Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Faut-il croire en la science ?

Respectable Loge, Utopia Soleil Noir, Orient de Toulouse, Région 17 Sud et Loges d'Espagne

Mots Clefs : ConfianceCroyanceLaïcitéOpinionSavoir

« Les prises de décisions politiques sont parfois basées sur des idéologies néfastes ou bénéfiques et parfois basées sur des expertises scientifiques rationnelles ou discutables. Comment s’y retrouver ? ».

Croyance et science ; illusions du vrai, certitude du faux

Il est important de bien distinguer le domaine de la croyance et celui de la science.

On entend ici par « croyance », l’idée d’accepter une vérité sans faire appel à la raison. Il s’agit de croyance métaphysique, de croyance en la révélation, en une divinité … mais il peut aussi être question de croyance en une théorie plus ou moins scientifique, qui peut dans des cas extrêmes conduire au complotisme.

A contrario, la science suit des règles de construction du savoir qui sont bien établies et ce depuis le XVIIe siècle, le siècle de la raison, avec Galilée, Descartes … qui ont mis en place les canons de la science telle qu’elle est définie aujourd’hui dans ses grandes lignes.

La croyance est une affaire personnelle, elle est particulière et appartient à la sphère privée qui peut être intime ou partagée dans une religion (de religare : qui réunit des personnes partageant les mêmes croyances ») ; en revanche, la science est universelle et appartient à la sphère publique : il n’y a pas de relativisme ou de régionalisme en science.

Croyance et rationalisme, sont deux manières différentes, bien souvent en contradiction, d’appréhender le monde.

Une théorie scientifique rend compte des phénomènes observables et testables. La démarche expérimentale est au cœur de la construction d’une théorie scientifique. La « vérité scientifique » est soumise au principe de réfutabilité et à la démarche rationnelle et matérialiste. Pour l’épistémologue Karl Popper, il n’y a pas de vérité absolue en science, seulement des vérités relatives. Une théorie scientifique est vraie tant qu’il n’est pas montré qu’elle est fausse.

Le seul domaine où existe une vérité absolue est le domaine des croyances : la vérité est admise comme telle sans faire appel à la raison. On peut alors parler de vérité absolue.

Il doit y avoir étanchéité – on peut même dire exclusion réciproque – entre les deux domaines, celui du savoir et celui de la croyance : la science n’a pas à s’occuper de l’existence ou de la non existence de Dieu, pas plus que la religion n’a à se mêler de science. Autrement dit on peut affirmer « je crois que Dieu existe, ou je crois qu’il n’existe pas » mais jamais « je sais que Dieu existe ou je sais que Dieu n’existe pas ». Nous y reviendrons.

Opinion

L’opinion est à la croisée du savoir et du croire. L’opinion peut être perçue comme une sorte d’intermédiaire entre le savoir et la croyance. L’opinion appartient à la sphère privée, qu’elle soit intime ou partagée. Il peut être question d’opinions personnelles sur des faits de société, des théories scientifiques ou d’opinion partagée dans le champ politique ou syndical, enfin d’opinion religieuse … on parlera alors de croyance, réservant la notion d’opinion au monde profane. L’opinion se nourrit de son savoir mais également de sa croyance ou de son incroyance. L’opinion peut reposer sur des conceptions rationnelles ou irrationnelles du monde.

Transmettre, faire valoir une opinion tient d’une démarche partisane, militante. C’est forcément vrai d’un engagement politique, syndical, philosophique, religieux. Or la science se doit d’être neutre, sans parti pris, sans a priori. Doit-on transmettre son opinion ? Oui si on est militant, si on défend une idée particulière, une cause. Non, si on est scientifique. Celui-ci, s’il est en posture de communication, doit transmettre des connaissances, expliciter les démarches qui conduisent à ces connaissances.

Un mot sur le rôle de l’École. Dans un enseignement laïque il ne peut être question que de savoirs. Bien que l’on puisse étudier les opinions, les religions (faits religieux) comme on étudie des théories scientifiques. Le rôle d’un enseignant est de transmettre des connaissances et de permettre aux élèves de développer des compétences, des capacités, pour utiliser ces connaissances, afin de se faire sa propre opinion, pour « penser par soi-même » comme l’écrivait d’Alembert dans son Discours préliminaire, tome 1 de l’Encyclopédie. L’école doit avoir pour objectif de former des femmes et des hommes libres (Ferdinand Buisson). L’Ecole doit permettre aux élèves d’acquérir leur libre-arbitre.

Ce qui est vrai dans l’éducation est vrai ailleurs. On peut ici rappeler la phrase de Condorcet : « Celui qui en entrant dans la société y porte des opinions que son éducation lui a données n’est plus un homme libre … il croit obéir à la raison, quand il ne fait que se soumettre à celle des autres. »

Contrat de confiance

Quand plusieurs théories scientifiques sont en concurrence laquelle dit la vérité ? Comment s’y retrouver ? Quand on est démuni de connaissances scientifiques, adhérer à une théorie plutôt qu’à une autre peut relever d’une croyance. Qui « croire » ? En effet, penser que telle théorie dit la « vérité » peut relever de l’autorité de celui qui l’énonce. Dans ce cas la science suit la même voie dogmatique que la religion, c’est-à-dire sans faire appel à la raison ou trop peu. On peut parler alors de scientisme.

Le juste milieu est le contrat de confiance, et l’essentiel repose sur la démarche scientifique plus que sur le résultat. On peut sans être spécialiste comprendre la démarche scientifique, expérimentale mise en œuvre pour valider tel ou tel résultat. En effet, si on ne peut accéder à la complète compréhension d’une théorie, on peut, fusse de manière superficielle, comprendre les démarches qui ont permis la construction de tel savoir. On peut aussi se dire que si l’on dispose du temps nécessaire, de la motivation et des capacités intellectuelles requises on peut accéder à un savoir dans un domaine donné précis, à un niveau suffisamment approfondi. Mais dans bien des cas, c’est de confiance qu’il est question. La légitimité d’un groupe de scientifiques, les travaux, les publications, le niveau d’expertise dans un domaine précis sont autant de garanties. Cependant, certains spécialistes reconnus dans un domaine, à l’instar de prix Nobel, qui profitant de cette notoriété ou « légitimité », s’expriment dans des domaines plus ou moins proches pour lequel ils ne sont pas vraiment experts, et ne sont pas à l’abri d’énoncer quelques contre-vérités.

Science et laïcité

La science est intrinsèquement laïque

La science est un espace de neutralité laïque : elle ne s’occupe pas de Dieu, elle n’a à démontrer ni l’existence ni la non existence de Dieu. La science n’est ni pour ni contre Dieu : elle est indifférente à l’idée de Dieu. Les sciences par leur caractère universel unissent les hommes sans remettre en cause la liberté individuelle d’opter pour une métaphysique de leur choix. Ainsi, par leur neutralité vis-à-vis des options spirituelles et par leur universalisme, les sciences sont intrinsèquement laïques. Comme la laïcité, les sciences s’inscrivent dans l’espace public.

Laïcisation de la science

La laïcité en France repose pour l’essentiel sur la loi de séparation de 1905. Il est à remarquer que l’École a été séparée des Églises par les lois de Jules Ferry quelques décennies avant l’État. Quant à la science, elle a commencé à s’émanciper au XVIIe avec Le discours de la méthode de Descartes, la démarche expérimentale de Galilée … Ce qui caractérise le plus cette époque d’émancipation de la science est l’anti-aristotélisme. Rappelons que lors du concile de Trente de 1545 à 1563, l’Église catholique romaine a fait d’Aristote sa référence universelle : ce qu’avait pu avancer Aristote deux millénaires auparavant devenait la vérité absolue. Galilée, Descartes et en général les savants de cette époque qui ont fait avancer la science, étaient tous anti-aristotéliques.  

Pour conclure

Nous vivons une période où la science s’élabore au jour le jour prise dans une course contre la montre. Elle s’extrait des laboratoires de recherche et envahit l’espace médiatique. Or la recherche scientifique a besoin de sérénité et de temps. Certes le temps presse, mais il est important de ne pas se départir, pour répondre dans l’urgence et de manière précipitée, de la démarche scientifique. La science n’est pas un réservoir de vérités absolues. Contrairement à la religion, ses théories sont biodégradables sous l’effet de découvertes nouvelles ; le temps est une variable qui permet de séparer les connaissances et les croyances : les croyances évoluent peu au cours du temps, alors que les connaissances évoluent sans cesse. La mise en doute raisonnée et les controverses sont des moteurs nécessaires à l’avancement de la science.

Pour revenir sur le titre, le conflit entre « croire » et « science » n’a échappé à personne …

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