Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Quels problèmes économiques la situation de pandémie a-t-elle fait apparaître ?

Respectable Loge, La Société des Dix, Orient de Riom, Région 5 Centre

Mots Clefs : Dépense publiqueÉconomieHumanismePandémieProblèmes

Comme il s’agit d’une pandémie, une épidémie touchant plusieurs continents, nous allons considérer l’économie dans son sens le plus global, soit l’économie politique. Cette expression ancienne, introduite par un français, Antoine de Montchrestien, en 1615, s’est répandue en Grande Bretagne* au XVIIIème siècle. Voici donc pour l’expression.

Précisons la notion : ensemble des activités d’une collectivité qui produit, échange, vend ou système gérant l’activité économique. Voilà qui donne sens, plus concrètement.

Ce préalable est nécessaire car il est impérieux de savoir de quoi nous parlons. En effet, on ne trouve pas encore, jusque-là, de notion de capitalisme, de communisme, de libéralisme avec ses « ultra » ou « néo », adjonctions connotées souvent de caractère nuisible à l’humanité.

Considérons que ce sont les Etats les systèmes qui gèrent l’économie, ou du moins l’influent. Notons toutefois que nous venons d’en avoir une preuve flagrante : les Etats sont déterminants vis-à-vis de l’activité économique, il leur a suffi de dire « restez chez vous » pour créer un significatif effondrement de l’économie mondiale. Le rôle de l’Etat était souvent minoré auparavant. L’Etat et le Droit priment l’Economie. Souvenons-nous en.

La plupart des Etats ont arrêté la production, donc plus de vente ni d’échange. En effet, en même temps, la circulation des personnes a aussi été stoppée. Chacun s’est limité à ses besoins essentiels : se nourrir avec ce qui était disponible à proximité. Heureusement la production d’énergie a perduré. Et notre collectivité s’est concentrée sur nos soins médicaux.

A partir du moment où tout ou presque est arrêté – c’est une autre question d’en discuter la pertinence – ce qui est disponible à proximité prend une importance cruciale. Des masques en stock à proximité ? Non, pas assez. Des usines de masques à proximité ? Non, presque plus. Des molécules pour se soigner ? Non, pas assez. Des usines pour en fabriquer ? Non, elles sont là où la pandémie a démarré. Cruel ! D’autres exemples n’ajouteront rien au propos.

Arrêtons-nous un instant. Les relations d’achat et de vente constituent une activité commerciale. C’est ce qui donne une valeur aux biens ou aux services. Mais pourquoi acheter à d’autres des produits que nous saurions faire ? Ces produits qui nous manquent tant aujourd’hui. La réponse est simple : parce que ces produits sont moins chers que si nous en étions les producteurs. Nous sommes généralement contents quand nous avons fait « une bonne affaire », quand nous avons payé peu ou moins que les autres. C’est là un de nos vices. Nous sommes favorables au maintien ou au développement des usines chez nous, même si ce n’est pas économique – dans tous les sens du terme – mais c’est moral. Du travail pour les nôtres. Mais sommes-nous prêts à payer plus cher des produits qui vaudraient moins s’ils venaient d’ailleurs ?

Nous venons de pointer un premier problème : la gestion économique de nos activités humaines ne nous permet pas de nous soigner en cas de soudain accroissement des besoins médicaux (manque de lits, de masques, de tenues, de médicaments, de respirateurs…). Mais est-ce un problème réellement économique ? Non. La disparition des plus âgés ou des plus fragiles n’est pas un problème économique. C’est un problème humain : il est heureux que nous ayons choisi collectivement une voie qui nous mobilise sur la résolution d’un problème humain. Heureux que l’économie ne soit pas un dogme.

Envisageons un autre problème, les pertes de revenus dues aux cessations d’activités : dans le bâtiment, la restauration, l’hôtellerie, le tourisme, partiellement l’industrie… En effet, moins de revenu pour beaucoup induira moins de consommation et moins d’activité économique. Mais est-ce un problème économique que la réduction de l’activité économique ? Sans doute oui, mais si cela ne nuisait qu’à l’économie ce ne serait pas si grave. Sauf à considérer que l’économie est au service de l’Homme. Nous avons besoin d’abris décents, le bâtiment est arrêté. Nous avons besoin de nourriture, les pays importateurs sont en difficulté (seuls vingt pays dans le monde sont auto suffisants). Nous avons besoin d’un environnement stable et sécurisé, de relations sociales, de reconnaissance voire d’accomplissement, mais la maladie, la peur pour les plus fragiles, la perte du travail (rôle émancipateur), l’arrêt des fréquentation, l’arrêt des activités d’enseignement, des activités culturelles, sportives (dont on parle trop peu), touristiques nuisent à la vie humaine et à sa qualité.

Nous pouvons prévoir en outre un appauvrissement général voire une misère plus grande pour beaucoup. Est-ce là aussi un problème économique ? Non. Cela devient un problème économique quand les révoltes bloquent l’économie.

Pour conclure de manière lapidaire, la pandémie n’a pas révélé de problème économique. Elle n’a révélé que des problèmes humains par cessation ou entrave de l’activité économique. Dénoncer l’économie serait construire un ennemi comme le sont les moulins à vents de Don Quichotte. Cependant il n’est pas interdit d’agir sur le système économique pour faire en sorte que l’on évite son arrêt brutal. Il n’est pas non plus interdit de s’interroger sur la noblesse et la destination de la dépense publique, et notamment en matière de santé. Mais cela demande beaucoup d’intelligence, de prévoyance et de clairvoyance. Des qualités d’humaniste et non d’économiste. Faisons ce qui est bon pour l’Homme et l’Economie en sera subordonnée, et deviendra vertueuse. Ne sommes-nous pas là à cette fin, celle de construire un temple aux vertus ?

L’économie étant l’ensemble des activités humaines relatives aux biens et services, la situation de pandémie a fait apparaître, avant tout, des problèmes humains.

Proposition :  Adopter une approche humaniste de l’économie, les leviers de celle-ci devant être considérés comme des outils.

* La parution d’ouvrages, fondateurs, notamment le livre d’Adam Smith sur la Richesse des nations en 1776, puis celui de David Ricardo sur Principes de l’économie politique en 1817 l’ont faite rentrer dans le langage courant. 

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