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Mariane
Livre blanc

Entre éthique et mensonge, sommes-nous entrés dans l’ère de la post vérité ?

Respectable Loge, Janus Fraternité, Orient de Paris, Région 14 Paris 4 et Loges d'Europe de l'Est

Mots Clefs : ÉducationÉthiqueMensongeMusiquePost vérité

Qu’est-ce que l’éthique, le mensonge, la post vérité ?

Toute définition étant réductrice, nous donnerons pour les mots éthique et mensonge une approche générale élargie. Pour la post vérité, nous recourrons à la référence du dictionnaire Oxford.

L’éthique relève des valeurs de la Déclaration des Droits de l’Homme qui définissent le sens de la vie s’inscrivant dans un socle de valeurs humanistes de tolérance, de fraternité. L’éthique induit toute volonté de rendre l’homme de plus en plus libre et responsable en le libérant de tous les dogmes. Faire appel à l’éthique porte l’humain à exercer ses facultés de discernement, son sens critique, à faire la différence entre ce qui est juste et ce qui ne l’est pas. L’éthique fait entrer l’humain dans le monde de l’action en l’interrogeant sur ce qu’il est en capacité de faire ou de ne pas faire. Par l’éthique, tout être humain pénètre dans sa propre exigence de vérité. De nos jours, l’éthique agonise.

Tout mensonge prouve que tout menteur n’a pas le courage de dire la vérité. L’expression : « Coupable mais pas responsable » doit être bannie de tout langage humain pour redonner à l’Homme son sens de l’honneur. Perdre son honneur, c’est faire partie d’un monde où les êtres auront perdu toutes vertus. Le mensonge ne peut que plonger l’humanité dans le chaos, l’obscurité, la corruption, la duplicité. Ces fléaux réduisent l’humanité à la servitude. Le mensonge est un mal. La vérité est un bien, une valeur.

Le dictionnaire d’Oxford définit la post vérité comme étant « ce qui fait référence à des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles ». Le mensonge est le contraire de la vérité mais la post vérité est pire que son antagonisme. Elle est à terme la négation même de son existence, un trou noir d’anti-matière qui l’avalera dans un gloubi-boulga relativiste.                                                                                 

L’évènement critique qui nous a fait sombrer dans l’ère de la post vérité, car il nous faut parler d’ère afin de parler du concept avec un minimum de contexte, est l’avènement du WEB 2.0 et des réseaux sociaux.

Le WEB 2.0 est l’évolution du web des origines, statique, vers un web dynamique grâce à l’ajout de fonctionnalités visant à simplifier son utilisation, ajouter de l’interactivité, rendre les interfaces accessibles.

Bref, rendre les internautes actifs et non-dépendants d’un outil fait par et pour des initiés.

La technologie, à l’inverse, s’est complexifiée afin d’accueillir ces nouveaux utilisateurs, de leur proposer une expérience toujours plus nouvelle, complète, immersive où ils vont pouvoir communiquer, co-créer, échanger ; en un mot exister Car c’est ce WEB-là qui sert de fondation aux réseaux sociaux tels que nous les connaissons aujourd’hui. Et c’est sur ce terreau fertile à la médiocrité et aux errances intellectuelles en tout genre que sont plantées les graines, non pas de la post vérité, mais d’un univers propice à la construction et à la diffusion d’idéologies basées sur des faits alternatifs et propres à se substituer à la vérité, ou du moins à la supplanter, même provisoirement. 

L’ère de la post vérité : un système hors de contrôle ?

Un fait peut-il être alternatif ? A l’évidence non ! Une opinion peut-elle prendre le dessus sur une donnée objective ? De nouveau non !

Mais si cette opinion est partagée par le plus grand nombre, par une masse insoupçonnable et que la contradiction objective et factuelle (en un mot austère) est apportée par une figure que TOUT donne à conspuer à cause de sa fonction, de sa classe sociale, de son appartenance à X étiquette ; comme par exemple : un politique, groupe pharmaceutique, parisien, mâle blanc hétérosexuel privilégié, banquier…), alors le débat penche en faveur de la passion et non de la raison, de l’émotion et non du factuel. 

Cette surabondance d’informations plus ou moins factuelles, vérifiées, « fact-checkées » qui fleurissent sur les médias de masse et les réseaux sociaux achève de réduire les débats d’idées à des joutes rhétoriques, à façonner les esprits à l’aide d’une immense boîte à outils édulcorants : gifs, memes, montages réducteurs, « sondages » en ligne etc.

En voici une illustration très actuelle => Depuis quelques années, nous voyons apparaître et se généraliser l’utilisation non seulement sur les réseaux sociaux mais sur les médias de masse (notamment France Info ou même France Culture d’un format vidéo très à la mode en 2016 et démocratisé par des médias comme Brut ou Konbini.

Ce format se caractérise par des vidéos de 30 secondes à 1 minute, au montage sur-rythmé, qui réduisent des discours souvent complexes et nécessitant un effort à une idée bien packagée.

Certains politiques l’ont bien compris qui nous livrent à l’envie les éléments de langage fournis par leurs communicants en punchlines prêtes à l’emploi sur les bandeaux défilants des chaines d’information continue.

Nous sommes dans l’ère de l’information immédiatement digeste où le seul titre d’un article peut créer des débats interminables sans même savoir ce qu’il contient vraiment.

Et cette impatience, relevant d’une certaine forme d’acrasie, autrement dit d’une paresse intellectuelle, peut s’expliquer par deux choses : 

Premièrement : la surabondance d’informations (ou infobésité si l’on veut utiliser un néologisme québécois pour avoir l’air cool) qui nécessite de faire des tris et donc de perdre du temps à sélectionner ce qui nous intéresse ou non

Deuxièmement : le confort exponentiel dans les usages du Web qui n’a que trop bien habitué les utilisateurs à la course aux performances.

Concernant ce deuxième point, nul besoin d’avoir des bases en développement web pour comprendre que passer d’une connexion internet de 4 megabits/s en 2009 à une connexion de +200 megabits/s en 2020 nous pousse à chercher la rapidité, d’aller à l’essentiel (et ce tout chose égale par ailleurs, même si les pages sont plus complexes donc plus lourdes, le ratio est indolore).

Illustration toute faite : quand pour changer une image sur Google en 2009 il fallait attendre 30s , le chargement se faisait strate par strate et votre modem AOL hurlait à la mort ; aujourd’hui, vous regardez votre montre au bout de 2 s et vous vous demandez si vous n’avez pas un bug de connexion au bout de 4s.

Eh bien, c’est pareil pour les faits ! Déconstruire un discours, chercher la vérité, prendre du recul, être critique (et non pas être dans la critique systématique), c’est rébarbatif.

Cela demande du temps, de l’effort. Et notre monde fuit l’effort. L’effort est synonyme de non-optimisation.

Il est beaucoup plus simple d’avoir une opinion ou de partager celle des autres, pourvu qu’elle soit assez convaincante. Or, on ne peut pas avoir d’opinion sur un fait. C’est un fait. Et pour que ce soit un fait, il faut suivre un protocole scientifique pour s’affranchir du biais statistique.

Mais c’est tout le problème de la science, son austérité. Les chiffres parlent mais ne crient jamais. Contrairement aux hommes.

On demande à tout le monde d’avoir un avis d’expert sur des sujets trop précis pour être traités par des généralistes. C’est le cas de la place des réseaux sociaux dans le concept de post vérité dont le rôle est minoré par Noam Chomsky et Frédéric Lordon alors que ces derniers n’ont en aucun cas les compétences pour comprendre le fonctionnement complexe et algorithmique de médias comme Facebook ou Twitter tant au niveau organique et structurel qu’en termes de publicité ciblée.

Comment peut-on faire société quand la vérité est congédiée ? Comment éradiquer les dérives de la post vérité ?

Le monde d’« Après » est un futur en construction qui requiert du temps. Ce monde d’« Après » doit trouver les remèdes pour protéger les générations futures, en priorité nos enfants. Fort du constat supra, il nous apparaît vital d’aider les futurs citoyens à cultiver leur raison, à aiguiser leur esprit critique, à développer leur sensibilité. Notre proposition concrète concerne l’éducation de la petite enfance (la païs grecque appelée : « la tendre enfance ») à la philosophie. Il est primordial, dès la moyenne-grande section maternelle, par la mise en place d’ateliers-philo, de former nos enfants à l’esprit critique. Cela relève d’une mission de salut public.

Eclairons le mot éducation par un retour aux sources. Education vient du latin educare, verbe qui signifie l’ensemble des soins destinés à assurer la croissance physique et mentale de la petite enfance. Ce verbe se rapporte à un autre : educere signifiant faire sortir de… qui n’est ni plus ni moins que la mise en oeuvre d’une maïeutique socratique.

Dans le monde d’aujourd’hui, nous faisons le constat que l’école est en crise, qu’elle n’instruit plus, qu’elle n’éveille plus d’où tout mal en devenir. Dans le monde d’« Après », redonner une vraie valeur à la fonction éducative en lui restituant sa fonction première qui est celle de l’instruction publique implique d’abolir la notion d’Education Nationale au profit d’Instruction Publique. L’instruction est la fonction éducative faisant appel à l’excellence. Elle est ce par quoi une nation éduque un peuple.

En parallèle d’une approche de la philosophie par la mise en place d’ateliers-philo, il est impératif d’instaurer réellement des cours d’initiation musicale dès la moyenne-grande section maternelle. Pour mémoire, Platon dans La République (livre III 401d ) dit que la Musique est l’art éducatif souverain et qu’élever les enfants dans la musique constitue une valeur suprême. Quant à Aristote, il disait que la musique est un moyen de rectifier le caractère. La musique influe sur les mouvements affectifs de l’esprit et donc est capable de les discipliner. L’art musical fait accéder à la dialectique relevant d’un ensemble de savoirs résultant d’un travail de recherches, de réflexions intellectuelles par la mise en oeuvre de l’esprit de synthèse qui se doit de précéder celui d’analyse. Ateliers-philo et musique se doivent d’être enrichis par la valorisation de l’histoire dont l’objectif est de former progressivement l’élève à l’esprit critique des futurs citoyens. L’enseignement de l’histoire est plus que jamais nécessaire à l’exercice de la pensée.

Mettre l’approche de la philosophie (ateliers-philo) tout autant que celle de la musique et de l’histoire au centre de l’Instruction Publique est la voie royale conduisant la « tendre enfance » vers un monde meilleur et plus éclairé propice à tout développement de l’esprit critique, seule arme pure en capacité d’éradiquer le mensonge, les dérives de la post vérité. L’instruction est par essence la communication du savoir acquis par le travail de la connaissance. Ainsi, l’instruction relevant de la transmission de la vérité permet à nos enfants d’échapper à la caverne de l’ignorance en les aidant à devenir des êtres qui feront preuve de lucidité par leur capacité à discerner le vrai du faux. Accédant à la vérité par un travail de compréhension, nos enfants deviendrons dans une génération (c’est-à-dire dans 20 ans) des êtres authentiques, maîtres de leur pensée. L’éthique retrouvera ainsi sa place au coeur de notre société.

L’instruction publique est donc le rempart au mensonge, un pare-feu aux dérives de la post vérité.

En conclusion, faisons nôtre cette proclamation d’Alexandre Soljenitsyne : « La vérité plutôt que le men- songe. » C’est ainsi que le monde d’« Après » deviendra une humanité meilleure et plus éclairée.

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