Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Plaidoyer pour une Culture de l’Après

Respectable Loge, Justice et Raison, Orient de Dreux, Région 9 Ouest

Mots Clefs : CultureÉcole

Au moment du confinement, on a pu constater l’impact des besoins culturels d’une société redécouvrant ses racines humaines. Que l’effet ait été consolateur ou constructeur importe peu ; seule compte l’empreinte laissée. Il apparaît qu’une réflexion sur la vie culturelle soit indispensable à toute projection d’un monde d’Après. De fait, comment se satisfaire des bribes accordées à la culture dans le monde dit d’Avant et ne pas imaginer un « mieux disant » pour l’Après Covid-19 ?

La culture à l’école

On assiste aujourd’hui à une influence grandissante des réseaux dits sociaux qui dispensent des flots d’informations non vérifiées et souvent fantaisistes. On peut constater une résurgence inquiétante des obscurantismes de toutes sortes. Le principe fondamental de laïcité se trouve de plus en plus souvent remis en question. L’ambition de la plupart des médias télévisuels est de fabriquer toujours plus « de cerveaux disponibles » et réceptifs aux messages publicitaires. L’École dispense des savoirs. Elle doit également être le creuset de la formation de citoyens éclairés et, dans ce contexte, la tâche est immense.

Une proposition prioritaire passe par la place à attribuer aux disciplines culturelles et aux pratiques artistiques dans le cursus scolaire. Il faudrait que ce cursus soit entendu de l’école maternelle jusqu’et y compris au lycée ! On comprendrait mal qu’à partir de la classe de seconde l’intérêt porté à la musique, à la peinture ou au cinéma entre, comme actuellement, dans un sommeil institutionnel ou, moins pire, dans une démarche optionnelle. L’École Républicaine est censée assurer les Humanités pour tous et il serait cohérent que cela opère sur l’intégralité du parcours. Sur ce premier point, le comédien Robin Renucci a clairement déclaré : « Il ne faut plus éduquer avec l’art mais par l’art ». L’Éducation Nationale et les instances en charge de la politique culturelle pourraient, par exemple, s’inspirer du programme d’éducation musicale, instauré au Venezuela (« El Sistema ») et qui a concerné plus de deux millions d’enfants et d’adolescents. Ce type d’action a d’ailleurs été repris à une échelle moins importante en Écosse et en Angleterre. Il faut saluer à cet égard les initiatives prises par beaucoup de municipalités françaises pour le soutien et la diffusion d’un enseignement populaire de la musique et du théâtre.

La lecture ne doit pas être l’objet d’un apprentissage qui ne serait qu’utilitaire. Elle doit aussi être le support d’une ouverture sur l’imaginaire et sur le monde. Dans ce domaine, les enseignants font face au défi immense de la concurrence impitoyable des écrans. Ils doivent être aidés et soutenus dans leurs actions pour faire découvrir la littérature à la jeunesse en s’appuyant, par exemple, sur le réseau des bibliothèques et médiathèques nombreuses, mais tellement sous-utilisées.

Pour une politique artistique et culturelle volontariste

Indépendamment de la Culture à l’École – mission essentielle – il y a la vie culturelle et son fonctionnement – action indispensable ! La culture ne peut plus rester le parent pauvre du budget national (à peine 1% de la manne générale !). Ce serait rester sourd aux énergies et aux désirs exprimés lors de cette crise sanitaire, d’autant plus que l’activité artistique dans son ensemble et singulièrement, le domaine du spectacle vivant, ont été considérablement impactés par la pandémie et ses conséquences. Démocratiquement, la part cosmétique consentie à l’action culturelle n’est plus acceptable. Stéphane Lissner (récent directeur de l’Opéra de Paris) compte parmi celles et ceux qui se sont élevés contre un état des lieux déplorable. « Le service public de la culture, a-t-il dit, a été abandonné et l’État en est devenu un actionnaire minoritaire ». L’auteur de ce constat est d’autant plus habilité à l’exprimer que l’Opéra de Paris fait partie des établissements subventionnés.

Parmi les initiatives aptes à corriger une telle faille (ou faillite !), quelques pistes, pouvant en créer d’autres, semblent souhaitables pour un avenir meilleur :

– Lancer un programme de commandes publiques (et privées !) aux artistes de toutes générations ;

– Rendre les œuvres plus accessibles à tous, singulièrement aux plus jeunes (accès financièrement adapté) ;

– Octroyer à la création et aux pratiques culturelles les batteries d’outils appropriés et de ressources numériques ;

– Faire émerger, au plan régional des pôles mutualisés de production, de diffusion et d’accompagnement à la vie artistique ;

– Convaincre maints patrons de chaînes télévisées d’opter plus pour la qualité des programmes que pour une chasse facile aux profits « médiamétriques » et aux annonceurs publicitaires.

De ces diverses orientations non exhaustives ressort un impératif d’exigences accessibles à chacun, une ouverture à l’imaginaire reconnue comme droit fondamental. Si la culture, comme le pensait Pasolini, est une résistance à la distraction (distraction, non pas divertissement !), il devient urgent d’entrer en résistance et de passer aux actes au nom du « perfectionnement intellectuel et social » que nous envisageons.

Si la République Française veut continuer de porter l’étendard des valeurs universelles que sont la Liberté, l’Égalité et la Fraternité, il faut qu’elle s’en donne les moyens. Bref, pour mériter la politique de civilisation que tant d’humains appellent de leurs vœux, il sera essentiel d’œuvrer pour une « expansion du domaine de la culture » …

La culture est un moyen essentiel de promotion des valeurs humanistes de Liberté, d’Égalité et de Fraternité qui constituent le socle philosophique de notre République. Une politique culturelle volontariste doit être prioritaire aussi bien à l’école que pour défendre les différents aspects de la vie artistique dans la société.

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