Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Le monde d’Après sera comme le monde d’avant mais Après ?

Respectable Loge, Phare du Quercy, Orient de Cahors, Région 17 Sud et Loges d'Espagne

Mots Clefs : ComplexitéÉcologieIndicateurRésilienceSystème

La résilience : un autre développement pour le monde d’Après ?

La résilience est une notion qui a émergé récemment. Depuis 2005, la fréquence d’emploi de ce terme polysémique est en nette croissance dans la société civile comme dans le domaine scientifique[1]. Vulgarisée et médiatisée par le psychologue Boris CYRULNIK, la résilience est rapidement associée par le politique au monde d’Après, celui de la pandémie de la COVID- 19.  En France, l’opération militaire « Résilience »[2] est mise en place dès le 25 mars 2020. Ce concept est identiquement utilisé par de nombreuses disciplines scientifiques. Leurs problématiques singulières interrogent différemment le monde d’Après.

Cyrulnik et DUVAL définissent la résilience comme un autre développement : « traumatisme maximum que peut subir un individu avant de se reconstruire »[3]. En reprenant la méthodologie du livre blanc : « Nous avons bien compris que nous étions dans un système d’échanges de biens et de services, d’informations ». Le développement de notre Monde est mesuré par un unique indicateur :  le PIB. Il traduit la production des richesses. Cet élément comptable décide de l’état de santé, économique, de notre planète.  Faisons un pas de côté, comment divers champs disciplinaires peuvent nous éclairer pour un autre développement, celui du monde d’Après, par le biais de cette notion de résilience.

La résilience peut-elle faire œuvre et permettre la reconstruction ?

Dans un monde isolé physiquement mais connecté par internet, la page wikipédia offre une perception des différentes utilisations du concept de résilience par des disciplines distinctes.

La notion de résilience est définie en 1901 par le physicien Georges CHARPY : « la capacité pour un matériau de retrouver son état initial à la suite d’un choc ou d’une pression continue ». Cette capacité à absorber un choc s’applique d’abord à un système. Ce système est formé des atomes et de leurs liaisons. La résilience permet ensuite de retourner à une situation antérieure qui questionne les notions : de durée, de démocratie et de prospective. Mais cette situation interroge aussi. Par exemple : quel est cet état initial ? Celui d’avant la crise ou quelles années avant ce choc ? Ce cadre de vie passé est-il mon idéal ? Ce diagnostic est unique ou constitue-t-il un bien commun de la société ? L’utopie désirée à atteindre peut-elle modifier notre modèle de développement ?

Les sciences liées à l’étude du vivant, biologie ou écologie, privilégient actuellement une approche systémique. Elles étudient les acteurs et leurs interactions. La résilience écologique est la capacité d’un écosystème, d’une espèce ou d’un individu à retrouver un fonctionnement ou un développement normal après avoir subi une perturbation écologique. Ces concepts bornent le nouveau monde d’Après. Il devrait se développer en tenant compte que d’une part le stock des richesses naturelles est limité, d’autre part que l’Homme n’est pas seul acteur de la Terre. Il existe de nombreuses interactions entre des acteurs complexes vivants, naturels, technologique, etc…  

Pour cette science carrefour qu’est la Géographie, la notion de résilience désigne la capacité des sociétés humaines à limiter les effets des catastrophes et à retrouver rapidement un fonctionnement normal. Les géographes étudient la vulnérabilité des espaces et des sociétés. La vulnérabilité examine le risque, les aléas climatiques, les catastrophes naturelles, le changement climatique…Le risque existe car il a été identifié… Mais il doit être pris en compte pour atténuer ses effets. La révélation d’un risque par les experts, scientifiques ou citoyens, n’est pas suffisante. Le politique doit s’en saisir, ou non, afin de réduire ses effets en fonction d’un ensemble de critères (éthique, économique, technologique, culturel, appropriation, faisabilité, lobbies…) qui ne sont pas clairement ni définis ni expliqués aux citoyens.

La résilience pour lutter contre les injustices

La résilience est une méthode pour reconstruire le monde d’Après. Mais ce retour à la « normale » doit-il reposer sur les mêmes principes de développement ?  L’interrogation de cette notion met en évidence la nécessité de la prise en compte des paradigmes suivants : nous vivons dans un monde dont les ressources sont finies et nous sommes tous acteurs de son développement.

L’Ancien Monde et son mode de production sont mesurés par un unique indicateur, le PIB. Ce mode de management de la société impulse les politiques publiques sous la seule lumière de l’économie. « La production est le principe unique de rapport au monde …C’est que l’injustice ne se limite pas à la seule redistribution des fruits du progrès, mais à la façon même de faire fructifier la planète. »[4] Le gouvernement par les instruments permet de tendre vers des objectifs de développement, la croissance avec le PIB.

Fixer des indicateurs anthropolitiques[5] pour un autre progrès est une autre voie de développement. Ils pourraient être en lien avec les critères mis en évidence par le principe de la résilience. Ils sont par exemple : éthique, économique, technologique, culturel, appropriation, faisabilité, démocratie, …. Ces nouveaux objectifs permettent de se développer autrement pour que le monde d’après soit en amélioration pour l’Humanité.

Création et utilisation de nouveaux indicateurs de développement pour le monde d’Après pour sortir du diktat de l’économie pour la gestion des politiques publiques.


[1] B. BARROCA, M. Di NARDO, I. MBOUMOUA « De la vulnérabilité à la résilience : mutation ou bouleversement ? » EchoGéo 2013-n° 24

[2] Cette opération « Résilience », distincte de l’opération « Sentinelle », « sera entièrement consacrée à l’aide et au soutien aux populations et à l’appui aux services publics. https://www.lexpress.fr/actualite/societe/coronavirus-macron-lance-l-operation-militaire-resilience-pour-soutenir-la-population_2121964.html  le 11 mai 2020.

[3] B. CYRULNIK, Ph. DUVAL Psychanalyse et résilience, Paris, Odile Jacob, 2006

[4] B. LATOUR : Imaginer les gestes-barrières contre le retour à la production avant crise. Site AOC 30 Mars 2020

[5] anthropolitique”, pour parler comme Edgar Morin. Une politique qui ne sera pas du management, qui sera l’expression d’une authentique vision pour une Humanité revenue sur Terre.

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