Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

COVID19 : gémissons, gémissons mais surtout espérons et construisons !

Respectable Loge, Paix Travail et Solidarité, Orient de Paris, Région 13 Paris 3

Mots Clefs : EspéranceSociétéSolidaritéUtopie

La crise de la COVID19 et ses conséquences révèlent les limites de notre société

C’est une de ces crises à laquelle il faut porter une attention particulière pour qu’elles n’engendrent pas de bouleversements potentiellement négatifs si nous n’en tirons pas toutes les leçons. Nous nous sommes sentis menacés, vivant de près ou de loin l’expérience de la maladie, parfois même de la mort de personnes que nous connaissons ou fréquentons. Nous apprenons aujourd’hui encore à vivre différemment dans la durée, en intégrant de nouvelles précautions partout où nous allons. Y compris ici. Un simple virus a suffi pour dérouter le monde, à arrêter l’économie et les échanges, faire fermer les frontières, … C’est d’une certaine manière une belle leçon d’humilité pour nous rappeler, malgré les progrès de la médecine, que nous ne sommes pas invulnérables. Dans le Temple, le crâne, symbole de la finitude de nos vies, nous alerte contre les excès de vanité qui corrompent notre jugement et instille le sentiment de supériorité ou de toute puissance. Ce crâne semble nous mettre en garde, il était ce que nous sommes et nous serons ce qu’il est. La crise actuelle, c’est un peu le Crâne qui rappelle les hommes à leur réelle place dans l’ordre des choses et de l’univers.

Au-delà de cet avertissement, il porte un message intéressant salvateur pour nos sociétés qui se croyaient, à tort, comme immunisées par le progrès face à ces pandémies que l’on pourrait considérer d’un autre temps. La réalité est que nous sommes aussi vulnérables qu’il y a 100 ans malgré le progrès médical, technique et technologique. Voire peut-être plus, si l’on considère les déplacements plus fréquents entre territoires et nations. Ceci doit nous amener à nous interroger sur la notion de Progrès : pourquoi le progrès et dans quel but ? Si ce n’est celui d’œuvrer à l’amélioration de la condition humaine au travers de sa santé si l’on considère la COVID19, de son épanouissement intellectuel si l’on élargit la question… Collectivement, nous pouvons nous interroger sur la direction que nous avons prise tant nous semblons entraînés dans un tourbillon mu par la course à l’enrichissement d’un petit nombre, toujours plus petit en proportion d’ailleurs, qui entraine dans son sillage l’ensemble d’entre nous. Même la question du vaccin, au travers de cette course à celui qui le trouvera et commercialisera le premier, est illustrative de ce phénomène.

Pendant cette période, nous avons également été marqués par la résurgence de certains comportements humains oubliés. Des comportements expliqués par une peur exacerbée de l’autre. Le fleurissement des théories complotistes et de la désinformation sur internet s’est accéléré. Les réflexes individualistes voire grégaires ont ressurgi pendant la période. Des valeurs comme le civisme et le Respect de l’autre sont vite devenues secondaires, ce qui interroge sur leur fragilité et notre attachement vis-à-vis d’elles. Les coups de boutoir sanitaires et économiques n’ont-ils pas accéléré le mouvement inexorable, et il y a longtemps entamé, vers plus d’individualisme et de morcellement social ? Si l’on considère les valeurs de notre triptyque Républicain, notamment de la Fraternité et de la Solidarité ?

Dans l’attente du vaccin, on débat de séparatisme, de l’insécurité et de l’immigration, les corporatismes se renforcent et les tensions liées au mouvement du « black lives matter » se font sentir en France. Demain, il faut s’attendre au retour de revendications sociales face à la paupérisation à venir de nos concitoyens. Ces expressions de mal être et de détresse sont bien normales, elles existent car certains sont touchés dans leur chair et voient leur avenir compromis. Plus inquiétant, il semble que les fissures atteignent jusqu’au fondations de l’Etat Républicain, en témoignent ces collectivités locales sont entré en bataille contre Paris pour réclamer plus d’autonomie et de moyens dans la gestion de la crise et au-delà… La crise contribue à créer les conditions et le ferment propice à l’accélération des tensions et à la création des murs. Pour le moins, elle contribue à les rendre davantage visibles. L’exemple de l’école est, à ce titre, instructif avec l’accentuation du décrochage scolaire qui peut être, dans les années à venir, un coup porté à la cohésion Républicaine.

Tous ces excès questionnent notre rapport à l’autre à titre individuel et collectif. Le chemin vers l’Unité passe par le travail sur nous-même pour appréhender nos dualités que le pavé mosaïque représente si bien. C’est ce travail que nous nous efforçons de réaliser au sein du Temple. Ce qui est arrivé ces derniers mois nous démontre combien l’heure du repos n’est pas arrivé. Nous pouvons également retrouver ces antagonismes dans les relations sociales. Les forces s’unissent davantage pour peser et obtenir selon des intérêts matériels au travers des corporatismes ou des différents réseaux. Nous sommes de plus en plus comme les étoiles qui forment la Constellation : un ensemble d’individualités qui vivons côte à côte et que l’on désigne comme un tout mais qui n’a de tout que le nom. Sommes-nous capables de nous battre pour des valeurs qui dépassent le cercle de notre intérêt ?

C’est pour cela qu’il faut agir, alors surtout espérons et construisons !

Cette crise nous rappelle à notre devoir de Transmission. Nous ne pouvons pas laisser la lâcheté et l’aveuglement nous pousser à léguer la crise matérielle, l’individualisme et les dissensions durables. La Transmission telle que la symbolise la bougie invite à travailler sur notre verticalité personnelle et collective. C’est à dire notre capacité à sonder les profondeurs à l’aide du fil à plomb afin de voir les problèmes en face. Également regarder vers le haut pour nous élever et nous sublimer. Transmettre la vraie lumière, celle qui réchauffera et éclairera, c’est laisser un monde un peu meilleur. Il faut se rappeler que la première bougie que nous rencontrons dans notre cheminement maçonnique est celle du Cabinet de Réflexion. Dans ce caveau, le lieu de notre mort symbolique, la grande Lumière est présentée à l’impétrant avant même son entrée dans le Temple. La crise du COVID19 c’est quelque part un retour collectif dans le Cabinet de Réflexion, la possibilité de renaître collectivement meilleurs si nous savoir voir la Lumière.

La crise doit nous donner la force d’avancer vers notre Idéal. Il n’y a pas le « monde d’après », seulement cet Idéal d’Humanisme que nous poursuivons depuis l’origine et qui est rappelé dans notre Rituel. Il n’est pas nouveau mais a tendance à nous apparaitre plus clair dans le chaos.

Dans le chaos et l’incertitude, il existe autant de raisons de s’émerveiller que de désespérer, et c’est justement le rôle du franc-maçon de montrer cette ouverture vers la Voûte Étoilée. Pour s’émerveiller, il faut être capable de regarder au-delà de l’immédiateté. Porter un regard lucide sur ce qui nous arrive, sans trop céder à la passion ou l’émotion collective, et s’engager pour créer les conditions d’un changement durable. Cet optimisme est un acte militant, il est un combat philosophique et social et donc une quête majeure car chargée de sens pour la marche du monde. Je dirais même que l’optimisme est un devoir du franc-maçon.  Cet optimisme est nécessaire car il se nourrit d’enthousiasme autant qu’il en diffuse autour de lui. Il est une attitude qui génère une énergie positive et un mouvement vers le meilleur. L’engagement du Franc-maçon est avant tout l’attitude d’un homme libre et de bonnes mœurs qui, prenant conscience du monde dans lequel il vit et de ses défauts, renonce à être un simple spectateur fataliste et résigné et met son énergie au service de la cause Humaine. Et commençons par nous-mêmes !

Le Temple, lieu qui peut parfois paraitre désuet ou dépassé, est une représentation magnifique de ce meilleur que cherchons. Un monde plus Fraternel, plus Respectueux, plus Républicain : plus soucieux de l’épanouissement intellectuel et moral ! Ce que nous construisons symboliquement ici nous rappelle combien nous avons besoin des autres et combien nous devons aimer l’Humanité. C’est un peu de cet esprit que nous devons diffuser au dehors du Temple car, pendant que les cœurs s’unissent ici à l’unisson au rythme de la Chaîne d’Union, la peur dresse les hommes les uns contre les autres à l’extérieur. Et cela n’arrive pas sans Travail car même les liens que nous croyons les plus solides peuvent se distendre voire se rompre avec le temps. Il ne tient qu’à nous, par notre engagement sincère et notre travail, à faire en sorte de les conserver forts et solides.

Dans quelques mois ou quelques années, lorsqu’on évoquera la crise sanitaire (et même plus), il faudra se méfier du « ce n’était pas si terrible que ça » ou de la suffisance d’un « nous avons vaincu le virus », expressions qui risquent de foisonner et qui viendront comme pour nous empêcher de tirer la pleine mesure de ce que nous avons vécu. Par Respect pour ceux qui ont en souffert. Par Respect pour les Générations futures. Par Respect pour nous-mêmes ! Même si nous pleurons encore les morts et les conséquences matérielles, n’oublions pas de travailler encore davantage à notre Idéal, à commencer par l’amélioration de nous-même. Et c’est déjà le chantier d’une vie.

Nous savons ici qu’il n’existe de Lumière que parce qu’existent les ténèbres et que de cette dualité naît un ternaire salvateur : celui du monde idéal que la crise nous donne à regarder. Dans l’espoir de surmonter les épreuves, le franc-maçon marche résolument vers la Vérité. C’est l’essence même de son engagement. Saisissons cette opportunité pour progresser même si la tâche s’annonce difficile.

Alors, mes Frères : gémissons, gémissons mais surtout n’oublions pas d’espérer et de construire.

A lire aussi

Les médias doivent être vecteurs de solidarité ?

La problématique en jeu Indispensables sources d’information sur la situation sanitaire inédite que viennent de vivre nos concitoyens, les médias se sont trouvés une place plus que jamais centrale dans le paysage de la France...

Lire la suite
Le citoyen, l'état, le monde

L’individu dans la société

Après cette crise le citoyen doit-il repenser son éthique personnelle ; à savoir : la combinaison subtile de ce qu’il peut faire, ce qu’il doit faire, ce qu’il veut faire ? Considérons la personne comme...

Lire la suite
Citoyenneté

Démocratie et solidarité dans le projet européen

Une limitation nécessaire de notre champ de réflexions Le cadre formel strict voulu par l’obédience pour ce livre blanc d’après-COVID19, le travail déjà effectué par la Commission Europe de l’Obédience menée par la Région Paris...

Lire la suite
Europe