Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Prévention des conflits

Respectable Loge, Acacia Delphinal et Sisyphe Réunis, Orient de Grenoble, Région 6 Est et Loges de Suisse

Mots Clefs : ConflitsPrévention

La prévention des conflits est l’un des fondements de la création de l’Union européenne au vingtième siècle. C’est en accord avec les valeurs de la franc-maçonnerie que la prévention des conflits internes, aussi bien qu’externes à l’Europe, s’opère. Cependant, l’histoire récente, en particulier les guerres de l’ex-Yougoslavie, ou encore la crise sanitaire, nous le montre : ce fondement est à consolider. Enfin, revenir à ce fondement permettrait de retrouver un sens pérenne et humain pour l’Union européenne et pour le monde d’après la crise sanitaire.

Le Traité dit de Paris, ou Traité instituant la Communauté Européenne pour le Charbon et l’Acier (CECA), signé le 18 avril 1951 par six pays européens (France, Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg et Italie), au lendemain de la Seconde Guerre mondiale explicite, dès le premier alinéa, son objectif général : « Considérant que la paix mondiale ne peut être sauvegardée que par des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent […] »[1].

Les considérations princeps des signataires du Traité de Paris, un traité fondateur des traités actuellement en vigueur de notre Union européenne contemporaine, ne concernent pas simplement une entente économique ou commerciale. Il s’agit bien de prévention des conflits. Il s’agit bien de ne pas répéter les deux guerres mondiales.

En instaurant la CECA, c’est une prévention structurelle des conflits, c’est-à-dire la création d’une zone géographique pacifiée sur le long terme, qui est engagée. La prévention des conflits est donc l’un des fondements de l’Union européenne, et elle porte des valeurs humaines, qui sont en accord avec les valeurs de la franc-maçonnerie. Elle est une nécessité pour reconstruire le monde d’après la crise sanitaire.

Cependant, cette prévention des conflits reste à consolider. En effet, les guerres de l’ex-Yougoslavie des années 1990, ont montré les limites de la prévention engagée. La gestion actuelle, presque conflictuelle au niveau européen de la crise sanitaire, dans un autre domaine montre les limites de l’action de l’Union européenne. La nécessaire consolidation, par l’éducation, permettrait de retrouver le sens initial de la création de l’Union européenne. La franc-maçonnerie a toute sa place dans cette consolidation.

  1. La prévention des conflits : fonder l’Europe avec des valeurs humaines

Les deux traités actuels, fondateurs de l’Union européenne sont le Traité sur l’Union européenne (TUE) et le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE).

Les préambules de ces deux traités font référence à la nécessité absolue d’une paix durable, par la prévention des conflits et par l’éducation. On retrouve en effet dans le préambule du TUE, un rappel historique :  « […]Rappelant l’importance historique de la fin de la division du continent européen et la nécessité d’établir des bases solides pour l’architecture de l’Europe future » puis cette nécessité absolue de la paix : «[…]Résolus à mettre en œuvre une politique étrangère et de sécurité commune, y compris la définition progressive d’une politique de défense commune, qui pourrait conduire à une défense commune, conformément aux dispositions de l’article 42, renforçant ainsi l’identité de l’Europe et son indépendance afin de promouvoir la paix, la sécurité et le progrès en Europe et dans le monde [2]».

De même, dans le préambule du TFUE[3] :

RÉSOLUS à affermir, par la constitution de cet ensemble de ressources, les sauvegardes de la paix et de la liberté, et appelant les autres peuples de l’Europe qui partagent leur idéal à s’associer à leur effort,

DÉTERMINÉS à promouvoir le développement du niveau de connaissance le plus élevé possible pour leurs peuples par un large accès à l’éducation et par la mise à jour permanente des connaissances […]

Les deux traités sont tout à fait en lien avec les valeurs de la franc-maçonnerie. On retrouve les mêmes éléments entre l’article premier du règlement du Grand Orient de France et dans les deux préambules des traités susmentionnés. La tolérance, le respect des autres, la liberté absolue de conscience, sont autant de principes indispensables à la prévention des conflits. Les conflits ne s’opèrent pas simplement à un niveau étatique ou national. Il s’agit bien d’interroger tout un chacun, en son âme et conscience, sur la considération d’autrui. Cette vision en franc-maçonnerie se retrouve tout à fait dans les deux préambules.

Il s’agit bien de mettre l’humain au centre. Historiquement, l’approche économique, pragmatique, a permis de mettre en œuvre une zone pérenne de paix. Mais l’initiative fondatrice de l’Union européenne est bien celle d’une paix durable, c’est-à-dire d’une prévention des conflits, en accord avec les valeurs de la franc-maçonnerie.

Cette zone voulue de paix durable doit cependant être consolidée. En remettant au centre la prévention des conflits, c’est un sens retrouvé auquel l’Union européenne peut à nouveau accéder.

  • Consolider la prévention des conflits en Europe ou comment retrouver le sens de l’Union européenne.

Rassembler ce qui est épars. C’est ce que chaque franc-maçon veut contribuer à réaliser. Et c’est très exactement la problématique majeure de la création de l’Union européenne. Lorsque ce rassemblement ne s’opère pas, les conséquences sont terribles.

En effet, les guerres de l’ex-Yougoslavie, aux portes de l’Union européenne dans les années 1990, sont l’illustration funeste de l’échec et des conséquences d’une Union européenne dont la prévention des conflits n’est plus l’un des fondements.  

La résolution 827 du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations-Unies institue le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), le 25 mai 1993 afin de juger des crimes ayant eu lieu sur le territoire mentionné au début des années 1990. Le génocide est commis aux portes de l’Europe. Le TPIY rappelle la singularité du crime de génocide.

Parmi les crimes graves que ce Tribunal a le devoir de punir, celui de génocide se singularise par la réprobation particulière et l’opprobre qu’il suscite. Le génocide est un crime horrible de par son ampleur ; ses auteurs vouent à l’extinction des groupes humains entiers. Ceux qui conçoivent et   commettent le génocide cherchent à priver l’humanité des innombrables richesses qu’offrent ses nationalités, races, ethnies et religions. Il s’agit d’un crime contre le genre humain dans son intégralité, qui touche non seulement le groupe dont on cherche la destruction, mais aussi l’humanité tout entière[4].

Les événements historiques qui s’en suivent font prendre conscience de la nécessité d’un agrandissement de l’Union européenne pour étendre la zone pacifiée.

Comprendre autrui, accepter autrui devient indispensable pour un vivre ensemble pérenne.

Plus récemment, les élans de haine, le rejet, le repli sur soi semble réapparaître sur la scène médiatique.

La prévention des conflits, surtout en Europe, doit être consolidée. Cette consolidation passe par l’éducation. Dès le plus jeune âge, des éléments simples permettant de créer un esprit d’ouverture peuvent être enseignés.

Par ailleurs, dans la gestion de la crise sanitaire, cette pandémie due au coronavirus, l’Union européenne montre également ses limites. Des décisions qui semblent prises de façon déconnectée de la réalité, alors même que les enjeux, vitaux, ne peuvent attendre certaines mesures fondamentales pour tous. Il s’agit de prévenir les conflits. Il s’agit bien de prévenir les catastrophes sanitaire, sociale, économique qui pourraient en découler sans une force commune. En retrouvant le sens originel de la création de l’Union européenne, de belles perspectives sont possibles. La coopération entre États est indispensable à tous les niveaux. La recherche, par exemple, scientifique aurait dû voir émerger une alliance. Si cela n’est pas le cas, c’est aussi parce que le sens originel a été oublié.

La franc-maçonnerie a toute sa part dans ce travail. Au cœur de l’Europe, les principes de liberté absolue de conscience, de tolérance mutuelle et de respect des autres et de soi-même portent une signification encore plus grande aujourd’hui.


[1]          Traité instituant la Communauté Européenne pour le Charbon et l’Acier, 1951, p. 11.

            Accès https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:11951K/TXT&from=FR

[2]   https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=OJ:C:2016:202:FULL

[3]   https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=celex%3A12012E%2FTXT

[4]   TPIY, affaire IT-98-33A, 19 avril 2004.

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