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Mariane
Livre blanc

Coronavirus, une grave crise pour les hommes et les femmes, une opportunité pour l’humanité ?

Respectable Loge, Florebo Quocumque Ferar, Orient de Saint Denis, Région 3 Afrique-Asie-Amériques-Pacifique-Océanie dite le Monde

Mots Clefs : Humanité

En chinois, le mot CRISE est composé de deux caractères. Le premier caractère « danger » représente un homme au bord d’un précipice. Le second, souvent associé au vocabulaire des machines, signifie opportunité / chance lorsqu’il est associé à . La sémantique chinoise est dans ce cas plus positive en évoquant le caractère favorable que peut représenter une crise pour une organisation.

Ni guerre mondiale, ni krach financier, ni catastrophe naturelle, la crise du Covid-19 est la première crise globale. Une crise globale dans ses causes car l’augmentation de la population mondiale et l’hyper mobilité des personnes ont mis sous pression l’ensemble des écosystèmes. Globale également dans les réponses qui lui sont aujourd’hui apportées puisque la quasi-totalité des États a, par le confinement, finalement fait le choix de l’humanité devant l’économie.

Dans les jours d’après, la nouvelle configuration du monde dépendra des choix politiques dans deux grands domaines : les relations internationales, avec l’alternative « repli sur soi ou coopération » ; la reconstruction des systèmes productifs, avec l’alternative « retour au statu quo ou transition écologique ». La gouvernance du (des) pays sera également à ré envisager, mais plus que tout se posera surtout la question des solidarités.

COVID 19, une nouvelle crise ou une crise nouvelle ?

La tentation de la comparaison avec les grandes crises sanitaires que notre monde a connu a très vite amené le constat que ce que nous vivons est différent. Si grande peste noire ou encore grippe espagnole nous permettent de repenser les conséquences des pandémies, en revanche, elles ne peuvent rien nous dire de la capacité de résilience d’une société aujourd’hui mondialement intégrée et qui avait perdu presque toute mémoire du risque infectieux.

La nature nouvelle de la crise se révèle aussi par d’autres aspects. La vitesse de propagation de la maladie qui, trois mois après le début de la crise, avait conduit à placer la moitié des habitants de la terre en confinement, conséquence directe d’une mondialisation marquée par l’accélération de la circulation des personnes.

L’incapacité de réaction des systèmes de santé nationaux est un autre grand constat. Personne n’admettait la perspective d’une nouvelle pandémie mondiale. Dès lors, nous avons massivement cru à notre capacité de protéger la population on nous approvisionnant auprès de fournisseurs étrangers essentiellement basé en Asie. Sauf que personne n’imaginait que ce continent serait le premier touché et mis hors d’état de quelque production ou exportation que ce soit, pendant un moment

Certes, aucun système de soins n’est capable de répondre immédiatement à une demande brutale et temporaire d’une telle nature. Mais, encore faut-il qu’il soit réactif, capable de réorienter son offre et de mobiliser des réserves prédéfinies et recensées. Malheureusement, cela n’a pas été le cas dans une bonne partie du monde et particulièrement en France.

L’autre différence structurelle entre cette crise sanitaire et les crises antérieures tient à son ampleur, au caractère global et absolu de la pandémie. Global dans la mesure où aucune aire géographique n’est plus épargnée. Absolu, car il est évident qu’aucun individu ne peut se considérer comme étant à l’abri du risque de contamination. C’est d’ailleurs cet aspect qui distingue cette épidémie des précédentes. Nous avions presqu’oublié le risque infectieux, lovés dans le confort douillet de nos pays économiquement développés.

Des crises économiques, notre planète en a connu. Mais celle-ci est différente, elle mène conjointement un choc sur l’offre et un choc sur la demande. Si l’on confine une bonne partie de la planète, l’on confine des travailleurs, provoquant une chute de l’offre. Des entreprises vont réduire leur effectif, d’autres vont fermer. Ces emplois-là sont perdus, sans doute pour assez longtemps. C’est ce qui se passe en cas de catastrophe naturelle, mais elles ne touchent généralement qu’une partie de l’économie.

Le choc sur la demande tient, lui, à la convergence de plusieurs facteurs. Baisse de revenus d’une partie de la population et report des consommations jugées non indispensables. Auquel vient s’ajouter la fonte des actifs financiers. Une simultanéité des chocs d’offre et de demande qui rend la station présente si exceptionnelle et si dangereuse.

Penser le monde pour éviter de le panser … ?

La riposte a commencé et les banques centrales jouent leur rôle en inondant le marché de liquidités. La leçon de 2008 a servi et la réactivité est beaucoup plus présente. Mais, quid des pays qui n’ont pas de banque centrale capable de remplir ce rôle ? Droits de tirage spéciaux du FMI, euro bonds, rien n’empêche de les activer en théorie. Rien, sauf peut-être la réticence des Américains et la tiédeur des européens. Les dispositifs comme le chômage partiel en France ont fait le job, mais ils sont insuffisants face à l’ampleur du choc. Il faudrait à la fois soutenir l’offre et la demande. L’offre par l’accompagnement du système de production, la demande par des procédures incitatives.

Il est indéniable que la mondialisation, par sa division internationale du travail, a procédé d’une diminution de la pauvreté dans le monde. Mais c’est justement cette division internationale du travail qui est en cause aujourd’hui.

L’exemple de l’impact du fait que la Chine ait été la première touchée par la pandémie, – suivi par la mise en œuvre de mesures sanitaires en Inde – sur l’approvisionnement du monde entier en matière d’oignon en est une caricature. Mais la Chine produit également des masques, des médicaments, des composants électroniques de première nécessité, ce qui pourrait justifier de lui appliquer une paraphrase d’un adage célèbre « Quand la Chine tousse, C’est le monde entier qui semble s’enrhumer »

Cette spécialisation pose d’autres problèmes également. L’absurdité d’un point de vue écologique de faire transiter dix fois les marchandises d’un bout à l’autre de la planète. Le relent colonialiste d’une dynamique de fabrication dans des pays à très bas coût, dont le gagnant-gagnant est surtout du côté des pays économiquement développés, avec la mondialisation comme « stade suprême du capitalisme ». La sécurité des approvisionnements, enfin, notamment d’un point de vue sanitaire, avec le problème des divers produits nécessaires à nos examens hospitaliers qui proviennent essentiellement de Chine.

Il est clair que cette crise aura un impact sur la nécessité d’une relocalisation, nationale, voire régionale. La fermeture de l’aéroport pendant le confinement et un peu après, le non-retour à la normale du trafic aérien ont mis en évidence la dépendance de la Réunion par rapport aux trafics, qu’il soit aérien ou maritime.

Indéniablement, il nous faut apprendre à générer une dynamique tendant vers l’autosuffisance sur ce territoire. Sans en affirmer un pourcentage précis, mais cela doit être une aspiration première.

Heal the world…[1] :

La crise sanitaire a mis en évidence notre besoin de relocaliser notre production. Le kilo d’ail à 90 € ne peut plus être une option. Certains locaux l’ont très bien compris. Un chapiteau 3 x 3, quelques cageots, une table et un certain nombre de nos producteurs locaux se sont transformés en circuit court. Efficace, réactifs et maintenant les tarifs à un coût relativement acceptable. Des sites Internet ou des pages Facebook ont vu le jour établissant un dialogue de producteur au consommateur, sans passer par des structures intermédiaires. Cette relocalisation a certes un coût, mais la crise que nous vivons peut suffire à démontrer son bien-fondé. Pour glisser du commercial au solidaire, il faut souligner la mise en place, sur pratiquement tous les territoires, de page Facebook « entraide covid », véritables market-places de territoire. Une démarche à organiser et structurer avec à plus long terme, de la monnaie locale, pour garder captif sur le territoire, les plus-values financières.

Plus globalement, après des propositions d’agir local, une réflexion globale, la crise peut même amener certaines économies développées à sortir de l’ornière dans lequel elles se sont embourbées. Une épargne surabondante qui ralentit la croissance économique faute d’investissement public significatif limité par un endettement jugé déjà excessif au travers des ratio dette/PIB, voilà de manière un peu caricatural l’état dans lequel se trouvait la France avant la crise Covid.

Détruisant du capital, la crise peut amener une voix de sortie. Les opportunités d’investissement créé par l’effondrement d’une partie de l’appareil de production pourraient relancer le processus. C’est ce que semble poser comme principe le gouvernement au travers des mesures sans précédent mise en œuvre en faveur du secteur productif. Mais elles seront dérisoires s’il n’y a pas de mesures de court terme sur la demande.

La crise pose aussi en des termes nouveaux la question démocratique. Dans notre démocratie représentative, on élit des représentants dont on pense qu’ils sauront mettre en œuvre la politique à laquelle on aspire et on leur fait confiance. Mais ce consentement, comme cette confiance, sont de plus en plus battus en brèche, l’air du temps étant moins à l’intérêt général qu’à l’accumulation des intérêts particuliers.

La pandémie génère des mesures exceptionnelles prises par nos gouvernements. Mais, la question qui est au cœur de la pensée de Giorgio Agamben[2] demeure  : « Peut-on suspendre la vie pour la protéger ? ». Elle a trouvé une réponse temporaire : à savoir, la vie (et même l’économie) avant les libertés publiques. Mais en sera-t-il de même à l’avenir si les mesures autoritaires, à commencer par le confinement, devaient durer ou se renouveler ?

La crise du coronavirus pose donc beaucoup de questions. Elle génère naturellement des craintes, mais aussi de l’espoir dans la capacité de l’Homme pour « rebondir » à « lutter contre la résilience » au sens physique du terme : aptitude d’un corps à résister aux chocs et à reprendre sa structure initiale. C’est même tout le contraire qui est souhaitable.

Dans tous les cas, une chose est sûre : dans cette situation inédite, la force de nos sociétés réside dans leurs capacités à rester lucides, pour passer à l’action, ensemble. Car entre le « monde d’avant » et le « monde d’après », il faut tout repenser, dès à présent. 


[1] Mickael Jackson, trad. « Guérir le monde »

[2] Philosophe italien contemporain, spécialiste de la pensée de Walter Benjamin, de Heidegger, de Carl Schmitt et d’Aby Warburg

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