Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

De la pandémie à la relance de la grande chaîne de solidarité humaine

Respectable Loge, Lumière de Sirius, Orient de Port Louis, Région 3 Afrique-Asie-Amériques-Pacifique-Océanie dite le Monde

Mots Clefs : Economie

La planche que je vais vous présenter ce midi nous a certes été commanditée par le Grand Orient de France pour préparer son Livre Blanc qui sera remis aux autorités françaises mais il répond surtout à un impératif, celui de repenser non seulement la France, mais le monde dans sa globalité car la Covid-19 est venue mettre en exergue, nos manquements, nos faiblesses mais surtout notre vulnérabilité puisqu’aucun pays, même les plus puissants économiquement, et qui disposent d’un système sanitaire développé, n’a été épargné. En effet, où que nous soyons sur la planète, nous avons tous été touchés, d’une façon ou d’une autre, par l’ampleur et les conséquences de cette pandémie.

Cela s’explique par le fait que les hommes sont aujourd’hui inters connectés, que ce soit pour des raisons familiales, sociales ou professionnelles. Et même si l’on découvre un vaccin, aussi efficace soit-il, les retombées de la pandémie se feront sentir pendant encore de nombreuses années. En fait, la pandémie a ébranlé les rouages de la société. Et c’est justement parce qu’il craint une dissolution des liens sociaux que le Grand Orient de France a invité les loges qui lui sont affiliées à réfléchir sur l’après Covid-19 dans son Livre Blanc intitulé Après car, rappelons-le, le GODF a été, tout au long de son histoire, une banque d’idées qui a contribué au perfectionnement social et intellectuel de l’humanité, conformément aux principes de la franc-maçonnerie. J’ouvre ici une parenthèse, mes FF et mes SS, pour vous rappeler que l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, qui était inimaginable jusqu’au 18ème siècle, est le résultat d’une initiative d’un Fr. membre d’une loge du GODF, le Fr Victor Schœlcher, abolitionniste convaincu et membre de l’Assemblée nationale française. Mesure qui a été par la suite appliquée dans les colonies britanniques. Cela étant, repenser le monde, n’est donc ni utopique et encore moins présomptueux de notre part.

La pandémie a permis aux uns et aux autres de prendre conscience que notre vie est régie par un système d’échanges de biens et de service. Cette interdépendance de tous avec tous a montré, que la grande chaîne de solidarité humaine que les maçons appellent de leurs voeux relève d’abord et avant tout de la volonté de l’homme. L’idéal de fraternité, que nous recherchons tous, a été mis à mal au plus fort de la pandémie car l’Autre, que ce soit le voisin, l’ami fidèle ou le collègue avec qui on partage son casse-croûte tous les jours, devenait une menace pour ne pas dire un danger potentiel.

Le chacun pour soi avait, dans bien des cas, pris le dessus sur le souci de l’Autre. On l’a vu avec la frénésie d’achats de produits alimentaires de première nécessité avant la fermeture des magasins d’approvisionnement précédant le confinement. Ce manque de considération pour l’Autre ne se limitait pas uniquement aux relations individuelles mais aussi aux relations entre États. Le chacun pour soi a fait que certains pays, disposant de puissants moyens financiers, n’ont pas hésité à détourner à leur profit des commandes de masques destinées à d’autres pays moins fortunés. Les relations dominants-dominés, qui prévalaient à l’époque coloniale, ont ainsi refait leur apparition aux dépens de la grande chaîne de solidarité humaine malgré quelques timides gestes de soutien entre Etats notés ici et là.

Par ailleurs, la situation chaotique engendrée par la Covid-19 a impacté sur les échanges commerciaux à travers le monde au point où les principaux centres de production industrielle et les pourvoyeurs de biens et de services ont été sérieusement impactés mettant ainsi beaucoup d’entreprises à genoux avec pour conséquence la perte de millions d’emplois. La pandémie a permis aux uns et aux autres de prendre conscience que notre vie est régie par un système d’échanges de biens et de services mais aussi d’informations cruciales en période de crise. Cette interdépendance de tous avec tous a montré ses faiblesses et ses limites dans bien des cas. Pour s’en sortir, il faut prendre les problèmes à bras le corps quitte à remettre en question l’ordre établi.

Il est donc impérieux que, dans un mouvement unitaire, pays riches et pays en développement travaillent à l’établissement d’un nouvel ordre économique mondial basé sur le partage et le soutien aux pays les plus pauvres. La résistance à un telle mutation sera sans doute très forte vu la domination des pays industrialisés et des multinationales sur l’économie mondiale. Néanmoins, cette mutation doit aller dans le sens d’une réflexion profonde sur la prédominance du dollar et sur les méfaits de la mondialisation. Pour que le commerce équitable ne soit pas un vain mot, une refonte des règles de l’Organisation Mondiale du Commerce s’impose afin de freiner la libéralisation outrancière des échanges commerciaux en rétablissant les régimes préférentiels dans une démarche de solidarité envers les pays en développement.

Dans la même lignée, les subventions étatiques aux producteurs agricoles locaux devraient être autorisées non seulement en cas de force majeure mais aussi pour promouvoir des pratiques agricoles plus soucieuses de l’environnement. Il faut, en parallèle, promouvoir les accords de libre-échange entre Etats et favoriser le commerce régional autant que faire se peut. Cette démarche doit aller de paire avec une redéfinition des termes de l’échange entre pays industrialisés et pays en développement.

Sur un tout autre plan, il importe que soit revu le fonctionnement du marché financier international et celui des bourses des matières premières afin d’exercer un meilleur contrôle sur le transfert de capitaux.

Les attributions des agences internationales de financement, tels le FMI et la Banque Mondiale, doivent également être revues afin que soit rendu possible l’effacement de la dette des pays les plus pauvres (les PMA) qui sont dans l’incapacité de rembourser les prêts contractés sans s’endetter davantage. Les grandes puissances devraient également augmenter leurs contributions aux agences de financement grâce à d’éventuelles réductions de leurs dépenses militaires.

La liste de mesures préconisées ici n’est certes pas exhaustive. Si pour certains ces propositions peuvent paraître utopiques, il n’en demeure pas moins que, si elles étaient retenues, ces idées jetteraient les bases d’une économie mondiale qui s’appuierait sur des valeurs de solidarité, d’équité et de justice envers les plus faibles, soit une économie mondiale à visage humain proche des valeurs maçonniques que nous prônons tous. Le statu quo ne peut qu’empirer la situation actuelle à plus ou moins long terme, avec des conséquences qui pourraient être pire que ce qu’a connu le monde en 2020, car les séquelles de la pandémie Covid-19 se feront sentir pendant encore de nombreuses années.

L’économie, on le sait, influe directement sur le social et oriente de manière déterminante l’évolution de la société. Ils sont donc complémentaires à plus d’un titre. Il incombe donc de placer l’homme au centre de tout développement économique. Ce qui sous-entend que la notion de profit et de gain financier ne saurait avoir la primauté sur l’homme même si cela pose la problématique de la dichotomie entre l’homme et la machine au sein des entreprises.

Pour conclure, il faut une approche holistique aux problèmes économiques et sociaux que la Covid-19 a accentués. Il faut que soient revus un certain nombre de paramètres afin d’atténuer les tensions au sein de la société que ce soit sur le plan familial, professionnel, sportif ou autre afin d’harmoniser les relations entre les hommes et de tendre vers plus de fraternité, de solidarité et d’empathie au sein de la grande communauté humaine. La relance de la grande chaîne de solidarité humaine est à ce prix.

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