Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Des changements sont indispensables…

Respectable Loge, Le Grand Œuvre, Orient de Vervins, Région 10 Nord - Pas de calais - Picardie et Loges d'Angleterre

Mots Clefs : HumainPlanètePolitiqueRichesses

Une crise qui résonne au plus profond de nous

« Chaque génération, sans doute, se croit vouer à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse». Ces mots d’Albert Camus résument peut-être la prise de conscience collective dans laquelle la crise du Coronavirus nous a plongés. Sans le savoir, nous avons basculé dans une autre époque de l’histoire des Hommes, dans un monde dont on ne sait s’il faut le réinventer ou le préserver.

Quelles que soient l’âge et l’expérience, la majorité de la population s’est retrouvée dans une situation personnelle inédite, qu’on aurait eu peine à imaginer il y a encore un an. Si cette crise d’ampleur mondiale résonne pour l’humanité comme le plus grand test de ce XXIème siècle, les ressentis de nos Frères. et Soeurs ont pris des tracés divers, autant de chemins que notre loge réunit de consciences. Cet épisode ancré désormais dans la mémoire collective, a tiré de nous les impressions les plus singulières, c’est ce que nous livrons à présent à notre Obédience.

On est à l’abri de rien. Qui imaginait qu’un virus ferait dérailler l’économie mondiale et plongerait de nombreuses vies dans l’incertitude ? Pour beaucoup d’entre nous, la surprise l’emportait aux vues de ce phénomène inattendu. L’imprévision, la soudaineté, la rapidité de sa propagation nous ont pris de cours.

Une crise est une phase critique où des choix vont devoir s’opérer. En géologie, c’est un passage au crible, une sorte de « tri ». Tri des espèces qui passeront cette période et de celles qui s’éteindront.

Avec cette crise liée à la pandémie, il ne s’agit pas d’extinction d’espèces, encore que… La question est de savoir si les idées et les valeurs sur lesquelles repose notre société sont appelées à perdurer, à passer le cap de cet état de sidération mondial ou à disparaître au profit de nouveaux concepts.

Notre monde est à genoux, mais notre Etat a su nous maintenir debout

La confusion des esprits s’est greffée au sentiment de culpabilité collective que nous avons porté. Car le plus triste a été l’abandon des personnes les plus fragiles dans les EHPAD et sans nul doute dans bien des cas d’isolement social à domicile. La grandeur d’une civilisation s’apprécie à sa capacité à protéger les plus faibles. Nous en sommes loin, cela en dit long sur nos valeurs. Là encore, la Franc-maçonnerie devrait rappeler et ériger en antienne le principe de responsabilité de tous à l’égard de tous. Après la surprise vint le temps de la consternation. Oui, nous le pressentions : ce qui s’est passé  nous montre les limites de cette mondialisation.

Devant ce vaste monde à genoux, Nous nous sommes sentis démunis, tant comme citoyen français qu’européen. Il est à noter que l’Union européenne a été quasiment inexistante durant cette crise. Les membres de l’UE ont fermé leurs frontières les uns après les autres et se sont précipités pour trouver des ressources médicales sans concertation ; l’UE ne s’effondrera pas mais, confrontée à d’autres situations extrêmes comme celle-ci, devra fera face à une crise menaçant son intégration. En somme, le confinement nous a subitement rappelé l’importance de la famille, des amis et des lieux d’échanges. L’importance de la vie et de la liberté.

Cette valeur de l’existence humaine, nous avons aussi le sentiment de l’avoir retrouvée dans la société. Quel que soit le bord politique auquel chacun s’identifie, il apparaît que les gouvernements ont accordé leur préférence à l’intérêt des gens plutôt qu’à celui de l’argent. Nous n’avions pas imaginé qu’ils feraient passer quelques milliers de vies humaines avant les intérêts économiques. Comme toutes les crises majeures, celle-ci a agi comme un révélateur, on pourrait y voir l’occasion d’éclairer les esprits. Nous pensons à l’altruisme de celles et ceux qui se sont mis au service des autres. L’intérêt du plus grand nombre a-t-il ombragé temporairement les dogmes économiques ?

Visiblement oui, et cela s’est incarné dans l’Etat comme bras armé du destin collectif. Indéniablement Beaucoup a été fait : sauver des emplois, sauver des revenus vitaux… Nous avons vu le retour de l’État protecteur avec la prise en charge de l’indemnisation des salariés mis en chômage partiel, la volonté de réduire la dépendance et la relocalisation de productions stratégiques. La crise a redonné sens au rôle de l’Etat.

L’Humain, la planète, deux phares qui guideront nos actions

Une meilleure répartition des richesses au niveau national comme mondial devrait être un objectif à atteindre. Ceci dans le but de réduire les inégalités qui poussent au chacun pour soi et aux conflits pour accéder aux ressources. Ressources qui sont déjà la cause de déséquilibres et dont la raréfaction conduit aux tensions que nous connaissons.

L’Humain doit être remis au centre des priorités. Avec, d’une part, une politique de santé qui ne réponde plus à une logique marchande. Et d’autre part une meilleure rémunération des personnes assurant des fonctions essentielles de notre société actuellement moins bien rémunérées que celles qui sont déconnectés de l’économie réelle. La spéculation, la recherche de capital et la limitation de la dette ; dogmes qui régissent notre économie libérale ; doivent être sérieusement remis en cause.

Mais un aspect fondamental des changements doit porter sur la protection de la planète : nous nous devons de réfléchir sur les besoins fondamentaux et la surconsommation ; et sur les moyens de changer en profondeur les représentations et aspirations de notre société. Il faut favoriser la proximité avec une consommation et une production de biens et de services relocalisés. Nous ne devons plus dépendre d’un pays à l’autre bout de la planète pour la production d’un principe actif contenu dans un médicament, d’une ressource alimentaire ou pour l’approvisionnement en biens tels que nous avons pu le voir pour les masques chirurgicaux. Il en va à la fois de la sécurité des Etats mais surtout de la limitation de la production des gaz à effet de serre. En effet, ces modes d’approvisionnement reposent sur des transports carbonés trop peu chers et sur une logistique court termiste qui limite les stocks et révèle sa fragilité en cas de crise. Il faut drastiquement limiter les causes du changement climatique, qui accentuera les conflits et crises à venir. Il en va de même de la protection de la biodiversité dont l’appauvrissement est cause de dérèglement des écosystème et d’émergence de nouveaux problèmes pour l’Humanité. Ainsi, le progrès qui a longtemps été vu comme un élément positif et un objectif de l’humanité est à remettre en cause. Il faut sortir de l’objectif du « toujours plus vite, plus haut et plus fort » qui a montré ses limites et réfléchir à une nouvelle définition du progrès respectueuse des individus et surtout des ressources limités de la Terre.

Enfin, il est nécessaire de réinvestir la politique dans nos sociétés. Le but étant de faire participer davantage les citoyens et de les associer aux décisions. L’objectif étant d’obtenir l’assentiment de la population et l’acceptation des choix guidés par l’intérêt général. De plus, nous devrions mettre en place une structure supranationale capable de fédérer ou de guider les pays pour faciliter les prises de décisions et gagner en cohérence sur les grands sujets de société (économie, santé, environnement, éducation). Nous pouvons citer des structures telles que l’Europe, des ONG ou une autre structure de taille mondiale telle que l’OMS mais ces entités n’ont actuellement ni l’influence ni le poids qu’elles devraient avoir. Nous devons rester vigilants pour que les dirigeants n’utilisent pas ces structures pour atteindre des objectifs profitant à une fraction de la population. La collecte massive des données, la surveillance des populations et la restriction des libertés individuelles risque progressivement de basculer vers des états sécuritaires avec l’assentiment des populations apeurées par ces changements trop brusques.

Le Grand Orient de France doit œuvrer pour promouvoir des utopies, réaffirmer les valeurs qui font le ciment de nos sociétés et  proposer des évolutions sociétales qui répondent à ces nouveaux enjeux mis en exergue par cette crise sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale.

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