Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Soutenir et « encapaciter » l’éthique personnelle !

Respectable Loge, Intersection, Orient de Paris, Région 12 Paris 2

Mots Clefs : EncapaciterÉthiqueFraternitéVulnérabilité

« Après cette crise, le citoyen doit-il repenser son éthique personnelle, à savoir la combinaison subtile de ce qu’il peut faire, ce qu’il doit faire, ce qu’il veut faire ? » Chacun devrait-il, individuellement, apprendre/réapprendre à s’appuyer sur des points d’équilibre éthiques pour vivre avec l’Autre et construire la fraternité ?

La problématique en jeu

Quand « je » suis en face de « l’autre », quand nous sommes tous deux vulnérables, qu’est ce qui va l’emporter, la peur ou la fraternité ? Vais-je réagir avec peur et en privilégiant la conformité avec des règles extérieures ou vais-je chercher en moi des points d’équilibre qui me permettront d’agir avec humanité ? Vais-je devenir « collabo » ou « juste parmi les nations », un raciste ou un humaniste ?

L’éthique est la réponse, au contact d’un autre, à une exigence intérieure que me fait vivre et ressentir notre commune humanité. Le vécu individuel du comportement éthique correspond à un déplacement intérieur pour chercher en soi le centre humain et personnel, centre de sa propre vulnérabilité qui est en lien avec la vulnérabilité de l’autre. C’est en ce centre que je me rencontre, humain, et que nous nous rencontrons dans notre condition humaine. L’éthique n’est donc pas le respect d’une exigence prescrite de l’extérieur. 

L’éthique n’est ni une morale ni une déontologie.

La morale vise d’une part à la conservation des formes collectives d’organisation sociale, de la société, de l’intérêt général, et d’autre part à l’agrément de la vie des individus en société. « Dans toute société, la morale est promue par certains groupes d’intérêt (par exemple religieux, sexuels, de classe, ethniques) ». Chaque individu peut ainsi trouver un sens moral selon différentes sources possibles d’autorité (les grandes religions, les mythes traditionnels, les institutions publiques nationales ou internationales) ; 

La déontologie est une notion contemporaine caractérisant certaines pratiques professionnelles qui mettent en avant la traçabilité de leurs comportements et méthodes. Comme les règles de droit, les règles déontologiques s’appliquent de manière identique à tous les membres d’un ordre ou d’une association professionnelle. Une autorité est chargée de les faire respecter et d’imposer des sanctions en cas de dérogation. 

L’éthique est de l’ordre du sentiment, de la fraternité, de l’amour. André Comte-Sponville  pour préciser la distinction entre morale et éthique, et en référence à Spinoza et à Kant, entend par morale tout ce qu’on fait par devoir (de l’ordre de la volonté) et par éthique tout ce qu’on fait par amour (de l’ordre du sentiment). 

L’éthique est subjective. L’énergie subjective à l’œuvre dans l’action éthique touche notre rapport intime à l’humain. L’éthique, peut même nous exposer à des impasses pratiques, dans l’application des lois notamment. 

L’éthique, parce qu’elle est réflexive, a une puissance de subversion. Avec Emmanuel Levinas, « l’éthique est la philosophie première » et elle est sociétale, car elle se vit dans la relation au visage vulnérable d’Autrui. Elle fait vivre une expérience « traumatisante » qui n’est ni un commandement, ni un ensemble de règles qu’on pourrait appliquer ; ce n’est pas non plus l’idée d’un « bien vivre ». Avec le visage d’un Autrui vulnérable, « Je » traverse une épreuve et fais l’expérience d’un bouleversement radical qui défait tous les repères et toutes les significations instituées. Ça « Me » met radicalement en question car ça met en question mon effort habituel et immédiat d’être qui « Je » suis en persévérant à être qui je suis. 

L’éthique individuelle est fraternité, elle est constitutive de la République et elle y est protégée pour pouvoir s’exercer indépendamment du champ politique. C’est ainsi que la décision du Conseil constitutionnel (6 juillet 2018) reconnaît, au titre du principe constitutionnel de fraternité, le droit individuel d’agir pour aider autrui dans un but purement humanitaire, pour préserver l’intégrité physique et la dignité de la personne, sans en tirer contrepartie. 

L’enjeu : l’éthique et la méthode, nouvelles urgences républicaines 

La crise actuelle, systémique, déstabilisait déjà les valeurs anciennes et provoquait, par un élan vital présent en chacun, la recherche de repères nouveaux pour une « renaissance ».Avec la crise mondiale du coronavirus, le risque majeur que l’autre soit vu comme un danger a pris une acuité nouvelle ; être au contact de l’autre m’expose potentiellement à la maladie et à la mort. Le réflexe de protection est alors celui de la clôture et du repli, à l’opposé de l’attitude éthique qui est ouverture vers Autrui vulnérable. 

La crise sanitaire a en outre montré des conflits d’expertises, a ravivé les divergences d’intérêts (quel pays aura en priorité les masques chinois ou les vaccins et à quel prix ?), a pu faire douter de la fiabilité de la parole publique, a fortifié l’expression d’un besoin de médiations et de concertations dans les processus décisionnels. 

Tout ceci interpelle directement l’éthique de la personne et du citoyen. Des moments fraternels nouveaux, des solutions pragmatiques et innovantes, des solidarités nouvelles sont d’ailleurs nés. La République, parce qu’elle est la promesse d’un « vivre ensemble » d’émancipation, la République, elle-même interpelée sur ses vulnérabilités, doit cultiver la résilience des citoyens pour faciliter celle des individus.

Proposition : Trois ateliers républicains pour « encapaciter » l’éthique des individus

Santé publique : Organiser une plateforme participative citoyenne sur les questions d’éthique : l’objectif est d’associer la réflexion individuelle et citoyenne pour ne pas la tenir à l’écart mais « l’encapaciter »

Éducation nationale : Chaque « école », chaque classe doit être une « mini République » où, dans la vie simple, sont pratiqués le respect entre personnes, la régulation des conflits, la vie collective organisée, des relations de qualité entre enseignants et entre élèves, des conseils de classe et de discipline respectueux des droits et des devoirs… Il faut revoir, pour cela, la formation initiale et continue des enseignants, des équipes administratives et des corps d’inspection. Cela passe par une professionnalisation – avec certification professionnelle – de compétences internes en médiation, accompagnement/coaching, régulation, évaluation.   

Dirigeants publics : Leur sélection et formation doit intégrer un « travail sur soi », athanor indispensable d’une vertu républicaine qui manque, l’éthique, avec discernement et courage ! Pour L’Après, des voies nouvelles sont à construire pour éviter l’entre-soi des dirigeants publics (fonctionnaires et hommes politiques élus), pour promouvoir l’ouverture d’esprit et l’ouverture du cœur tout autant que la force intérieure et la persévérance. L’enjeu est que la République humaniste puisse être incarnée par ses serviteurs au risque d’être balayée par des mécontentements populistes que rejoindront les aigris, les désespérés, ceux que l’on n’entend pas, que l’on n’écoute pas et à qui on ne répond pas.

Proposition phare : encapaciter l’éthique des individus dans toutes les sphères de la vie en société.

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