Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Au-delà du monde d’après

Respectable Loge, Fédération Universelle - Georges Couthon, Orient de Paris, Région 12 Paris 2

Mots Clefs : EffondrementEspaceHumanitéProspectiveUtopie

Abandonner le monde d’avant

Évidemment, la pandémie de la covid 19 a bouleversé nos vies, nos sociétés, et continue de les bouleverser. Évidemment aussi, ces bouleversements et tragédies engendreront autant de réflexions qui nous permettront, espérons-le, d’éviter que cette catastrophe ne se reproduise, et de construire un monde meilleur.

Mais quel monde meilleur ? Suffira-t-il d’augmenter le budget alloué aux hôpitaux ? De stopper la marchandisation de la santé ? Comme disent les mathématiciens, ce seraient des conditions nécessaires, mais pas suffisantes. L’horreur de la covid 19, en faisant irruption dans nos vies et nos sociétés, constitue une triste opportunité de bouleverser nos préjugés, de nous libérer de nos chaînes et de porter un regard neuf sur notre monde, et sur ce qu’il pourrait devenir. Faisons en sorte que ce regard soit le plus pénétrant possible. Si nous pouvons nous libérer de nos chaînes, brisons-les toutes, pas seulement quelques-unes.

Cette contribution est la seule que j’envoie, mais pas la seule que j’ai rédigée. La première version s’attaquait spécifiquement aux biais idéologiques qui nous ont conduits à négliger le secteur de la santé et à le rendre incapable de nous défendre contre la covid 19. Je l’ai finalement mise à la poubelle, car si je dois vraiment envisager le monde d’après, celui-ci doit être radicalement différent du monde d’avant. Pour véritablement assurer qu’une pandémie ne puisse plus se reproduire, ou qu’en tout cas, elle ne puisse pas nous frapper aussi durement, il faut que le monde d’après soit basé sur des principes totalement différents du nôtre : la santé plutôt que l’économie, la coopération plutôt que la compétition, la nature plutôt que le confort matériel ou le profit financier.

Malheureusement, ces revendications ne sont pas nouvelles. Chacun leur donnera la généalogie qui conviendra à ses choix idéologiques. Je choisis de les faire remonter aux années 70, lorsque le club de Rome publia son rapport Les limites à la croissance, tirant pour la première fois la sonnette d’alarme de la crise climatique. Quel triste cinquantenaire lorsqu’on constate le peu de cas que nous avons fait de ces avertissements. Nous avons déjà perdu tellement de temps. Lorsqu’on nous demande d’imaginer le monde de demain, j’ai l’impression que nous peinons déjà à imaginer le monde que nous aurions dû avoir dès aujourd’hui.

La Franc-Maçonnerie a pour mission de construire la concorde universelle, et de rassembler l’Humanité. Assumons le caractère utopiste de notre engagement, et attelons-nous à un chantier digne des aspirations et de l’héritage de notre ordre : si nous devons imaginer le monde d’après, imaginons un monde d’après qui puisse être pérenne, résister à la crise climatique, et ouvrir des horizons à l’Humanité pour son futur, proche, mais aussi lointain.

Au-delà du monde, au-delà de nous-mêmes

Je ne résiste pas au plaisir de la formule : le monde d’après ne sera pas le nôtre. Le monde d’après consistera précisément à aller ailleurs, sur d’autres planètes, et à explorer l’espace. D’une certaine façon, ce monde d’après est déjà le monde d’aujourd’hui : Space X et les GAFA injectent d’énormes sommes dans leurs programmes spatiaux, avec en ligne de mire Mars, mais surtout la ceinture d’astéroïdes, riche de toutes ces ressources dont nous risquons bientôt de manquer sur la Terre. Le gouvernement américain ne s’y est pas trompé, en promulguant dès 2015 le Commercial Space Launch Competitiveness Act, qui est censé autoriser les entreprises américaines à exploiter les ressources extraterrestres et en créant en 2019 une nouvelle branche à son armée, l’United States Space Force.

D’une façon ou d’une autre, explorer le système solaire est l’une des solutions, peut-être la meilleure, pour que l’Humanité ne connaisse pas l’effondrement promis par la collapsologie. Il ne s’agit pas d’abandonner la Terre, mais au contraire de continuer à y vivre le plus normalement possible grâce à l’apport de ressources venues d’autres planètes. Le problème est le suivant : soit cette exploration se fera sur le même mode que ce dont nous sommes déjà témoins sur Terre, et nous ne ferons que perpétuer le modèle qui cause déjà tant de problèmes sur notre planète, soit quelqu’un (les Francs-Maçons ?) parviendra à impulser un changement radical, et cette exploration pourra alors se faire de façon raisonnée et collective, pour non seulement éviter l’effondrement, mais en outre mettre l’Humanité sur une nouvelle trajectoire.

En effet, j’ai la conviction que la démarche actuellement mise en œuvre concernant l’exploration de l’espace n’est pas la bonne. De ce que j’ai compris, l’objectif des entreprises privées à l’œuvre, voire des gouvernements qui les soutiennent, consiste avant tout à envoyer des robots prélever des ressources sur les astéroïdes situés au-delà de Mars. Outre le fait que selon certaines interprétations, cela constitue une infraction au traité de l’espace de 1967, je doute que cette exploitation produise quoi que ce soit comme résultat, que ce soit au plan économique, et à plus forte raison au plan humain, puisque personne n’ira là-haut. C’est en outre un plan à courte vue : une fois que les astéroïdes auront été vidés de leur substance, quelle sera notre prochaine victime ?

Il me semble que, dès à présent, il faut envisager une exploration de l’espace ambitieuse ; il faut prévoir d’envoyer des humains vivre sur d’autres planètes du système solaire, le plus longtemps possible, voire définitivement. C’est un chantier immense : pour que l’Humanité agisse de façon coordonnée, il faudra bouleverser l’ordre politique mondial, changer radicalement de système économique et faire revenir les activités spatiales du domaine privé au domaine public. Il faudra inventer de nouveaux moyens de propulsion, de nouvelles sources d’énergie, et surtout, trouver les volontaires pour prendre le risque de cet aller simple vers l’espace. Aujourd’hui, c’est la plus grande inconnue, la capacité de l’être humain à vivre ailleurs que sur Terre, y compris d’un point de vue psychologique.

C’est précisément l’ampleur du chantier qui me conduit à penser que la Franc-Maçonnerie peut y jouer un rôle crucial. Notre démarche prospective et le temps long dans lequel nous inscrivons nos travaux sont idéaux pour gérer les échelles de temps de l’exploration du système solaire. Notre démarche initiatique et spirituelle peut fournir de nouveaux outils à ceux qui voudront appréhender la vie au-delà de la Terre et cette nouvelle frontière que constitue l’espace.

Ainsi, explorer l’espace sera aussi une façon de nous explorer nous-mêmes. Partir là-bas nous forcera à regarder en nous. Face à l’espace, nous serons tels face aux ténèbres, seuls face à nous-mêmes. Surtout, nous confronter à l’immensité de l’espace, aux défis que représente son exploration et aux implications métaphysiques de celle-ci nous conduira nécessairement à nous transformer, chacun individuellement et tous ensemble collectivement.

(Re)fonder l’Humanité universelle

Il est temps de fonder l’Humanité universelle. Celle-ci est d’ailleurs probablement plus prête que la Franc-Maçonnerie à ce grand moment. Sur tous les continents, l’Humanité prend, malheureusement en fait, conscience de son universalité au travers de la crise climatique et de la pandémie. Ne soyons pas à la traîne ! Les besoins universels de la condition humaine sont désormais évidents pour tout le monde. Pourtant, ces attentes communes à toute l’Humanité peinent à se concrétiser, notamment politiquement. Peut-être que la peur et l’instinct de survie ne suffisent pas pour fédérer les individus, surtout dans une société obsédée par le bonheur personnel et le confort, aussi illusoire soit-il.

Fort bien, si la peur ne fonctionne pas, ce sera l’espoir qui nous donnera envie de nous mettre au travail. Celui de voir, et tant pis si c’est avec des yeux d’enfants, des fusées s’élever vers les étoiles. De fouler du pied des planètes inconnues ou, comme le disait un de nos Frères : « d’explorer des mondes étranges et nouveaux, de chercher de nouvelles formes de vies et de nouvelles civilisations. D’oser aller là où personne ne s’est jamais aventuré ! ».

L’espace ! Voilà un champ d’exploration rêvé pour la Franc-Maçonnerie du XXIème siècle. Ce vieux rêve de l’Humanité est désormais à portée de mains. Il peut constituer le creuset d’une Humanité nouvelle, plus éclairée et plus fraternelle. Le gigantesque travail que réclamera cette exploration sera aussi l’occasion de travailler sur nous-mêmes et l’immense espoir que peut soulever cet horizon nous permettra d’accomplir les transformations que nécessite la construction du monde d’après.

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