Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Faire l’économie du temps de travail pour une société du temps libre

Respectable Loge, Clarté, Orient de Paris, Région 11 Paris 1

Mots Clefs : ÉmancipationOisivetéRedistributionTemps libreTravail

Ordo Ab Chao ou comment faire société

Voilà 30 ans que l’on nous répète que le monde change. 30 ans que l’on nous vante les valeurs néo-libérales d’un nouveau monde. Et puis, le monde a fini par vraiment changer, d’un coup, sans prévenir. Nul besoin de crise financière pour renverser un modèle en crise, un virus suffit. Un virus apolitique, adogmatique et sans appartenance de classe sociale. Un virus qui a exploité les faiblesses de son hôte pour en indiquer les failles. Et surtout un virus à notre image, celle d’une industrialisation mondialisée de nos vies, et de notre manière de les préserver.

Dans un contexte d’urgence sanitaire digne d’un autre siècle, la capitalisation des entreprises, la globalisation des échanges, la mondialisation des marchés, la privatisation des services publics et la société de consommation ont découvert les limites de ce modèle économique. Alors non, en effet, tout n’était pas mieux avant. En revanche, tout doit être mieux « Après ». C’est ce à quoi nous œuvrons en tant que Francs-Maçons.

Le monde a l’opportunité de faire naître l’ordre au milieu du chaos, de dépasser le fait de société pour véritablement faire société. Le mythe du progrès économique doit laisser place à une démarche progressive de la société. Une société soucieuse de l’équilibre des écosystèmes, respectueuse de son Humanité, indépendante de son économie.

Une définition de la société qui va au-delà de la définition de son économie

Consultants, éditorialistes et économistes se sont transformés en penseurs d’« Après ». Certains voient « le monde d’après » comme une nouvelle variable de causalité sur laquelle agir pour maintenir le système en place. D’autres considèrent « le monde d’après » comme la conséquence d’un système dont la société ne veut plus. Dans le premier cas, le monde d’après sera le nouveau mythe néo-libéral du XXIème siècle. Dans le second, il sera un levier permettant de redéfinir un modèle économique en adéquation avec un modèle de société plus enviable.

Redéfinir une société productiviste qui doit faire face à ses paradoxes. D’un côté, un productivisme qui répond aux besoins fondamentaux de l’Homme en assurant de meilleures conditions de vie. De l’autre, un productivisme qui détruit la biodiversité, augmente les inégalités sociales et finit par se retourner contre l’Homme.

Redéfinir une société de consommation qui s’est résolue à une consommation de la société. Quelle ironie de constater une économie en récession car chacun ne consomme plus que ce dont il a seulement besoin. À huis clos, il n’était pas utile de « posséder » plus que le nécessaire pour « être » aux yeux du monde. La mobilité digitale permise par l’e-commerce n’a pas compensé l’absence de mobilité physique pour les besoins non nécessaires.

Redéfinir une société libérale avec un juste équilibre entre la liberté d’entreprendre et le service de l’intérêt général. Certaines grandes entreprises telles que L’Oréal, LVMH, Coca Cola Company, Orange, Pernod Ricard ou encore Décathlon ont fait preuve d’une solidarité « exceptionnelle » en transformant leur industrie, leur logistique, leurs produits, leurs services, ou encore leur contribution à la vie publique. Reste alors à transformer l’exceptionnel en structurel, pour les acteurs de l’économie comme pour la société qui les fait prospérer.

Redéfinir une société de symboles et d’images qui a assisté au désenchantement de son imaginaire publicitaire. La publicité, vecteur de l’image des marques représente la partie émergée de l’iceberg que sont les entreprises. Le confinement généralisé a fait apparaître une dissonance majeure entre le monde projeté des publicités et le monde réel des individus confinés. Cette fracture symbolique doit nous faire réfléchir à de nouveaux symboles porteurs de progrès social dans la culture publicitaire et plus globalement dans la culture des entreprises.

Redéfinir une société dans sa globalité avec le retour à une politique économique de proximité, à commencer par la relocalisation de nos productions dans les industries les plus essentielles, notamment les secteurs agro-alimentaires et pharmaceutiques ; la reconstruction de notre système de santé en redonnant les infrastructures nécessaires à l’hôpital public ; la refonte des bases de notre système éducatif en sollicitant des vocations tant humaines que professionnelles ; la réinvention de la solidarité entre les peuples et les individus au-delà des intérêts économiques des pays qui les gouvernent.

Vers une nouvelle économie du temps de travail et du temps libre

Face à l’inactivité forcée des salariés en situation de confinement, le dispositif de chômage partiel mis en œuvre par le gouvernement avec une indemnisation à environ 80% du salaire net doit nous interpeller quant à notre rapport au travail et à la productivité économique.

Sur le plan sociétal, les individus ont pu expérimenter un nouveau rapport au travail. Le chômage partiel leur a permis de découvrir que la capacité à subvenir aux besoins existentiels pouvaient être pris en charge par l’Etat, et non pas par leur employeur, et ce, en contrepartie d’une improductivité volontaire. Durant le confinement, chacun a pu expérimenter à nouveau le temps libre, le temps pour soi, le temps pour l’autre, le temps pour l’oisiveté, le temps pour la curiosité, le temps pour la vie culturelle, le temps pour se former, le temps pour cuisiner soi-même, etc.

Ce rapport au temps libre questionne notre rapport au travail, notamment quant à ses dérives lorsque le travail accapare, fatigue, abîme, et plus globalement réduit l’Homme. En visionnaire, dans le prologue du dernier homme, Nietzsche disait « On travaille encore, car le travail est une distraction. Mais l’on veille à ce que la distraction ne débilite point. » Le confinement prolongé a donné à voir à chacun toute l’étendue des possibles en termes de temps libre et d’élévation individuelle. Le déconfinement brutal a donné à voir toute l’emprise du travail sur le temps libre et la réduction immédiate de nos capacités à nous élever.

Le fait que certains aient davantage mal vécu le déconfinement que le confinement tisse un lien entre la difficulté à retourner au travail et la difficulté à retourner dans la société. Certains ont expérimenté le syndrome de la cabane et les dépressions psychologiques qui lui sont associées entraînant des arrêts maladie. D’autres ont entamé une quête de sens sur le plan professionnel, entrainant des démissions. D’autres ont anticipé celle-ci en profitant du confinement pour démarrer une nouvelle activité, plus épanouissante et indépendante.

Sur le plan économique, la question du travail « Après » semble alors inhérente au bien-être et à l’émancipation des individus qu’il permet. Le modèle économique doit réfléchir à un nouveau rapport au travail et à la condition humaine des individus au-delà du cadre strict dans lequel il s’effectue. La solution va au-delà d’un maintien des 35 heures hebdomadaires, bien au-delà même du respect du triptyque des 8 heures de travail, 8 heures de loisirs, 8 heures de repos.

A très court terme, la question du temps libre et du temps de travail se posera à nouveau. Mais elle sera cette fois-ci subie. Les « plans de départs volontaires », autrement dit les licenciements massifs des entreprises s’annoncent nombreux. Le chômage ne sera plus partiel mais total et l’indemnisation ne sera plus autant soucieuse du niveau de vie de ses bénéficiaires. La crise sanitaire liée au Covid-19 a accéléré la raréfaction progressive du travail et dessine une nouvelle crise économique et sociétale violente.

Cette crise peut être résolue par une nouvelle approche symbolique du travail en lui redonnant sa juste proportion dans la vie des individus, en lui redonnant sa vertu d’élévation individuelle et sociétale, en lui redonnant sa raison d’être : contribuer à une économie saine qui équilibre la production et la consommation des hommes au regard des ressources dont ils disposent et du monde qu’ils transmettent.

Cette crise pourrait enfin être résolue par une approche politique, en mettant en place un Revenu Universel Inconditionnel dans le cadre d’une redistribution du travail plus égalitaire et ainsi fournir à chacun selon ses besoins. Ces quelques initiatives économiques et sociétales porteuses d’avenir et d’espoir doivent nous éclairer sur notre capacité à redéfinir l’Après à la clarté d’un nouveau jour.

Dès lors, on est en droit de se demander : Quelle place le travail doit-il avoir dans nos vies et dans l’économie ? Quel équilibre au sein de l’économie entre les revenus du travail et ceux de la finance ? Comment organiser une répartition plus juste du travail entre les hommes ? entre les âges ? entre les territoires ? Comment distinguer l’inactivité de l’oisiveté ? Comment permettre aux Hommes de contribuer à la société autrement que par le travail ? Comment la mise en place du Revenu Universel Inconditionnel peut-elle redonner toute sa vertu au travail en élevant les individus ?

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