Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Le sens de la vie

Respectable Loge, Étoile de Marianne, Orient de Niort, Région 9 Ouest

Mots Clefs : PhilosophiePolitiqueReligionSciencesSociété médiatique

Il s’agit à mes yeux, d’un sujet fort complexe et ambitieux que l’on pourrait interpréter comme une étude du Sens de la Vie, laquelle n’a cessé de préoccuper l’être humain depuis l’éveil de sa conscience. Essayons donc de poursuivre cette quête sous les angles des disciplines scientifiques, philosophiques, culturelles, maçonniques.

L’homme est jeune, très jeune ; il ne compte que quelques dizaines de milliers d’années. Il est le survivant de tous les rameaux de l’arbre des hominidés. Pourquoi a-t-il survécu ? Que sont devenus les Australopithèques, les Sinanthropes et autres Néandertaliens ? Ils étaient aussi la vie. Cette interrogation conduit à la théorie de l’évolution. Évolution vers quoi ? Est-elle terminée ? Mais dans le même temps, il faut nous questionner sur les raisons de cette évolution : adaptation aux contraintes de tous ordres, fuite inconsciente des dangers, ou fruit de l’instinct de survie, ou encore conséquence de l’intelligence et de l’esprit.

L’homme d’aujourd’hui est-il un mutant, et que sera-t-il dans un million d’années ?

La vie se nourrit d’exigences éthiques et morales. Dans une époque où tout se vaut, où nous récoltons aujourd’hui les fruits de nos imprudences de toutes natures, de notre orgueil, de notre égoïsme, de notre cupidité, sur quels critères est-il possible de proposer un nouveau modèle de société ?

Comment vivre de façon plus heureuse, plus sensée, plus libre, c’est-à-dire avec le maximum de bonheur et de lucidité, aujourd’hui dans le monde tel qu’il est et à l’époque qui est la nôtre ?

Par l’action, certes, mais qui ne vaut que par la raison qui éclaire ; c’est ce que les anciens appelaient «la sagesse » qui donnait un sens à la philosophie de leur vie. Mais certains, parmi les plus grands refusaient d’être appelés « sages », tel Pythagore qu’Aristote situait pourtant entre les dieux et les hommes : « il se disait mathématicien, philosophe et chercheur de sagesse ». Mais leur sagesse n’est pas la nôtre écrit André Comte-Sponville, ou plutôt la nôtre ne saurait reproduire la leur, dans un monde tellement différent.

Si l’on se réfère souvent à la sagesse des anciens, c’est autant par impatience que par nostalgie. La vie est trop précieuse, trop brève – ne dit-on pas que le temps passe vite – pour vivre n’importe comment et sans que l’on prenne le temps d’y réfléchir. Alors comment vivre ? C’est un vrai débat philosophique. Je n’ai pas lu le livre de Luc Ferry « la vie réussie », mais celui qu’il a écrit en commun avec André Comte-Sponville «la sagesse des modernes ». Chacun selon sa sensibilité, ses convictions, ses croyances y fait valoir ses idées, qui parfois se rencontrent mais qui aussi se heurtent. Aucun n’a de réponse absolue, ni sur la nature et les conséquences du matérialisme, ni sur les sciences et les religions, ni sur la métaphysique ou l’expression du divin, mais tous les deux s’expriment dans le respect des règles ancestrales du même attachement à la raison, à la clarté, à l’échange des arguments, au même refus de la sophistique ou du nihilisme, et tirent souvent de principes différents des conclusions très proches.

On peut cependant se poser la question : « Qu’est-ce qu’une vie réussie ?». Chacun constate que notre époque confond de plus en plus la réussite d’une vie avec le seul succès social apparent et vérifiable : l’argent, la renommée, le pouvoir. Nous ne concevons plus le monde à la manière des Stoïciens, comme une belle harmonie cosmique, où chacun devait jouer sa partie, humble ou grandiose. Tout désormais semble se jouer « ici et maintenant », dans une société cynique et réaliste qui s’est affranchie de toute forme de transcendance.

Trois grands sujets, dans ce livre ont retenu mon attention :

La Société médiatique. Tous les deux sont d’accord pour souligner, à leur façon, ses méfaits. On a remplacé le monde de l’écrit par le monde de l’image où le souci de l’audimat apparaît comme le point culminant du monde de la technique et de la culture de masse, comme l’apogée de la domination universelle que sont la banalisation, l’uniformisation, l’anonymat de l’industrie culturelle qui déracine sans cesse les êtres humains réduits à l’état d’esclavage, au profit d’une « américanisation » planétaire.

Critique aussi de la société de spectacle au nom d’un avenir radieux par exploitation de la « raison instrumentale » où l’exacerbation de l’idéal de rentabilité devient une véritable fin en soi.

Culture médiatique contre-culture scolaire, conséquence de la baisse considérable des enfants à maîtriser la culture écrite : 10% des élèves ne maîtrisent pas les fondamentaux de lecture et d’écriture à leur entrée en 6è et 35% la maîtrisent avec difficulté. Or la culture scolaire, avant tout centrée sur l’écrit, est une spécificité irremplaçable qui ne se confond pas avec la culture de tous les jours, ni avec celle des parents et encore moins avec celle de la télé.

La philosophie et le politique. Après le temps des utopies de Mai 68, la politique semble être réduite à une simple gestion des affaires courantes et donne, à droite comme à gauche, le sentiment d’être impuissante à résoudre les problèmes sociaux, notamment le chômage et la répartition des richesses. En Mai 68, on disait volontiers : « tout est politique ». 50 ans après, plus rien de ce qui donne une valeur ou un sens à nos vies semble en dépendre, sauf négativement. Comment la philosophie peut-elle, au niveau modeste qui est le sien, celui de la pensée, redonner un sens à une activité qu’on ne saurait réduire à la morale ou à l’économie ?

Entre science et religion, à quoi sert la philosophie ? Les deux auteurs ont une vision différente de la philosophie sur ce sujet, deux conceptions de l’absolu (immanent et transcendant), deux conceptions de l’homme (naturel et surnaturel), deux conceptions de la liberté (processus de libération ou faculté de choix), deux conceptions de la sagesse( dire oui au monde en se déprenant de soi ou individualiser le moi en se déprenant du monde), mais s’accordent à penser que le fin mot de la sagesse est l’Amour, qui peut s’entendre en plusieurs sens, selon qu’il porte globalement sur le monde ou sur la vie commune des hommes et pose la question : « l’Amour nous ouvre-t-il à la transcendance de l’autre ou bien à l’immanence du tout ?».

Le réel. Que dire dans la réalité, au quotidien des relations humaines et des rapports sociaux, même volontairement limités aux faits les plus marquants de ces dernières années, en particulier depuis l’avènement des « gilets jaunes » et à nos sphères d’activité les plus immédiates : craintes, colères, violences, peur de l’avenir, vertiges devant des mutations pourtant inéluctables ? Ces conflits sociaux montrent l’immense décalage entre les différentes couches de la société, entre le politique et le social, entre le discours des représentant des travailleurs et le silence des chômeurs. Ces mouvements multiformes, complexes, construits sur plusieurs niveaux de stratégies, composés de sédiments de corporatisme et de révolte sont souvent le détonateur de nombreux décalages politiques, sociaux, économiques, mais aussi philosophiques.

Un professeur d’université ou un haut fonctionnaire auront toujours du mal à convaincre un postier ou un cheminot que l’élargissement de l’assiette contributive pour le financement de la Sécurité Sociale est la dernière chance de survie pour cette vénérable institution. Il est évident qu’on ne vit pas, qu’on ne s’inquiète pas, qu’on ne meurt pas de la même façon quand on est haut fonctionnaire ou ouvrier, fut-ce de l’état-patron, avec des fiches de salaire forcément différentes.

Autre forme de « décalage » : les syndicats de plus en plus fréquemment « doublés » par leur base.  C’est que le discours ne peut pas être le même dans le Fonction Publique qui se caractérise par la stabilité de l’emploi et dans les Entreprises du secteur privé où l’inquiétude du lendemain est le lot des gens au travail et la désespérance celui des gens sans travail.

Il y a aussi parfois difficulté à se caler ou à trouver ses marques dans un monde politique où l’effet d’annonce court-circuite les lentes élaborations, où les colères soudaines accélèrent ou grippent les stratégies des institutions et où, paradoxalement, la rationalité des mesures, pour se faire valider, peut faire appel à l’imagination, voire à l’utopie.

La fin du siècle passé a vu la rationalisation du travail. Partant du passage obligatoire à 35 heures par semaine, les prochaines années vont probablement connaître de nouveaux aménagements, avec des périodes de plus en plus hachées d’activité à temps partiel ou de chômage. Ce 3è millénaire risque d’être la fin des idéaux liés au travail, et c’est un passage qui ne se négociera probablement pas sans violence. Il est tout à fait explicable, même si nous pouvons le regretter, que les paroles trébuchent devant les idéaux défaits et les peurs collectives.

C’est pourtant bien une évolution de civilisation qu’il nous faut envisager.

Ne nous voilons pas la face. Même si tout le monde ne l’a pas encore compris ou admis, notre système « marchand » et nos modes de rémunération sont manifestement à bout de souffle. Il est donc de notre impérieux devoir de Francs-Maçons d’imaginer sous quelle forme ils devront évoluer, dans de nouveaux concepts, avec de nouvelles règles de solidarité et de justice sociale. Il nous faut donc rechercher de nouveaux horizons, de nouveaux modes de vie, de nouveaux étalonnages, et qui ne soient pas seulement des « replâtrages ».

Cependant ceci ne devra être élaboré que très progressivement, sans brusquer les choses et avec beaucoup de pédagogie. Il nous faudra aussi promouvoir une justice courageuse, conciliante, empreinte d’impartialité et d’équité. Nous savons que sans horizon, notre monde est sans espérance ; or l’horizon est la limite de visibilité du monde connu. Au-delà est un monde inconnu, dont on ne sait ce qu’il livrera à notre imagination.

Mais, nous ne pouvons rester immobile les bras ballants. Alors courage et confiance.

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