Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Le citoyen, l’état, le Monde …

Respectable Loge, La Voie Humaniste, Orient de Castanet-Tolosan, Région 17 Sud et Loges d'Espagne

Mots Clefs : Economie

Problématique, constat, contexte de la contribution :

La COVID-19 a révélé brusquement nos fragilités à la fois collectives et individuelles. Cette pandémie a mis en évidence à quel point nous, en tant qu’humanité, étions interdépendants les uns des autres, à l’échelle de la planète. Cette vulnérabilité provient de la conjonction de deux phénomènes : d’une part, la mondialisation des échanges et la rapidité de déplacement des biens et des personnes et d’autre part, l’augmentation de la population mondiale qui était de 3 milliards en 1960 et va bientôt atteindre les 8 milliards d’individus. Les êtres humains sont ainsi entrés dans une ère que d’aucuns appellent déjà l’Anthropocène (où l’activité humaine modifie tout, le climat, la flore, la faune). Heureusement cette crise a aussi montré des gestes de solidarité et d’altruisme mais il est a remarqué que cela venait le plus souvent des plus humbles, comme les caissières, les éboueurs, le personnel soignant…

Ce nouvel âge de la civilisation humaine est étroitement lié au régime économique qui structure toutes nos activités, le capitalisme financiarisé et mondialisé. Le bien commun n’est plus l’objectif annoncé. Il disparaît au profit de l’accroissement sans fin de l’intérêt individuel : selon Friedrich Hayek « Le libéralisme économique considère la concurrence comme supérieure (…) parce qu’elle est la seule méthode qui permette d’ajuster nos activités les unes aux autres sans intervention arbitraire de l’autorité ». Pour cela, la croissance productive, l’accroissement du PIB, la maximisation des profits et l’augmentation de la production sont la norme, qui doivent produire in fine le bien-être collectif. Il faut donc produire dans les pays à bas coût et amener cette production, par bateaux ou avions sur les lieux de consommation. C’est le choix de la politique de l’offre aujourd’hui généralisée.

Néanmoins, les êtres humains évoluent dans un monde limité, et nous ne sommes pas près de trouver une autre planète. L’élevage intensif, la destruction des habitats naturels et la multiplication des contacts entre les espèces provoquent la venue de nouvelles maladies. La plupart des épidémies sont venues du passage des virus des animaux vers les êtres humains. Ces virus se propagent d’autant plus vite que les échanges planétaires se sont amplifiés et généralisés.

L’humanité est dans une spirale dangereuse en termes de dégradation du climat, de pollution de disparitions des espèces et pendant ce temps nous continuons avec un modèle économique de croissance qui est insoutenable. La COVID-19 n’est qu’un des révélateurs de cet état de fait.

État des réflexions déjà produites sur le sujet

L’humanité vit une période où les crises se succèdent les unes après les autres. Cette succession rapide est peut-être due aux médias avides de sensationnel, aux réseaux sociaux, à la mondialisation de l’information. Nous recevons tous trop d’informations et cela empêche la réflexion et la salutaire mise à distance pour favoriser la critique. Faire le tri entre toutes ces informations est un challenge de tous les jours.

L’humanité a-t-elle bien analysé les risques induits par cette paralysie mondiale due à ce Coronavirus, des conséquences sociales et économiques ? Que les raisons du confinement, du port du masque, soient fondées par les meilleures intentions ne fait pas de doute, mais est-ce les mesures prises sont bien rationnelles ?

Les politiques doivent avoir leur propre vision du futur, mais il est compliqué de la construire dans cet enchevêtrement d’opinions voire de conflits entre scientifiques et experts. Il n’y a pas de cause unique et simpliste aux problèmes que l’humanité rencontre, et c’est cette complexité qu’il nous incombe à nous, Francs-Maçons, que de tenter d’éclairer, pour retrouver la raison et quitter la croyance.

En France, l’état de pénurie qui a été révélé par la COVID-19 (pénurie de masques, de tests, de lits d’hôpitaux publics) a conduit le gouvernement à prendre une décision de confinement généralisé. Cette décision a eu des conséquences désastreuses sur les plans économiques, sociaux et psychologiques dont les individus mettront du temps à se relever. Elle a été imposée par le manque de moyens dans les hôpitaux publics et la désorganisation à grande échelle de notre système de santé, entamé depuis plusieurs quinquennats et ce n’est pas faute d’avoir été alertés par les professionnels eux-mêmes.

Cette pandémie a révélé également un manque criant de confiance dans la parole publique et dans les médias. Ce manque de confiance s’applique non seulement à cette crise sanitaire mais également à l’organisation de la société dans son ensemble, sur les plans économiques, politiques et sociaux. La crise de la démocratie représentative en est un révélateur criant (abstention de plus en plus importante qui remet en cause la représentativité des élus). Hannah Arendt disait : « Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges, mais que plus personne ne croit plus rien (…). Le peuple est alors privé de sa capacité d’agir, mais aussi (…) de penser et de juger. »

Il y a un décrochage entres les dirigeants des nations et leurs peuples, une infantilisation qui conduit à un déni de démocratie. Michel Maffesoli dit dans son livre, « Stratégie de la peur » : « Considérer le peuple comme un enfant incapable de prendre les bonnes décisions, incapable de juger ou de discerner ce qui est bon pour lui et pour la collectivité, voilà bien l’essence même de la « populophobie » caractérisant les élites en faillite. »

Proposition d’actions concrètes :

            Propositions à la maille nationale ou internationale (l’Etat, le Monde)

  • Relocalisation de la production des biens de première nécessité : médicaments indispensables, autosuffisance alimentaire, biens stratégiques en cas de situation d’urgence
  • Revalorisation des métiers utiles aux autres (métiers du soin et du service)
  • Retour à une réelle séparation des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire)
  • Plan massif d’investissement dans les hôpitaux publics (augmentation du nombre de lits, embauches)
  • Plan de revalorisation de l’enseignement (réduction du nombre d’élèves par classes, augmentation du salaire des enseignants, renforcement de la formation pédagogique des enseignants, etc)
  • Plus grande prise en compte de l’opinion publique (référendum, tirage au sort, etc)
  • Amélioration de l’exemplarité du Conseil Scientifique de France et de l’OMS pour éviter les risques de conflits d’intérêt.

Propositions que les Francs-Maçons peuvent promouvoir en tant qu’organisation ou individus 

  • Promouvoir une République réellement sociale, donnant une chance à tous, quelque soit son origine sociale, religieuse, ethnique ou de genre (tous libres et égaux en droits et devoirs)
  • Promouvoir un service ou éducation civique et réellement universel qui permette de brasser les populations (ouvert à tous sauf exception : hommes, femmes, avec ou sans handicap)
  • Organiser des conférences mixtes : profanes et FM

Pour finir une citation d’un frère, d’un économiste, Bernard Maris : « La concurrence n’améliore pas la concurrence. Elle ne va jamais vers plus de concurrence mais vers du monopole, de la rente, de la captation indue de valeur, du dol, du vol. Un industriel n’a qu’une envie : être en situation de rente ou de monopole, et d’information privilégiée. La preuve : si la théorie était vraie, si les entreprises étaient en concurrence, elles ne feraient pas de profits, elles seraient ric-rac, tout leur chiffre d’affaires passerait en coûts, de travail notamment. Or les profits des multinationales sont colossaux. Mirobolants. Il faut donc que, d’une certaine manière, ils captent indûment de la valeur, qu’ils soient en situation de rente. Il faut qu’ils organisent le brouillard, l’opacité, la rareté, la non-concurrence. Comment expliquer autrement leurs profits ? »

Propositions ou idées issues de la réflexion à mettre en exergue : Relocalisation de la production des biens de première nécessité et planifier.Plan massif d’investissement dans les hôpitaux publicsPlan de revalorisation de l’enseignementPromouvoir une République réellement socialePromouvoir un service ou éducation civique et réellement universel

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