Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

L’individu et la société

Respectable Loge, Étoile de Marianne, Orient de Niort, Région 9 Ouest

Mots Clefs : CultureÉducationMonde vivant

État des lieux

La compétition est le moteur de notre société. La coopération est considérée comme relevant de l’idéologie ou de la morale. Nous savons maintenant que notre société construite sur le libéralisme conduit dans un mur. Une fraction d’individus se partagent les richesses mondiales au détriment des autres et de la planète. Avec la destruction de l’environnement l’humanité signe à terme son propre arrêt de mort après avoir détruit nombre d’espèces vivantes et pillé les ressources non renouvelables de la Terre.

La crise sanitaire liée à la Covid19 n’a fait qu’accentuer notre prise de conscience. Nous avons enfin réalisé la fragilité de notre monde et de notre propre existence : en quelques semaines un être vivant infiniment petit sème la mort et met à genou l’économie mondiale. Le confinement qui nous est imposé, cette pause obligée est l’occasion de réfléchir sur notre modèle de société, sur les valeurs qui la fondent et sa dérive.…

L’individu seul se sent impuissant. Dans le meilleur des cas il trie ses déchets, essaie d’économiser l’eau, le gaz et l’électricité. Se déplace le plus possible à vélo et à pied. Achètes-en vrac pour limiter sa consommation de plastiques…Et quoi d’autre, tout seul face aux catastrophes qui se profilent ?

Depuis quelques décennies déjà il se plaît à rêver de solidarité, d’entraide et de coopération, persuadé qu’associé aux autres il peut encore agir, réformer, améliorer et même sauver ce qui peut l’être encore. Il sait depuis longtemps (bien qu’il s’y plie encore et toujours) que la compétition n’est pas une loi naturelle, qu’elle lui est imposée par le système d’économie libérale et la société de consommation. Il dégrade chaque jour davantage son environnement, de plus en plus critique à l’égard de ses conditions de vie. Il aspire de plus en plus à des comportements d’entraide et d’action collective persuadé qu’ils sont à terme nécessaires à la survie de la planète, de son espèce et des autres.

Perspectives

Pourquoi ne pas faire confiance à l’être humain, s’appuyer sur ses penchants naturels tournés vers la recherche du bien pour ériger une société meilleure ?

Il y a dans l’être humain des principes qui le conduisent à s’intéresser aux autres pour leur bien-être et pour le sien propre puisqu’il en tire au moins le plaisir de les voir heureux. A côté de l’amour de soi qui ne peut suffire, il y a place pour l’empathie et la générosité, le souci désintéressé du bien de l’autre. Les transactions marchandes ne constituent pas un mode d’échanges épanouissant pour l’homme. Ce dernier sait qu’il vaut mieux être que posséder et que la recherche du profit n’est pas une fin en soi puisqu’elle le rend insatiable et le conduit à sa perte.

Il est temps de se recentrer sur l’essentiel : le vivant, l’humain pour envisager enfin un art de vivre ensemble comme alternative. Les grandes catastrophes récentes – le tsunami en 2003, l’ouragan Katrina en 2005, aujourd’hui la Covid19 – montrent bien que nous avons besoin d’entraide et de solidarité parce que notre cerveau est spontanément porté à l’amour, l’amitié et la coopération.

Les francs-maçons ont une « longueur d’avance » puisque depuis le 18è siècle ils reconnaissent comme valeurs fondamentales l’altruisme, l’hospitalité, la solidarité et l’entraide pour essayer de fonder une société meilleure empathique et bienveillante.

Propositions

Aujourd’hui la Franc Maçonnerie doit évoluer, élargir sa réflexion à l’ensemble du vivant et ne plus se limiter à l’entraide entre humains. Son erreur est de se cantonner à l’homme et d’oublier l’animal et le végétal. L’espèce à laquelle appartient un individu ne doit pas être un critère de considération morale. Ainsi il nous faut considérer, traiter avec respect, aider autant les animaux et les végétaux que les êtres humains pour nous mettre au service de tous les êtres sensibles quels qu’ils soient. Quand la forêt amazonienne et l’Australie flambent les hommes perdent leurs demeures mais les animaux et les végétaux nos « frères », eux sont brûlés vifs.…

Concrètement dans notre société démocratique et républicaine la solidarité repose sur quatre piliers : un état providence garant de la protection sociale, des assurances (la mutualité : tous pour un, un pour tous), l’entraide familiale et les associations. Ces dispositifs de protection très imbriqués doivent être non seulement préservés mais promus. Les francs-maçons en sont les sentinelles et doivent continuer à en être les acteurs.

Le développement de l’altruisme, de l’entraide et de la solidarité passe par l’éducation. Moi être humain je ne peux m’enrichir, m’ouvrir aux autres que grâce à l’éducation et à la culture sans lesquelles aucune vie en société n’est possible.

Éducation : Il faut réformer les programmes d’enseignement théorique pour les orienter sur les valeurs universelles, républicaines et démocratiques. Ré-introduire l’enseignement de la morale dès l’école primaire. Penser et mettre en œuvre des pratiques qui dès le plus jeune âge, à travers des ateliers d’activités vont développer des comportements sociaux solidaires et respectueux du vivant.

Une véritable éducation citoyenne doit être mise en œuvre afin que les citoyens de demain et d’aujourd’hui prennent conscience de leurs intérêts communs, s’approprient la pensée solidariste. Il y a urgence à l’heure où la crise écologique oppressante et la pandémie vont déboucher sur un bilan humain très lourd, une crise économique et un bilan social désastreux. La puissance publique et l’état doivent investir dans l’éducation, impulser des politiques publiques encourageant la solidarité entre citoyens et entre générations pour affronter collectivement les risques et les défis. Dans la sphère privée il serait intéressant d’imaginer des dispositifs incitant les familles à relayer, à prolonger ces enseignements théoriques et pratiques : participer à des œuvres caritatives, accepter du bénévolat dans des associations sociales, humanitaires en contrepartie d’une fiscalité allégée par exemple.

Culture : L’expérience du confinement lié à la Covid 19 pendant deux mois a mis en lumière l’importance des activités artistiques et culturelles comme des nourritures spirituelles indispensables dans la vie en société. Des politiques ambitieuses favorisant l’accès des plus démunis aux activités artistiques et culturelles, développant le partage et la mixité sociale dans la participation directe à ces activités sont à inventer. Quand je danse, je chante ou joue d’un instrument, il y a le plaisir que j’en retire individuellement mais il y a aussi la joie du faire ensemble : la danse dans un groupe, le chant dans la chorale, le jeu d’un instrument en orchestre ou en groupe. Autant de pratiques qui créent du lien entre les individus, renforcent et donnent du prix à la vie en société.

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