Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

La souveraineté numérique

Respectable Loge, La-Ora-na, Orient de Papeete, Région 3 Afrique-Asie-Amériques-Pacifique-Océanie dite le Monde

Mots Clefs : Souveraineté

L’Europe, colonie numérique de puissances étrangères

Le livre blanc met en avant le constat de nombreux dysfonctionnements et anomalies, notamment dans la gestion et l’organisation de nos services publics, ainsi que des failles dans notre souveraineté scientifique, technologique et industrielle. L’Europe devient de plus en plus une colonie numérique des États-Unis et bientôt de la Chine.

La question à laquelle j’aimerais apporter des éléments de réponse est posée sous la forme :

– Comment résoudre la question de la « souveraineté numérique » ?

En liminaire, je note qu’en matière de souveraineté numérique, le GODF a une attitude contradictoire en imposant un document rédigé en Arial[1] qui est une police de « Microsoft ». En matière de souveraineté numérique, on a déjà fait beaucoup mieux !

Nous nous sommes accoutumés aux GAFAM. Beaucoup d’entre nous semblent croire qu’ils sont indispensables. Ces société privées et américaines ont copieusement pillé nos données et en savent plus sur nous que n’importe quelle agence de renseignement. Certains avaient peur de stop-covid, mais c’est absolument risible et ridicule par rapport à ce que Facebook et Google savent, avec votre accord.

Maintenant que nous sommes habitués, la place est libre pour les BATX qui, je le rappelle, viennent de Chine, grande démocratie devant l’Éternel. Ce n’est plus seulement notre vie privée qu’il faudra penser à préserver, c’est notre liberté. Faisons semblant de ne pas comprendre. Dormez tranquilles braves gens !

État des lieux, erreurs du passé.

La France et donc l’Europe, car nos destins sont liés, ont eu, il y a environ 50 ans, une occasion d’obtenir une certaine souveraineté numérique, grâce au projet Cyclades. Malheureusement le projet a été interrompu par les autorités (in)compétentes de l’époque et tout ce que les équipes de Cyclades avaient contribué à faire est allé enrichir le projet ARPANET des américains. Celui-ci est devenu « Internet ». Chacun peut vérifier facilement ce que j’avance ici mais je ne vais pas m’attarder car nous n’avons que deux pages. L’histoire récente est remplie d’autres tentatives se terminant par des échecs faute de soutien. Et je ne parle pas que du numérique. (Un autre bel exemple est l’avion spatial Hermès dans un autre domaine.)

Dans les années 1980, nous avions quelques fleurons de l’informatique en France, mais nous les avons laissé péricliter doucement. Et maintenant, il n’y a plus de concepteurs d’ordinateurs en France, d’ailleurs il y a bien des décennies que pas un électronicien n’y est plus formé.

Nous le savons tous, les géants de l’Internet posent des problèmes d’injustice fiscale, mais il y a également, entre autres choses, des problèmes d’ingérence dans le débat démocratique avec par exemple le scandale de Cambridge Analytica, mais c’est le plus connu, il y en eu d’autres.

Ils ont la même puissance numérique que certains états et détiennent les clés d’Internet.

Si nous continuons à les laisser faire en les regardant béatement, nous sommes complices.

Souvenons-nous que M. POUTINE a dit récemment que le pays qui sera leader dans le domaine de l’I.A. dominera le monde. Dans sa bouche, le propos est glaçant, n’est-ce-pas ? La Russie également est sur le pied de guerre… Nous le savons tous.

Vous croyez vraiment qu’il faut améliorer la bougie quand d’autres perfectionnent l’électricité ?

Choisissez votre camp !

Ne croyons pas que ce combat est perdu d’avance. Ce sont nos comportements et nos usages qui peuvent inverser la tendance. N’oublions pas qu’on nous demande de parler de demain, pas d’hier ni d’aujourd‘hui. Un Franc-Maçon n’est pas fataliste, nous avons un rôle à jouer, du moins, je veux le croire.

La sénatrice Catherine Morin-Desailly dit récemment qu’à défaut de changements majeurs de sa stratégie industrielle et politique pour le numérique, l’Europe pourrait devenir une « Colonie numérique de deux autres continents ». Est-ce vraiment ce que nous voulons, nous, Franc Maçon, soi-disant épris de liberté ?

Le fatalisme n’est pas une option.

Pour se désintoxiquer des services soi-disant indispensables des géants du numérique, il faudrait commencer par dégafamiser nos vocabulaires.  (Par facilité, on entend trop souvent « Powerpoint » pour diaporama, « Googueuliser » pour rechercher, etc.). Le changement de vocabulaire est symbolique et ici on aime les symboles, mais ça ne suffira pas. Utilisons des moteurs de recherche qui respectent notre vie privée, dont deux au moins sont français : Qwant et Lilo. Ils ne sont pas parfaits, mais plus nous les utiliserons plus ils s’amélioreront. Cessons d’utiliser les services de ceux qui veulent s’accaparer nos données, nos sociétés, et même nos cultures. Protégeons vos vies privées. Nous en avons la possibilité. C’est à la portée de n’importe quel utilisateur de base, alors agissons ! La seule solution viable pour ne pas avoir à partir de zéro est d’utiliser des logiciels libres. C’est la condition ”sine qua non” de la reconquête de notre souveraineté numérique. Cette idée a fait l’objet d’une publication du CESE en mars 2019 dans un avis intitulé ”Pour une politique de souveraineté européenne du numérique”. [2] Mais depuis de nombreuses années, de nombreux autres organismes, à de nombreuses reprises, en ont fait autant.

Ne soyons pas simples spectateurs de la révolution technologique en cours. Soyons en acteurs avant qu’il ne soit trop tard. Chacun doit faire sa part.

Et si nous pensons que certains de ces logiciels libres ne sont pas assez efficaces, nous avons le pouvoir de les améliorer, soit en développant nous même si nous en avons les compétences, soit en aidant financièrement les fondations qui portent ces projets.

Rappelons-nous que libre ne veut pas dire gratuit. Nous pouvons utiliser gratuitement Linux, Thunderbird, Firefox, libreoffice, par exemple, mais il n’est pas interdit de donner si nous le souhaitons et le pouvons. Leur code source est « auditable » et modifiable à volonté.

Beaucoup d’initiatives dans ce domaine sont privées. Les gouvernements ont beaucoup de mal à joindre le geste à la parole, mais j’ai envie d’évoquer le projet franco-allemand et encore flou « d’infonuagique » (Cloud computing en anglais) Gaia-X. Jusqu’où cette belle idée ira-t-elle ? Et que deviendra-t-elle ?

Des circulaires ministérielles sont diffusées régulièrement pour favoriser les logiciels libres. Et pourtant, dans le même temps Microsoft prolonge avec la marine nationale française un contrat dit « open bar ». Belle contradiction et succès d’un énorme lobbying, alors que depuis près de 15 ans, la gendarmerie nationale a largement démontré qu’on peut travailler avec un système GNU/Linux. A titre personnel, je travaille sur une infrastructure informatique très sensible reposant sur Red Hat, CentOS et d’autres logiciels et systèmes libres. La preuve que c’est possible !

En Europe, deux belles initiatives viennent de se rejoindre. Le projet Eelo[3] (système d’exploitation pour ordiphone visant à remplacer Android et IOS tout en respectant la vie privée) vient de rejoindre le groupe « Fairphone »[4] construisant des ordiphones aussi propres que possible, veillant à respecter le plus possible les normes sociales et environnementales.[5]

La souveraineté numérique devrait nous aider à nous affranchir des lois américaines dont le très discutable « CLOUD Act »[6] et à faire respecter en Europe les lois européennes sur la protection des données.

Nos pays riches envoient leurs DEEE dans des décharges africaines ou indiennes alors qu’au moins une partie des métaux rares contenus dans les composants sont réutilisables.

Nous sommes coupables vis à vis de ces pays que nous polluons, nous tous, quand nous changeons nos téléphones ou nos téléviseurs. Qu’on ne vienne pas me dire que les chinois ont tous les métaux rares. Ces matières premières sont dans nos déchets, dans les décharges des pays pauvres et des gamins s’empoisonnent avec. Certes, le recyclage est très compliqué mais pas impossible.

Vous l’aurez compris, si on veut retrouver notre souveraineté numérique, il faut cesser de céder à la facilité et aux sirènes du jetable. La mondialisation a du bon quand il faut partager les connaissances, mais ce partage ne doit pas nous enfermer dans une dépendance.

 Il est indispensable que chaque utilisateur s’empare des compétences de base suffisantes pour comprendre les enjeux et agir pour plus préserver la démocratie, la liberté, l’égalité et la fraternité.


[1]          https://fr.wikipedia.org/wiki/Arial

[2]          https ://www.lecese.fr/travaux-publies/pour-une-politique-de-souverainete-europeenne-du-numerique

[3]          https://e.foundation/?lang=fr

[4]          https://www.fairphone.com/fr/

[5]          https://e.foundation/quitter-apple-et-google-installateur-e-os-en-beta-pre-commandez-votre-fairphone-3-avec-e/?lang=fr

[6]               https://fr.wikipedia.org/wiki/CLOUD_Act

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