Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Donner une nouvelle actualité à l’esprit des Lumières

Respectable Loge, Les Trois Globes, Orient de Berlin, Région 4 Champagne - Ardenne - Alsace - Lorraine et Loges d'Allemagne

Mots Clefs : CitoyennetéCommunautarismeEuropeIdentitésLaïcité

Un édifice si fragile

Dernière étape de la construction européenne, le Traité de Lisbonne est entré en vigueur le 1er décembre 2009, incluant la Charte des droits fondamentaux du traité de Nice de 2000,

Le Traité de Lisbonne reprend la définition de la liberté de conscience de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, signée exactement depuis soixante-dix ans (en 1950) par les 47 membres du Conseil de L’Europe, Turquie comprise. La Cour européenne des droits de l’Homme est garante de son application et ce qui est applicable aux États membres (27 désormais et non plus 28 avec le départ du Royaume-Uni) l’est désormais aussi à l’Union européenne en tant qu’entité.

Quels seraient les facteurs réels ou fantasmés des menaces d’une déconstruction de ce consensus européen assez exceptionnel, faisant suite à la déclaration universelle des droits de l’homme des Nations-Unis de 1948, sur « la liberté de pensée, de conscience, religion » ? Le fragile édifice de notre « vivre-ensemble » pourrait bien en effet reposer sur ce triptyque, expression d’un idéal laïque partagé par tous.

Parmi ces facteurs de déstabilisation, il faut privilégier une immigration exponentielle issue elle-même de conflits locaux mondiaux. Il n’existe pas de politique migratoire européenne commune sinon celle d’un durcissement vis-à-vis d’une entrée massive des migrants alors qu’une intégration de nouveaux arrivants reste possible à condition de leur acceptation des règles fondamentales communes aux Européens.

Une crise aggravée par les effets de la Covid-19

La crise européenne a certes été aggravée par les effets de la Covid-19 mais aussi par les relations compliquées avec la Turquie et la Russie. Et si l’ennemi était à l’intérieur ?

La démocratie et les droits de l’homme ne sont-ils pas remis en cause par la Hongrie, la Pologne au nom de traditions religieuses, historiques, culturelles, voire économiques et sociales ? Le passé de conflits récents à moitié résolus resurgit avec force comme celui des Balkans lors du fait divers récent, une jeune fille bosniaque tondue par sa famille pour avoir voulu se marier avec un chrétien serbe. Les causes des intolérances sont diverses et entremêlent des assignations identitaires liées à l’ethnie, la croyance religieuse, la culture, à des regroupements entre communautés dans des quasi-ghettos. N’oublions pas non plus le passé antisémite de l’Europe, toujours prêt à se manifester à nouveau et, plus récemment racisme et homophobie décomplexés, alimentés tous les deux par l’extrême droite.

Comment trouver en la protection de la liberté de conscience ainsi que dans le combat contre ce qui lui fait obstacle, le moyen de reconstruire un « vivre-ensemble » européen malmené ou, plus radicalement, les fondements d’une future citoyenneté européenne ?

Au contraire de l’idée, avancée un temps, d’un patrimoine unique de l’Europe, l’histoire de celle-ci est foncièrement multiculturelle, ce qui constitue sa grande richesse. Encouragées par le déclin de l’idée universaliste, les identités « imaginées » tendent malheureusement à se transformer en communautarismes. La prévention de la tentative des « communautés » d’imposer leur loi particulière passe par le refus de l’engrenage de violences qui l’emporte sur une relative impuissance de la police et sur la défaillance de l’autorité de l’état de droit.

La crise sanitaire n’a fait qu’aggraver un risque d’affrontements qui n’est pas lié à des raisons économiques, ni même à des revendications de liberté ou d’égalité, mais à des intolérances vis-à-vis de l’Autre. Il s’agit pour ces nouveaux réactionnaires d’imposer leurs propres croyances, et à ce propos, il faut prendre en compte le rôle très important de diffusion et d’amplification que peuvent jouer les fake news propagées par les réseaux sociaux.

La définition de la liberté de conscience, à l’égal de celle de la laïcité, peut être ambiguë et doit être précisée, les croyants ayant tendance à l’assimiler à la liberté de leurs seules foi, croyances et pratiques.

Saisie par des particuliers, la Cour européenne des droits de l’homme a tranché en faveur de la laïcité en laissant néanmoins à chaque état le soin de « l’adapter » à sa propre législation. Revenons aux fondamentaux de l’Esprit des Lumières. La reconstruction d’un « vivre-ensemble » qui s’appuie sur la laïcité est inséparable de l’injonction kantienne : « sapere aude », préalable à l’émancipation de chacun.

L’esprit de ce chantier est facteur de résilience et de tolérance aussi bien que d’union « sur les plus hautes valeurs morales » dans l’idée de défendre le bien commun. Il repose sur le principe fondamental de confiance en la raison humaine et en sa liberté de penser et d’agir. C’est évidemment l’objet d’un long processus, jamais clos, mais auquel, en tant qu’esprit éclairé, on ne doit pas renoncer.

Il est par conséquent temps de revitaliser l’histoire intellectuelle et culturelle de l’Europe marquée par l’esprit des Lumières en lui donnant une nouvelle actualité. Dans le même temps, il est essentiel de conserver une vigilance extrême pour défendre la liberté de conscience contre de nouvelles pratiques, notamment numériques, qui aboutissent à un refus de la raison au profit de l’acceptation de la croyance et réaffirmer la nécessité de la formation de son jugement propre, ce qui conforte l’idée de préserver la construction d’une éthique personnelle.Reconnaître et encourager le rôle particulier et essentiel du G\O\D\F\ engagé avec les autres obédiences adogmatiques dans la défense de la place de la laïcité dans nos institutions nationales et dans le fonctionnement des institutions européennes.

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