Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

L’autre fléau qui frappe les personnes âgées : l’âgisme

Respectable Loge, Luz Atlantica, Orient de Las Palmas de Gran Canaria, Région 17 Sud et Loges d'Espagne

Mots Clefs : DépendanceDiscriminationInvisibilitéPersonnes âgéesVieillissement

Situation démographique mondiale

Avec l’âge, nous percevons notre propre vieillissement et celui des autres à travers les préjugés de la société vis-à-vis des personnes âgées, qui forgent notre inconscient. Ce sont ces idées reçues qui expliquent pourquoi, dans bien des cas, les personnes âgées font tout pour rester jeunes, ont honte de vieillir et finissent par s’emprisonner elles-mêmes au lieu d’éprouver un sentiment de satisfaction et de fierté légitime eu égard au flot de difficultés surmontées tout au long de leur vie. Cette situation touche le monde entier et s’intensifie à mesure que l’espérance de vie augmente. D’après l’OMS, les personnes âgées de soixante ans ou plus représenteront 34 % de la population en Europe et 25 % en Amérique latine, aux Caraïbes et en Asie en 2050. Quant à l’Afrique, qui possède la structure démographique la plus jeune du monde avec 46 millions de personnes de plus de soixante ans en 2015, elle en comptera 147 millions en 2050[1].

L’âgisme : de quoi s’agit-il et pourquoi est-il considéré comme une menace ?

L’âgisme est une forme de discrimination fondée sur l’âge qui affecte aussi bien les personnes jugées trop vieilles que trop jeunes. À l’inverse du racisme et du sexisme, avec lesquels il constitue aujourd’hui les trois principales formes de discrimination, l’âgisme touche l’ensemble de la population compte tenu de son caractère évolutif propre à toute l’Humanité. Dans le cadre de cette réflexion, nous nous limiterons toutefois aux personnes âgées, d’une part car ce sont les principales victimes et, de l’autre, parce que la discrimination fondée sur l’âge implique une vision préjudiciable aux personnes âgées, essentiellement dans le chef des autres groupes d’âge mais aussi de leur propre point de vue.

Cette vision se nourrit d’idées telles que la maladie, la dépendance ou la dégradation physique et mentale. Des reproches qui, bien souvent, ne correspondent pas à la réalité.

La cohabitation de plusieurs générations sous un même toit ayant peu à peu disparu, les personnes âgées, autrefois considérées comme les principales sources de savoir dans la société avant l’alphabétisation générale puis l’avènement de l’Internet, ont perdu ce rôle.

L’âgisme représente une menace pour trois raisons fondamentales. Premièrement, parce qu’il nuit à la santé et au bien-être des personnes âgées en affectant leur participation à la société à laquelle elles appartiennent. Deuxièmement, parce qu’il empêche l’élaboration de solutions adaptées au vieillissement démographique, en consacrant la majeure partie des ressources, déjà limitées, à d’autres pans de la population sur la base de critères qui relèvent davantage de l’âge que de la capacité à en tirer parti. Enfin, parce que la prévalence de la discrimination des personnes âgées est largement acceptée et n’est pas remise en cause par la société.

Toutes les cultures ont tendance à cataloguer les gens sur la base de concepts considérés comme des modèles stables, voire des stéréotypes, sans la moindre considération pour toute la complexité de l’espèce humaine. Au fil des ans, nous nous rapprochons de « l’invisibilité », un phénomène qui traduit l’indifférence progressive des jeunes par rapport à tout ce que leurs aînés peuvent encore leur apporter.

« Vieillir, c’est se retirer progressivement du monde des apparences », disait Goethe.

C’est un fait : ce sont les personnes âgées qui présentent le taux de handicap et de dépendance le plus élevé. De même, ce sont elles qui souffrent le plus de pertes et de difficultés qui minent leur santé et leurs réseaux de soutien social. Pour autant, la majorité des personnes âgées sont pleinement épanouies. Cette réalité vient contredire les stéréotypes sur les personnes âgées et la vieillesse largement répandus dans la société, tant auprès des jeunes que des adultes.

Il faut distinguer mythe et réalité[2] :

  • Mythe (M) : Les personnes âgées sont toutes pareilles.
  • Réalité (R) : Les personnes âgées constituent un groupe de population très diversifié où les différences sont très nombreuses d’un individu à l’autre.
  • M : Les personnes âgées sont malades, fragiles et dépendantes.
  • R : La majorité des personnes âgées sont indépendantes.
  • M : Les personnes âgées vivent dans l’isolement social.
  • R : La majorité des personnes âgées maintiennent une relation étroite avec leurs proches et amis.
  • M : La majorité des personnes âgées souffrent de déclin cognitif.
  •  R : On observe généralement une certaine déficience intellectuelle, mais elle n’est pas suffisamment grave pour entraver leurs activités quotidiennes.
  • M : Les personnes âgées sont dépressives.
  •  R : Les personnes âgées qui vivent dans la communauté présentent un taux de dépression inférieur à celui des autres tranches d’âge.
  • M : Les personnes âgées surmontent rarement les écueils inévitables liés au vieillissement.
  • R : La majorités des personnes âgées relèvent avec brio les défis de la vie.

Conclusions

Les personnes âgées ont une dignité. Elles ont le droit d’exiger une protection accrue en raison de leur vulnérabilité potentielle. Le manque de respect est la forme de maltraitance la plus blessante. La dignité personnelle des personnes âgées est bafouée à chaque fois qu’elles sont exclues des conversations, dépersonnalisées, infantilisées ou affublées de sobriquets au lieu d’être appelées par leur nom ou encore tutoyées sans leur consentement.

Les médias, les institutions et la culture populaire doivent modifier leur approche afin d’être plus à même d’identifier les difficultés auxquelles sont confrontées les personnes âgées au quotidien, d’encourager une réflexion stratégique à long terme, de favoriser la patience et la tolérance et de consacrer du temps à la promotion de la créativité et de la productivité.

Si les progrès scientifiques ne promettent pas encore la vie éternelle, ils ont permis à une population toujours plus nombreuse d’atteindre un âge avancé dont seules pouvaient rêver les élites par le passé. Gageons que de plus en plus de personnes âgées pourront, elles aussi, jouir de ce privilège à l’avenir. Tel devrait être l’un des défis de nos sociétés au lendemain de cette pandémie.


[1] Rapport de l’OMS de février 2018

[2] Revista de Enfermería. Junta de Castilla y León. Numéro 1, page 48. (2009).

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