Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Investir dans le capital humain

Respectable Loge, Fraternité Caraïbe, Orient de Basse-Terre, Région 1 Antilles - Guyane - Caraïbe

Mots Clefs : AutonomieCapital humainContrat socialDémocratie sanitaireFormation citoyenne

Les enseignements du Coronavirus

La pandémie virale a appris à la France et confirmé à la Guadeloupe le danger de la dépendance à l’étranger. Ne produisant pas (ou plus) de médicaments ou de masques, on a expérimenté avec intensité les rivalités et les surcoûts de la concurrence sauvage sur les approvisionnements, la soumission aux situations de monopole.

Quand la santé est menacée, les individus et les sociétés sont menacés. La précarisation se généralise, et la dépendance aux aides financières s’accroît. La Covid a prouvé ainsi les limites de l’individualisme des chantres de l’hyper libéralisme, et mis en avant la réalité des interdépendances, la nécessité des solidarités. L’état d’urgence sanitaire et le confinement nous ont rappelé qu’il est parfois nécessaire de restreindre sa liberté personnelle pour survivre collectivement. Mais ils nous ont aussi montré que la citoyenneté c’était participer et adhérer à un but commun, dont chacun détient une part de responsabilité, de maîtrise. D’autocontrôle.

Plus qu’un débat sur les aliénations individuelles acceptables dans l’intérêt collectif, la Coronavirus a profondément questionné la relation à l’autre. L’autre, qu’il soit proche ou étranger, est potentiellement porteur de la maladie et de la mort, sans le savoir. Tout autre, connu ou croisé, peut donc être dangereux, mais aussi chacun peut être dangereux sans le savoir, et être mortel pour l’autre proche ou de passage. La rencontre des autres ne pouvant être évitée durablement, la seule solution est de se protéger réciproquement. Chacun doit être le gardien de l’autre, chacun dépend de l’autre, tous doivent se préserver. Le masque bien porté est devenu le lien visible d’un nouveau contrat social.

ll a fallu penser la société moins en termes économiques et plus en termes humains, et donc santé. Les voisins se sont entraidés et ont développé des solidarités de proximité, des soignants de la réserve sanitaire se sont portés volontaires.

Nous sommes dépendants les uns des autres en tant qu’individus, et comme collectivités. La Guadeloupe a bénéficié de l’aide nationale, et la France a bénéficié de l’aide européenne. L’isolement insulaire de notre archipel l’a coupé de son environnement caribéen et d’un territoire national pourvoyeur de ses approvisionnements. Ceci ne nous a rien appris sur la vulnérabilité structurelle d’une économie de transferts, coupée de ses voies de fournitures habituelles, et se retrouvant isolée, sommée d’être auto-suffisante sans en avoir les moyens. Incapables d’appliquer des consignes salvatrices, comme nous laver les mains alors que nous avons toujours de longues coupures d’eau !

Investir et développer

Il est prioritaire d’investir dans le capital humain. Mais pour cela, il faut aussi investir dans le développement durable, économique, écologique et social. Pour se protéger et protéger l’autre, pour être des citoyens responsables, nous devons être des citoyens bien informés, ce qui impose de réduire la « fracture numérique » actuelle. Car comment développer les liens sociaux, les téléconsultations médicales, les visioconférences, télé-enseignements et autres « webinaires » sans un internet à haut débit, accessible partout, et au même prix que celui offert à nos concitoyens hexagonaux ? La société de l’après COVID repose sur la nécessité de protéger l’autre, car on est toujours incertain de soi, et le salut de tous nécessite que l’on s’impose des restrictions. Être le gardien de l’autre est donc le nouvel état d’esprit qui devrait animer notre relation à la communauté. Mais elle nous renvoie à la nécessité de renforcer notre autonomie, individuelle et collective. Il faut être prêts à exercer plus de responsabilités plus de maîtrise sur son destin, et réussir un défi : préserver et développer le capital humain commun. Faire de l’égalité et de la fraternité des réalités.

Propositions concrètes

Globalement, la créativité et la réactivité de tous doit être encouragée et structurée.

Dans les régions : il faut penser l’autonomie en préservant et valorisant les savoirs, les savoir-faire, les outils disponibles, et en organisant la subsidiarité, c’est-à-dire la gradation des soutiens.

il faut de plus anticiper les besoins logistiques pour répondre à toute crise, sanitaire, météorologique ou sismique, en pré-positionnant des moyens de secours, en développant les possibilités de solidarités de proximité. Ces moyens logistiques doivent inclure, outre des hôpitaux performants, l’accès pour la population à des produits de qualité : des masques conformes, des solutions hydro alcooliques aux normes, les médicaments nécessaires, etc. Il faut aussi réduire la fracture numérique en développant l’accès à de l’internet à haut débit à coût modéré.

Au niveau international, la mondialisation de la santé (surveillance sanitaire, vaccination, accès aux médicaments) doit être développée pour faire face à la mondialisation des virus

A tous les niveaux de la société : promouvoir un nouveau contrat social, consistant à prendre soin de l’autre qui doit prendre soin de moi. La loge, espace d’expérimentation de la fraternité et de la solidarité, est la matrice de ce qui devrait devenir universel en se développant dans la société.

L’investissement dans le capital humain pourrait passer par l’instauration du Revenu universel d’existence, attribué sans condition à tout citoyen pour son autonomie. La Guadeloupe pourrait l’expérimenter. Toute l’économie doit se centrer sur l’humain, sur une humanité unique, diverse, privilégiant éducation, justice, santé, services publics comme axes prioritaires du développement.

Le contenu de l’éducation doit insister sur la formation citoyenne, au travers de matières comme « l’instruction civique », pour développer le sens de la responsabilité, de la solidarité, à travers la promotion des droits et devoirs de chacun. Face aux enjeux de santé, l’éducation pour la santé doit y avoir une place importante, incluant une véritable pédagogie de l’hygiène et du masque. Le système éducatif ne peut porter seul ces objectifs et la participation des familles doit être encouragée. Les familles fragilisées nécessitent un soutien à la parentalité, le sens de la responsabilité dépendant de repères sociaux clairement énoncés et respectés, portés par une autorité reconnue.

Les citoyens, usagers de la santé, doivent être renforcés dans leur prise de pouvoir sur leur santé individuelle et collective. C’est l’objet d’une véritable démocratie sanitaire, qui reste encore trop virtuelle. Les outils d’appropriation de la démocratie sanitaire existent, mais doivent être développés, comme les Conseils Locaux ou Territoriaux de santé ou les Conseils locaux de santé mentale, et avoir plus de poids dans les décisions, aux côtés des spécialistes et des élus.

La COVID a obligé la société à expérimenter de nouveaux modèles, mais il convient de transformer l’expérience vécue et subie en modèle maîtrisé. Le monde d’après exige plus de solidarité, de responsabilité, d’exemplarité. La justice aura toute sa place pour énoncer les responsabilités, et questionner l’exemplarité attendue des élus : l’abstention fautive face aux dangers vitaux relève d’une complaisance coupable.

Nouveau contrat social : responsabilité, fraternité, solidarité, développement durable

Nouvelles organisations : autonomie, régionalisation, subsidiarité 

Anticiper les besoins logistiques et réduire la fracture numérique ;

Investir dans le capital humain et expérimenter le revenu universel d’existence ;

Éduquer : formation citoyenne ;

Prévenir et participer : démocratie sanitaire

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