Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Comment concilier la raison médicale et la protection de nos anciens avec le lien affectif et la solitude que cela entraîne ?

Respectable Loge, Saint Exupéry – Terre des Hommes, Orient de Andernos les Bains, Région 16 Sud-Ouest

Mots Clefs : EPHADLégiférerMaison de retraitePréventionProtection

Contexte de la contribution

Notre société démocratique et libérale vit aujourd’hui une expérience inédite. Début d’année 2020, il s’agit d’une nouvelle attaque, d’un virus meurtrier qui sévit partout. Les morts se comptent par milliers dans les Hôpitaux, EPHAD, Maisons de Retraites, Centres Médico-sociaux…, avec à chaque fois des drames pour les familles qui ne peuvent pas faire leur deuil et voir une dernière fois l’être cher qui vient de s’éteindre, confinement et principe de précaution obligent. Que dire de certaines catastrophes, comme cet EPHAD à Mougins qui au 6 avril 2020, avait perdu un tiers de ses pensionnaires. Les polémiques enflent, grondent un peu partout, les associations et les familles réclament aux autorités sanitaires, des explications. En France (et dans le monde), les services médicaux sont pris de court par la rapidité de la contamination. Pour autant, conscients qu’une personne âgée (souvent malade ou diminuée) est une personne fragile, n’y-a-t-il pas des solutions, des protocoles à mettre en place entre les établissements, les soignants et les familles, des mesures qui permettraient de concilier la raison médicale tout en gardant le lien affectif familial, primordial pour l’état de santé du résident. Nous savons tous combien le moral compte dans une guérison. L’isolement est la pire des choses qu’une personne âgée puisse vivre. Il ne s’agit pas dans ce travail de pointer d’éventuels responsables, mais plutôt de trouver des solutions pour ne plus revivre ces drames familiaux. Nous ne pourrons plus nous cacher, l’arbre étant tombé au printemps 2020, montrant l’ampleur de la forêt. La tâche est rude d’autant que « le cœur a ses raisons que la raison ignore » …. : Voilà toute la complexité.

Réflexions

Concernant ce virus, la problématique est qu’à ce jour, il n’y a aucun traitement efficace, ni vaccin pour vaincre cette maladie baptisée Covid-19. Sa propagation étant fulgurante, il faut agir vite. Nous avons décidé de confiner l’ensemble de nos « anciens » d’une façon drastique en supprimant au maximum les contacts avec l’extérieur (familles, intervenants, amis). Nous avons « emprisonné » des personnes qui n’avaient commis aucun crime, n’avaient enfreint aucune loi et n’avaient pas choisi cet isolement. Alors, il est légitime de se poser certaines questions :

Le confinement est-il une privation de liberté ou une mesure de prévention et protection ? Il est clair que le principe de précaution prévaut. Aujourd’hui, la réponse au covid-19 ne peut plus être seulement médicale. Elle sera sociale, économique, humaine. Il est tout aussi important d’être auprès d’un être cher, de l’accompagner quoiqu’il arrive, que de respecter des directives de confinement. Mais la réponse est plutôt que la raison n’est pas seulement la protection de la personne mais aussi sa propre protection devant le jugement de l’autre. 

En règle générale, les personnes âgées préfèrent vivre que survivre, l’éternel dilemme entre le cœur et la raison. Aujourd’hui le confinement est-il encore tenable compte tenu de l’impact psychologique qu’il entraîne ? Les conséquences peuvent être catastrophiques pour les personnes âgées dépendantes, entrainant une perte d’autonomie, provoquant un sentiment d’abandon déclenchant dépression, perte d’appétit, pouvant aller jusqu’à la mort.

Qui souffre le plus de la solitude ? Le résident ou la famille proche ? Là aussi, certainement les deux. Pour la famille proche c’est un crève-cœur, mais peut-on faire prendre un risque (même mineur) à nos proches ? Pour les pensionnaires, il ne faut pas se le cacher, il y a les « oubliés » ceux que la famille ne vient plus voir ou le strict minimum. Les mesures de confinement ne feront que rajouter du drame au drame. Toutefois, un nouveau lien affectif peut se créer avec le personnel des EPHAD, une lueur d’espoir qui apporte un peu d’amour par leur présence et la compassion des aides-soignants, ces hommes et femmes de cœur. Pour les autres, le lien familial est capital pour leur moral. En clair, si pour les proches, il s’agit bien d’une souffrance et d’un déséquilibre, pour les pensionnaires, la perte de repère aura un effet dévastateur. Cela doit être dit et mis au grand jour, et ne pas minimiser cet état de fait.

Sans conversations, distractions, travail intellectuel, présences, etc… Dans ces conditions, comment traverser l’ennui ? Nous devons reconnaître qu’il existe déjà face à cette situation, une prise en charge et un large dévouement opéré par le personnel des divers établissements pour donner affection et réconfort aux personnes âgées. Il est clair qu’il faut laisser circuler les pensionnaires dans l’établissement afin qu’ils puissent garder leurs repères. Où commence la protection « à tout prix » ou finit « la liberté de l’être humain » et cela pour qui ou pourquoi ?

Propositions concrètes

On pourrait mettre en place dans les EPAD ou Maison de Retraite des pièces avec 2 entrées différentes (une pour la famille en accès direct avec l’extérieur, une pour le résident en accès avec l’intérieur de l’établissement) séparées en 2 sur toute la hauteur par un plexiglass doté d’un hygiaphone. Ainsi les parents proches dont le nombre de visites serait limité, pourraient avoir un contact visuel moins abstrait que les vidéos, ainsi qu’un échange oral lorsque l’état du résident le permet. Cette solution apporterait un peu de chaleur aux personnes isolés.

Toutefois, cette solution suppose que la personne extérieure à la résidence puisse être dotée de masque, charlotte, sur-combinaison et sur-chaussures, afin de minimiser l’apport de virus ou contaminations autres. Or, les établissements de santé ne sont pas suffisamment équipés en « petit matériel ». C’est sans doute le moment de créer un « kit » de première nécessité si pareil cas devait se reproduire. Ce kit serait géré par chaque établissement, et son volume adapté au nombre de pensionnaires afin de ne plus être pris au dépourvu.

Nombre d’établissements ont utilisé le téléphone, l’informatique (vidéoconférences) pour essayer de suppléer à la rupture du lien affectif. Si cette solution a le mérite d’exister, elle suppose la disponibilité du personnel ou d’un salarié de l’établissement qui assurera la communication, ce qui n’est pas toujours le cas. Ce ne sont que des solutions de communications, manque évidemment l’essentiel, la composante affective matérialisée par le toucher, la caresse, la présence physique et l’échange de regards toujours rassurant.

Réfléchissons vite, à l’organisation d’endroits sécurisés dans les EPHAD et établissements de soins où nous pourrions nous retrouver en continuant à respecter l’hygiène, la distanciation et les protections indispensables. Quelques établissements ont privilégié le confinement des résidents dans les locaux de l’EPHAD (avec le personnel) et non plus dans les chambres. Outre le fait que cette solution est difficilement applicable à l’ensemble des EPHAD, elle suppose un volontariat et un dévouement exemplaire du personnel au-delà de leur propre vie familiale, une preuve d’amour inconditionnée du personnel vis-à-vis des résidents. Bien évidemment cette solution présente l’avantage de laisser les résidents aller et venir à leur accoutumée, les laisser se rencontrer, voire échanger quand cela est possible. Cette solution ne modifie que peu les habitudes des résidents et donc ne les déstabilise pas. Elle permet de créer une « bulle » autour des résidents

Aujourd’hui, on ne peut plus accepter l’emprisonnement outre mesure de nos anciens. Il faut impérativement légiférer pour le bien et la sécurité des résidents dans les établissements EPHAD et Maison de Retraite.

Ce que nous apprend cette crise, c’est que nous ne sommes pas prêts à voir mourir nos proches et pour des raisons égoïstes, nous voulons garder nos anciens à tout prix pour la simple raison de ne pas mourir soit même.Pascal écrivit : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre ». Il faudra au plus vite mais sérieusement, tirer les enseignements de cette pénible expérience et légiférer.

Un texte de loi pourrait dessiner les grandes lignes sur la raison médicale et le lien affectif. Le but, nous permettre d’être réactif si pareil cas devait à nouveau se produire et de prendre les décisions appropriées pour le bien de la personne âgée et la conscience des familles, tout en respectant l’éthique médicale. Pour ne plus entendre nos « anciens » dire : Aujourd’hui, on ne meurt plus du COVID, on meurt de chagrin …

A lire aussi

Prévention des conflits

La prévention des conflits est l’un des fondements de la création de l’Union européenne au vingtième siècle. C’est en accord avec les valeurs de la franc-maçonnerie que la prévention des conflits internes, aussi bien qu’externes...

Lire la suite
Europe

Vers la mise en place d’une agence européenne de santé

Les insuffisances des dispositifs de santé face à la pandémie La catastrophe sanitaire du Covid-19 dont les conséquences en cascade, sociales, économiques, financières sont devant nous, nous invitent à nous interroger sur les réponses qui...

Lire la suite
Santé

Restauration et modernisation de la Santé Scolaire

Problématique Les politiques de prévention doivent être généralisées et particulièrement présentes et actives auprès des plus vulnérables (personnes âgées, petite enfance, handicapés migrants, malades, …). Lorsque les actions de prévention sont menées à grande échelle,...

Lire la suite
Le citoyen, l'état, le monde