Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Le numérique, un simple outil ou un levier pour émanciper les élèves ?

Respectable Loge, Gambetta, Orient de Cahors, Région 17 Sud et Loges d'Espagne

Mots Clefs : ÉlèveÉmancipationNumériqueOutilPédagogie

Le confinement puis le déconfinement ont été deux temps importants pour l’école. Ils ont mis en exergue les difficultés matérielles de l’école mais ils ont permis d’observer une forte mobilisation des différents acteurs et une réelle volonté de progresser dans ce domaine pour assurer la continuité pédagogique. La maitrise des outils numériques pour les élèves et les enseignants est une priorité mais en quoi ces outils pourraient permettre une meilleure autonomie et être un levier pour que les élèves soient acteurs de leur scolarité.

Le constat

Une école peu préparée mais qui s’est mobilisée en interne mais aussi avec ses partenaires locaux Des débuts difficiles : – Les outils numériques utilisés par les établissements scolaires n’ont pas supporté les connexions, – Les élèves et les enseignants n’ont pas eu une formation commune ou n’ont pas été préparés à un fonctionnement commun, – Des familles et des enseignants sous équipés en imprimante, ordinateur et avec un haut débit peu fiable et peu efficace. Ce qui a entrainé : – Une multiplicité des outils utilisés : pour les visios, pour la recherche documentaire, pour la mise en commun, etc. – Des écarts entre les familles qui accompagnent leurs enfants et qui ont tout le matériel pour le faire et celles qui n’ont pas les moyens financiers ou l’accès au haut débit : les inégalités sociales se sont creusées, le nombre de décrocheurs a augmenté, les crispations au sein des familles se sont accentuées, etc. – Une continuité pédagogique assurée techniquement mais qui n’a pas touchée toutes les familles. – Une forte hétérogénéité lors du déconfinement et du retour en classe des élèves. Suite à ces différentes difficultés, on a pu observer une mobilisation importante des différents acteurs de l’éducation nationale et de ses partenaires locaux pour essayer de pallier ces difficultés : – Les enseignants : ils se sont formés, se sont équipés, ils n’ont pas compté leurs heures. – Les assistantes sociales : elles ont effectué un travail très important pour repérer et aider les familles en difficulté. Après le déconfinement, elles sont allées chercher les élèves décrocheurs en multipliant les appels aux familles. – Les équipes de direction : les chefs d’établissement et leurs adjoints ont mis en place le protocole sanitaire, ils ont refait les emplois du temps, ils ont mobilisé tous les acteurs pour assurer au mieux la continuité pédagogique. Ils ont dû prendre des décisions sans réelles directives. – Les agents : ils ont été les maitres d’œuvre en termes : de désinfection des locaux, de mise à disposition des différents produits qui limitent la propagation du virus, de conseil pour accueillir les usagers. – Les collectivités territoriales : elles ont été un réel appui logistique pour que leurs agents soient informés et équipés pour préparer l’accueil des élèves et des personnels. Depuis la rentrée scolaire, les départements et les régions accentuent leurs réflexions pour équiper plus d’élèves en ordinateurs portables ou en tablettes. Des propositions étaient déjà faites mais elles ont maintenant vocation à s’ouvrir pour permettre à plus de familles d’être équipées. Le travail devra aussi se poursuivre sur le rééquipement des établissements scolaires et l’amélioration du haut débit. – Les associations : elles se sont mobilisées pour accueillir des groupes d’élèves après le confinement, et leur proposer des activités ludiques ou des temps d’échanges.

L’école pour développer l’esprit critique nécessaire pour être maître de l’usage du numérique

L’école travaille depuis plusieurs années sur les outils que proposent le numérique et son usage. Il est rentré dans le quotidien des enseignants[1] , qui l’utilise : – comme outil didactique : logiciels spécialisés dans toutes les disciplines – comme ressource culturelle, scientifique, etc. : films en version originale sous-titrée, visites de musées virtuelles, sites d’actualités étrangers, reportages en ligne, etc. – comme outil de transcription : logiciel de traitement de textes, tableurs, etc. – comme outil d’organisation matérielle : Environnement Numérique de Travail, Pronote, etc. – comme outil d’organisation de la pensée : logiciel de cartes mentales (mind mapping). Sur ces outils, avec comme superviseur l’enseignant, l’élève progresse techniquement. Mais cette utilisation technique n’est pas suffisante. En effet, la recherche de documents ou d’informations est devenue très peu coûteuse en temps mais le tri et l’analyse qui découlent de la multitude d’informations disponibles sont devenus très importants. Afin de répondre à ces difficultés, l’école a mis en place un nouvel enseignement, l’Education aux Médias et à l’Information (l’EMI), qui a pour objectif de développer l’esprit critique et d’apprendre à vérifier des sources. L’EMI est souvent dispensé par les enseignants documentalistes mais d’autres disciplines travaillent naturellement l’EMI. Cet enseignement a vocation à être travaillé par tous les enseignants. Le confinement a naturellement démontré que l’accès au numérique devait être accompagné. Il serait intéressant de réfléchir à des actions en direction des parents pour faciliter une co-construction de cet esprit critique. (Conférence, stage, etc.)

Le numérique pour favoriser l’autonomie l’émancipation des élèves, un pis-aller ou une réelle opportunité ?

On observe donc une réelle prise en compte de la dimension numérique par les équipes pédagogiques avec une accélération de l’autoformation suite au confinement. L’utilisation technique de ces outils n’est plus une difficulté pour les professionnels de l’éducation. Tous les acteurs n’ont pas les mêmes compétences mais dans l’ensemble, il y a une réelle volonté d’avancer, de progresser et de mettre en œuvre un enseignement qui utilise le numérique. Cependant, une question se pose sur l’autonomie et les possibilités d’émancipation des jeunes avec le numérique. L’école a dans sa « génétique » une dimension descendante de l’apprentissage des savoirs et des compétences, pratique pédagogique qui a plus de deux siècles d’existence. Pendant de nombreuses années, le cours était magistral. Les interactions étaient peu nombreuses et les élèves étaient peu acteurs. Ce schéma est rassurant mais de moins en moins efficace. Suite aux différents travaux et aux résultats de PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves), une prise de conscience a été nécessaire à tous les niveaux de l’éducation nationale. Depuis le début des années 2000, de nombreux chercheurs travaillent sur la pédagogie : Sylvain Connac sur la coopération entre élèves, André Tricot sur l’innovation pédagogique, etc. Ces travaux et certaines réformes ont permis d’amorcer un changement dans les pratiques de l’enseignement. La mise en place de nouvelles pratiques pédagogiques demande du temps, des échanges, de la formation, des apports de la recherche. Pour ceux qui rentrent dans ce processus, il y a un réel épanouissement professionnel et un réel gain pour les élèves en termes d’autonomie et d’émancipation. Le numérique peut être un outil pour accompagner ce changement. Il ouvre les champs du possible pour les enseignants mais aussi pour les élèves. Nous avons pu voir de nombreux travaux et projets d’élèves via des applications. Il peut développer la créativité et la prise d’initiative de nos jeunes. Pour conclure, il est très clair que nous sommes à un tournant. Le numérique a été fortement mis en avant. Il faut cependant prendre du recul par rapport à cet outil. Il est nécessaire que la formation technique doit être développée mais pour maîtriser ce que l’on fait et ce que l’on cherche avec le numérique, il sera nécessaire de continuer de travailler sur l’esprit critique des jeunes. Pour reprendre une réflexion de Philippe Meyrieux, « Faire la classe, c’est articuler le commun et le singulier… ». C’est ce sens de l’enseignement qu’il est nécessaire de ne pas oublier. L’émancipation de nos jeunes passe par les pratiques de l’enseignant. C’est un des acteurs qui accompagne les jeunes dans leur réflexion et qui les amène à être autonome et libre en termes de pensée. De nombreuses expérimentations sont en cours. Le lien avec les universitaires est de plus en plus recherché mais il reste limité car il faut des ressources et des moyens. L’épanouissement professionnel et l’émancipation (et donc la réussite) des élèves sont fortement liés. Il sera important de continuer d’ouvrir les possibilités avec à la fois des dispositifs qui laissent de la liberté en termes de pédagogie mais aussi de la formation pour développer le lâcher prise qui permettra de limiter la verticalité de l’enseignement.


[1] Les compétences liées au numérique sont intégrées dans le référentiel de compétences des enseignants publié le 12 mai 2010

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