Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Pendant que certains construisent des murs, d’autres érigent des ponts.

Respectable Loge, Les Françaises et Neuf Sœurs Réunies, Orient de Bordeaux, Région 16 Sud-Ouest

Mots Clefs : MigrantsNansenRevenu universelSolidarité

« La pauvreté, d’abord, n’a jamais été un malheur pour moi, la lumière y répandait ses richesses » Albert Camus

Ce que vous êtes en train de lire est issu de plusieurs lectures, de nombreux dossiers et de mon intérêt pour les commissions Nansen et RUI du GODF. Parfois, j’emprunterais les mots de mes frères tout en y mettant une grande part de mes idées sur le chemin et à la recherche de la solidarité.

Voilà nous sommes au soir du 6 mars 2020 et nous nous sommes séparés sur une dernière tenue prise en commun. Déjà certains ne se touchaient plus, ne s’embrassaient plus, jouaient des coudes ou des talons. Ce fût notre dernière fois de la saison 2019-2020. Nous ne savions pas encore que nous allions vivre une séparation longue, ne plus nous voir, ne plus échanger physiquement. Nos propos sur l’eau ou la place de la femme dans nos travaux avaient accaparés nos attentions et les agapes allaient être, pour certains, le dernier contact réel et l’instant secret pour continuer de débattre et d’apporter une part de nos humanités. Pour ceux qui recherchent la vérité et la lumière, il est nécessaire d’évoquer ces éléments, tels que nous les avons vécus. On ne savait pas encore, ou tout du moins, nous n’avions pas les éléments vitaux pour donner un avis, une suggestion sur les conduites futures à tenir. Peu d’entre nous n’auraient pu se prévaloir d’une vérité claire, peut être nos docteurs, nos soignants, et encore… Trop d’obscurité demeurait. Les Francs-maçons travaillent à améliorer l’homme et la société. Nous pratiquons la solidarité. Nous concevons aussi qu’il est indispensable d’établir des liens de solidarité pour assurer une certaine pérennité à notre Fraternité. Parler de « Fraternité /Solidarité Universelle », c’est d’abord s’intéresser au premier Homme et rechercher ce qu’il représente puisqu’en quelque sorte nous sommes ses descendants directs. Nous sommes comme lui, un migrant climatique, social, géographique par nécessité. Ce qui a engendré des questionnements sur l’appropriation du lieu, de là où on est ; de ce qui constitue la culture et ce qui en découle, la peur de l’autre. Ce qui nous frappa dans le premier trimestre de la pandémie, ce sont les grandes difficultés rencontrées par les personnes sans domicile fixe, les sans-papiers, les sans-emplois et donc les sans-revenus. Trop d’écart de solitude, de désarroi s’exposèrent à nos yeux et le manque effrayant de solutions est apparu sinistre, cruel et révoltant. Et pourtant, dans l’article premier de notre constitution, les Francs-Maçons du Grand Orient de France s’engagent à travailler au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité au travers des valeurs républicaines définies par le triptyque : Liberté, Égalité, Fraternité. Quand bien même, notre obédience a lancé deux idées fondatrices de cette solidarité universaliste : la commission Nansen relançant le passeport indispensable à la circulation des hommes et des femmes sur les chemins de la migration et la commission d’étude sur le revenu universel inconditionnel, permettant à chacun d’avoir un revenu de dignité, puissant outil de fraternité. Il nous faut acter et agir sur ces deux points le plus concrètement possible.

Les migrations : la commission Nansen

Les histoires des groupes, des hordes, des clans, des tribus, des ethnies, des peuples, des nations enfin, ne peuvent être brevetées, comme le prétendent certains, car elles appartiennent toutes à l’histoire de l’humanité. Nous assistons à un phénomène de fermeture partout, d’un repli sur soi, synonyme de méfiance mutuelle. Aujourd’hui, on est en train d’ériger des enclos, à l’intérieur desquels on voudrait séparer les identités réduites à elles seules. Attention à certains voisinages de pensée et de méthode qui nous rappellent ces temps affreux. Notre première censure est notre peur.

Chaque être humain porte en lui une part de l’humanité tout entière. Le migrant est un frère en humanité ; sa dignité est inaliénable. La devise « Liberté, Égalité, Fraternité » doit s’appliquer aux migrants. Dans l’idéal, ceux-ci devraient bénéficier de la liberté de circuler, restreinte aujourd’hui par les législations des États-nations. Les principes d’égalité entre populations migrantes et autochtones de même que la réciprocité entre les droits et devoirs de chacun devraient pouvoir être appliqués. Enfin, le partage entre ces populations doit être guidé par la fraternité. Ces principes sont transcrits dans de multiples conventions internationales : Déclaration Universelle des Droits de l’homme, Convention de Genève, Convention Internationale des Droits de l’Enfant, auxquelles on peut ajouter la Convention Européenne de Sauvegarde des Libertés et des Droits Fondamentaux… Ils sont codifiés en Droit : asile, vivre en famille, études, travail. Nous devrons, demain plus qu’hier, veiller à leur application et à leur effectivité.

La problématique des Mineurs isolés étrangers, l’accueil des migrants, l’intégration des réfugiés, le traitement des déboutés et des sans-papiers dans des conditions dignes devront être une exigence permanente. 

Les sans-emplois et les sans revenus : le revenu universel inconditionnel

Le revenu d’une personne ou d’un agent économique désigne « l’ensemble des droits sur les ressources disponibles qui lui sont attribués au cours d’une période donnée sans prélèvement sur son patrimoine ». Conceptuellement mais aussi concrètement, le revenu est central dans l’étude et l’appréciation de notions comme : le niveau de vie, le genre de vie, le pouvoir d’achat. Depuis le XVIIIe siècle, les économistes, considèrent et analysent le revenu comme l’une des trois composantes majeures d’un circuit économique, vu comme un système cohérent et intégré dans lequel la production engendre le revenu, qui, à son tour, génère la dépense, qui,  finalement, est censée acheter la production initiale. L’évolution du travail rémunéré présente et à venir laisse entrevoir des trajectoires professionnelles très différentes de celles que nous avons connues. Les emplois se précarisent, les carrières sont hachées avec des périodes de chômage, la formation se doit d’être continue, la robotisation et l’intelligence artificielle vont probablement réduire le besoin d’employés. L’ensemble de ces paramètres ont peu d’influence sur la richesse du pays, le PIB continue d’augmenter ce qui interroge sur la pertinence de cet indicateur. Il faut, par conséquent, prendre en compte l’accompagnement des citoyens subissant ces changements par un partage des richesses et un partage du travail.

La spécialisation des emplois a imposé une spécialisation des individus en appauvrissant les capacités de chacun. L’homme est multiple, c’est une erreur profonde de le réduire à une fonction unique. Il faut donner la liberté à tous de développer ses propres richesses intellectuelles, artistiques, artisanales entre autres. Cette vraie richesse dont le fondement n’est pas exclusivement financier bénéficie réellement à l’ensemble de la société. C’est le don de chacun pour contribuer au bonheur de tous. Permettre de mettre en place le partage du travail et le partage du temps pour que chacun puisse choisir la part que le travail rémunéré doit prendre dans sa vie auquel, selon son souhait, il pourra ajouter une part de travail non rémunéré ou de loisir. L’enrichissement personnel de l’individu étant un moteur pour l’enrichissement du groupe. Il est également libérateur pour la femme et la considère égalitairement du fait de sa distribution individualisée. Les femmes acquièrent, de fait, une liberté économique supplémentaire. La libération du temps par son partage doit aussi favoriser le partage du travail domestique.

Par ailleurs, le rapport de force est inversé dans sa confrontation au travail puisqu’il donne la liberté de choisir. Cette inversion appelle une juste rémunération des emplois au risque de ne pas trouver preneur. Il lutte, de fait, contre les emplois payés à la tâche autrement appelés « ubérisation des emplois » nous ramenant au 18ème siècle. Il apparait évident que dans ce contexte, les emplois des invisibles dont l’utilité vitale est apparue au cours de la crise sanitaire de la Covid, doivent être négociés en tenant compte de leur importance réelle. En conclusion, bien des fléaux se sont abattus sur les hommes, beaucoup de malheurs engendrés par eux-mêmes sont venus diminuer l’impact de leurs intelligences. Des humanistes convaincus ont toujours su se mêler à la libre circulation des idées pour améliorer le sort de millions d’êtres humains, sur le chemin de leurs libertés. Une réponse Européenne n’est plus suffisante, il faut que nous, dorénavant, FM, faisions prendre connaissance et conscience à la planète entière, de la nécessaire liberté de l’homme migrant face à son destin, de la liberté de l’homme face au travail, car telles sont les deux idées émancipatrices soulevées par nos frères des commissions Nansen et RUI. Tous ces projets s’inscrivent dans un temps long, capables d’assurer à chacun une existence conforme à la dignité humaine. Le temps d’une « pauvreté normale » est révolu, la pandémie nous a montré combien la volonté politique a su définir les besoins et trouver l’argent nécessaire à les satisfaire.

« La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent » Albert Camus

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