Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

« L’école et plus largement tout le système de formation ont été impactés. Le numérique a permis une certaine continuité dite pédagogique. Qu’en est-il vraiment ? Quelles limites et quelles améliorations proposées ? »

Respectable Loge, Le Réveil Maçonnique, Orient de Libourne, Région 16 Sud-Ouest

Mots Clefs : CohérenceDifférenciationEquité nationaleIndépendanceplanification

État des lieux et constats

Problématique et contexte de la contribution

La période qui nous amène à nous questionner est celle où par une grande précaution sanitaire l’école en termes de lieu de socialisation, de partage, d’acquisition de connaissances et de fréquentation journalière a tout simplement été suspendue.

Constat

L’école n’est pas obligatoire rappelons-le mais l’instruction si. Avant la crise sanitaire de nombreux élèves n’allaient pas à l’école et pour la grande majorité de ces derniers, ils sont inscrits au Centre National d’Enseignement à Distance.

Dès le début de la crise et du confinement, la majorité des ressources proposés par l’Éducation Nationale étaient issue de ce centre et la massification de ses outils a eu un double effet.

  • Certains positifs : faire connaitre des ressources adaptées à chaque âge avec un accès numérique individuel, des activités variées au format numérique et papier. Un portail accessible 24h/24h.
  • D’autres plus négatifs : une incapacité de fournir un accès à tous les élèves de France dans des conditions correctes (le serveur n’est pas prévu pour cela), et surtout une prise de conscience des parents que leurs enfants ne sont pas forcément sur les mêmes apprentissages que ceux proposés. La discrimination face à l’accès aux outils numériques a été mis en exergue à ce moment-là.

Un point, qui a été clivant à tous les niveaux, c’est que tout ne peut se faire sur un écran, l’accès à une imprimante est nécessaire. A l’heure des nouvelles technologies, le support papier reste encore très important dans les processus d’apprentissages. Tout le monde n’a pas une tablette tactile d’une taille suffisante pour à la fois lire un énoncé et prendre des notes ou essayer de le résoudre.

Le CNED a donc été une solution très provisoire aux yeux des enseignants qui se sont très vite rendu compte des limites de la solution proposée. C’est à ce moment-là, que les équipes pédagogiques se sont rapprochées pour développer ensemble une ou des stratégies pour accompagner les élèves.

Concernant l’apprentissage professionnel il faut avouer qu’il a été abandonné, nul ne peut apprendre à tailler sa pierre s’il ne peut frapper dessus avec un marteau et un ciseau. On peut étudier longtemps les différents outils et leurs fonctions mais la manipulation et l’accompagnement de son enseignant est crucial. Ici le distanciel s’est transformé en mise à distance.

Les points qui semblent être saillants concernant cette continuité pédagogique

État des réflexions déjà produites durant cette période.

Cet épisode s’est déroulé au milieu d’une année scolaire où les classes sont formées, les professeurs connus et leurs méthodes pédagogiques aussi. Chaque élève était unique et connu par l’enseignant, il savait quel élève il faudrait solliciter plus qu’un autre ou à qui il faudrait proposer des méthodes alternatives pour qu’il progresse. Cet élément est une des pierres de la réussite de la continuité pédagogique, la même situation en début d’année scolaire n’aurait pas du tout eu le même impact.

Le maître et ses apprentis sont liés à la fois par une passion d’un métier et par une proximité physique permettant d’accompagner, de montrer par moment mais surtout de créer ensemble.

Un téléphone portable permet-il de suivre un enseignement à distance ? L’élève a-t-il accès à un lieu calme propice à la concentration ?

Que penser de l’antinomie du discours éducatif où l’on essaye de montrer les effets néfastes des écrans pour la santé des élèves et ce dernier devient un outil promu par tous et toutes comme une solution miracle au confinement et au déconfinement ?

La communication non verbale ne fonctionne pas par l’outil informatique car nous ne sommes pas dans un échange direct. La vidéo aide mais ne peut remplacer le physique, le regard, le toucher : tous ceux qui font des visioconférences s’en aperçoivent, c’est positif un temps mais les échanges verbaux sont moindres pour au final se réduire.

Les échanges numériques ont été majoritairement du sens enseignant vers l’élève et très peu dans l’autre. Il y a ici un clivage avec l’école en présentiel où le retour se fait très régulièrement (oral, cahier, échanges, regard, etc.).

De plus, l’état a renforcé cette vision en proposant également une chaine éducative « je montre, tu reçois et apprends »…

Point sur les infrastructures numériques de l’état.

Le besoin de connexion immédiate de millions d’enseignants et élèves n’était pas prévu. D’un côté l’état impose de n’utiliser que ses plateformes avec les élèves et de l’autre il n’y a quasiment rien de fonctionnel. Il n’y a pas d’outil officiel (et simple) commun prévu pour dialoguer entre les enseignants, les élèves et leurs parents.

L’état en tant que Nation laisse chaque collectivité se débrouiller pour ses écoles primaires, collèges et lycées. Il en ressort une iniquité totale en termes d’accès au numérique, de diffusion d’enseignement, de communication avec les élèves et familles. Il manque ici une réelle volonté nationale de cadrage et d’objectif.

Quel bilan de tout cela ?

Nous n’exprimerons ici que ce que nos frères, sœurs et amis ont pu traverser comme expérience. L’engagement de la majorité des équipes enseignantes a été présente dans le milieu de l’enseignement dit ordinaire. Il y a par contre eu une rupture avec les filières professionnelles.

Propositions concrètes

Concernant le milieu dit « ordinaire », le constat sur la formation à distance est très ambivalent.

Les élèves de milieux sociaux « aidant » maitrisant les outils pouvant questionner leurs parents, ayant un cadre de travail calme à leur domicile ont pu continuer d’apprendre à un rythme moindre que celui de la classe mais réel.

Les élèves de milieux sociaux plus complexes, eux ont été confrontés à de nombreuses difficultés supplémentaires. Le cadre de travail, le partage de l’outil numérique avec la famille, l’impossibilité d’imprimer certains documents, l’impossibilité de questionner l’enseignant qui faisait son cours en visioconférence de telle heure à telle heure.

Ressort ici ce qui fait la fondation de l’école : la présence, l’échange, la mise à disposition d’un cadre commun à tous, une parenthèse dans sa vie familiale pour mieux se construire, un partage de visions différentes.

Nous pouvons imaginer que la formation s’améliore avec la technologie, que les pratiques des enseignants vont évoluer, mais regardons vraiment vers où l’on veut amener les élèves tout en regardant d’où ils viennent.

Propositions constructives

Il semble important de ne plus considérer l’ensemble des élèves comme un tout.

Oui, il faut identifier les élèves fragiles et pouvoir leur apporter une aide particulière. Durant des périodes de confinement il serait donc envisageable d’avoir des enseignements pour un groupe prioritaire en respectant un protocole sanitaire stricte, voire dans un lieu externalisé. Il faut surtout que les familles soient conscientes de cela pour que le confinement arrivant, ils sachent ce qui va se passer pour leurs enfants et leur implication dans le système.

Il semble indispensable de doter les équipes pédagogiques d’outils communs et fonctionnels de communications et de diffusions de leurs enseignements. L’état doit proposer des outils numériques ou des partenariats à la mesure de ses engagements. Une cohérence et une certaine uniformisation permettrait une meilleure lisibilité pour les familles. Un site par école, collège, lycée semble une demande raisonnable.

Concernant l’engagement de la télévision publique sur des enseignements (collectifs), il semble que cela a été apprécié dans le cadre d’un accompagnement à ce que l’enseignant de l’élève proposait. Mais l’émission aussi bien faite soit-elle ne peut pas remplacer la méthode et la programmation pédagogique de l’enseignant.

Dans un monde numérique, il nous semble important d’axer nos efforts sur l’humain et leur considération. Réaliser une séquence d’apprentissage demande des heures à un enseignant quel que soit son niveau, il adapte son vocable et surtout elle est destinée à un public particulier.

Concernant les élèves les plus jeunes (maternelles), les couper de la présence physique et du langage non verbal ne semble pas être une solution viable voire contreproductive.

 

Propositions disruptives

Cette crise passagère a été révélatrice des différences que nous entretenons dans notre pays. Il faudra mettre les moyens humains dans certaines zones plus complexes et cela ne pourra être productif que dans un cadre global. Entretenir des REP (?) avec les moyens de l’école sans une politique de la ville de transformation du territoire est un non-sens.

La gestion du numérique est des outils mis à disposition n’a aucune cohérence ni continuité. Il semble nécessaire de penser un nouveau schéma durable et respectueux des données.

Proposition ou idée à mettre en exergue

Sur le plan numérique un partenariat solide entre l’état et ses universités semble une voie vers l’indépendance et la gestion des besoins. Les universitaires pourraient développer sur cahier des charges les logiciels et plateforme pour l’éducation aussi bien voire mieux que les entreprises privées tout en étant sur des formats ouverts et partageables.

Une identité numérique des écoles de la maternelle au lycée, un site, un lieu de repère pour toutes les familles qui ne soit pas dépendant d’une volonté unique d’une collectivité territoriale.

L’École est le lieu principal de l’apprentissage important de la citoyenneté, un lieu social offrant à tout un chacun la possibilité d’y être considéré en dehors de tout dogme social ou religieux.

Le versant socialisant de l’école est un des premiers apprentissages qui n’est pas réservé à l’enseignant mais bien à l’existence même de ce lieu symbolique et du fonctionnement qui y est développé. La richesse de notre école c’est la mixité sociale et culturelle, et nous la perdons de plus en plus chaque jour, cette crise sera-t-elle la prise de conscience des actions à réaliser pour la population ? J’ose l’espérer…

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