les reprises de contacts… L’ennui, cette expérience à laquelle nous ne sommes plus habitués, nous a-t-elle obligés à revisiter nos relations ? A contrario, on redoute en France une vague de divorces qui sont également attribués au confinement, de quoi se demander si nous n’entretenons pas dans nos vies des relations qui n’ont pas forcément lieu d’être : doit-on réexaminer notre socialité au regard d’attentes et de rites renouvelés ?

Des espoirs au présent : quel retour à la réalité ?

Peut-on réellement changer de paradigme ? Le monde d’après sera-t-il différent du monde d’avant ? Le discours du président du MEDEF en plein confinement, même si abandonné rapidement, à propos de l’obligation de travailler plus au moment de la reprise, nous a très tôt fait douter. La sortie du confinement aura vu renaître la pression productrice et nous laisse l’impression que tous les acquis des réflexions pendant le confinement s’effacent au profit d’un manque de sens grandissant. Quelques réflexions demeurent pourtant : 

  • Si la pression économique nous formate et formate nos activités d’une certaine manière, quel autre type de formats pouvons-nous envisager ? Les enjeux du revenu universel, ou plus largement de sociétés plus solidaires sont ici au cœur du sujet.
  • Nos vies, en grande partie rationalisées, peuvent-elles continuer à l’être encore impunément ? N’est-ce pas là l’une des clés pour comprendre la 2e vague psychiatrique que nous évoquions plus haut ? Que faire de l’épuisement de ceux et celles qui souhaitent vivre différemment ? Quelle voix sera portée dorénavant ?

Un confinement générateur d’inégalités : tout est contenu dans la formule du président « quand cela est possible ». Inégalités numériques, inégalités des secteurs, inégalités familiales : le télétravail, l’école… se sont confrontés à la pluralité de leurs terrains d’exercices : que faire quand on a des enfants en bas-âges ? Que faire lorsqu’on a un patron qui ne sait pas faire confiance ? Que faire quand on a qu’un ordinateur et plusieurs enfants ? Sans parler des inégalités entre les hommes et les femmes sur la question !

Propositions : travailler, pour construire un autre monde possible.

  1. Repenser l’école jusque dans les rites qui la structurent 

L’école nous impose un certain nombre de rites qui structurent notre manière de voir le monde : horaires fixés, compétition, apprentissage par la connaissance… Se pose la question d’une école qui éveillerait la capacité à faire des choses en éveillant l’esprit critique, l’originalité et la créativité des élèves. L’enjeu est de permettre à notre jeunesse de ne plus être la victime des influences : construire des personnalités plutôt que des mentalités.

  • Sortir du paradigme rationnel : être attentif est-ce toujours être rationnel ?

Peut-être est-il temps d’assumer comme politique une pensée esthétique, c’est-à-dire non exclusivement rationnelle, de nos communs. Le rationnel ne doit plus demain être seulement synonyme de pragmatisme, disqualifiant de fait les pensées symboliques, poétiques et métaphoriques… qui donnent à nos vies des moyens de s’interpréter et de se comprendre. Sortons de l’idée que ces formes de la pensées humaines relèvent exclusivement des arts et de la culture.

  • Retrouver le chemin des grands récits pour donner à voir une proposition de monde où la solidarité sera centrale : loin de la bienveillance naturelle que l’on pourrait avoir les uns envers les autres, elle est d’abord la considération de la dette que nous avons les uns envers les autres : c’est un lien actif d’obligations mutuelles : le patron n’est pas patron sans ses ouvriers et l’ouvrier n’est pas ouvrier sans patron. Il faut sortir d’une logique d’exploitation pour retrouver une logique de solidarité.

Peut-on demain inventer un monde de compétition qui soit compatible avec ces liens d’obligations ? Sans doute que non. Car la solidarité implique un abandon de soi incompatible avec la compétition. Peut-être que demain, les premiers doivent être les derniers ? Peut-être que ce que nous avons de meilleur, c’est tout sauf notre « lutte de chacun contre tous » : un enjeu de gouvernement ?

  • Une société néguentropique.

Est-ce que cette politique du sens commun n’est pas ce que certains philosophes contemporains appellent le passage d’une société entropique à une société néguentropique, où l’enjeu serait celui de la régénération plutôt que celui de la consommation ? À ce titre, sans doute faut-il s’interroger sur les rites qui vivent dans nos quotidiens : combien sont-ils à provoquer de la régénération ?

Le numérique nous a imposé ses limites, en nous permettant d’être dans des conditions qui lui sont propres. Faire du numérique un objet de néguentropie, c’est s’interroger sur des usages qui nous permettent de dépasser les limites propres de l’algorithme.

N’est-ce pas le rôle que nous, maçons, devons avoir demain, nous qui travaillons dans ces rites régénérants ?  De ce point-de-vue, peut-on demain être maçon sans être écologiste, au sens d’une volonté d’œuvrer à la régénération d’une société néguentropique ? Et n’est-ce pas la carte que l’Europe devrait jouer face aux blocs américains et asiatiques dans l’espace géopolitique mondial ? N’est-ce pas le monde que nous devons construire pour porter une voie pertinente face au désastre écologique annoncé pour 2090 ?

Sensibiliser, dès l’école, et bâtir une société en éveil, attentive, solidaire et néguentropique

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