Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Distanciation physique et sociale : plus de contact

Respectable Loge, Les Enfants de Gergovie, Orient de Clermont-Ferrand, Région 5 Centre

Mots Clefs : CrisePandémie

L’épidémie virale actuelle et les règles de distanciation sociale (on devrait plutôt dire distanciation physique) nous imposent une perte du contact tactile.

L’avènement de la socialité sans corps, les contacts virtuels et distants par écran interposé, génèrent une souffrance silencieuse avec la disparition de la tendresse.

En effet, le contact corporel est considéré comme essentiel pour l’humain. Le toucher serait le premier lien d’appartenance entre les êtres humains, bien avant le langage.

Selon le philosophe Bernard Andrieux, le toucher nous constitue en tant qu’être humain depuis les premiers soins à l’accouchement, jusqu’aux attachements familiaux, amoureux, et professionnels.  D’après une autre étude américaine de 2014 (Université de Pittsburgh), les accolades et embrassades auraient un rôle protecteur en développant une capacité de défense vis-à-vis des attaques virales. Alors cette privation de contact, de présence physique, exposerait à un risque de dérive, glissement. Phénomène que nous rencontrons souvent chez les personnes âgées éloignées de lors domicile et de leurs proches, à l’hôpital, dans un EHPAD.

Le fait de pouvoir se tapoter les épaules (3 fois !), serrer les mains d’un ami, embrasser son frère, tout cela compose le sentiment de réassurance par le lien social. Surtout dans la société actuelle devenue très « visuelle ». Le contact physique ritualisé créé une sécurité relationnelle essentielle, quel que soit l’âge.

Dès le berceau, les bébés dorlotés et câlinés ont un développement cérébral plus important, sont moins vulnérables au stress, et développent plus de récepteur à la sérotonine (« neuro médiateur du bonheur »)

Cette barrière invisible nous oblige, peut être durablement, à adopter un contact ou une relation qui n’est plus tactile mais qui devient électivement visuelle (on devine bien que ce changement de relation ne peut pas s’opérer chez les mal ou non-voyants).

Une nouvelle fois, notre société, qui vit et entretient beaucoup de relations avec les réseaux sociaux, interdit la relation physique, même visuelle, non limitée au visage. Le langage du corps apporte plus de sens ou d’information (posture, engagement, retrait, marche, salut maçonnique…)

CORONAVIRUS et distanciation sociale : épidémie de solitude ?

La vie en bonne santé exige des contacts multiples et de faire confiance à l’autre rappelle, dans une tribune au « Monde », l’économiste Eloi Laurent, qui tire déjà des enseignements pour le monde de l’après-coronavirus. Le confinement strict et prolongé de plusieurs centaines de millions de personnes à travers le monde est une expérience humaine sans équivalent dans l’histoire. Il y aura certainement des enseignements à tirer des longues semaines d’enfermement collectif, mais il faut reconnaître que cette « société du sans contact », se présente comme un contre-modèle social, dont les principes d’organisation sont aussi rassurants et convaincants que les commandements d’Océania, dans 1984 : « La guerre c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force. »

La santé, c’est l’isolement. Pour notre bien individuel et collectif, l’épidémie nous impose d’être reclus, car acquérir une immunité contre ce satané virus, nous obligerait à nous contaminer, et prendre le risque de mourir. C’est le contraire exact de ce qui se passe habituellement. Comme le montre bien l’expérience sanitaire de la crèche collective pour des enfants âgés de quelques mois à peine, la socialisation biologique est un précieux atout qui permet de construire l’immunité à long terme et dont les effets bénéfiques apparaissent dès la deuxième année d’existence. A l’inverse, l’isolement social conduit à des pertes d’espérance de vie. Des travaux récents, présentés au congrès de l’Association américaine de psychologie à l’été 2017, montrent que, selon 148 études sur le sujet couvrant 300 000 participants, le risque de mortalité prématurée augmente de 50 % du fait de l’isolement social. Les études de l’Insee confirment que, en France aussi, la solitude tue. De ce point de vue, le confinement et la « distanciation sociale » vont aggraver l’épidémie de solitude déjà à l’œuvre, notamment en France.

La méfiance, c’est le bien-être. La coopération sociale, clé de la prospérité humaine, suppose la confiance, c’est-à-dire le risque calculé de l’interaction avec celles et ceux qui n’appartiennent pas au premier cercle de la famille ou du clan. Faire confiance, c’est traiter l’autre comme un possible allié. Nous faisons tous les jours, actuellement, l’expérience inverse, en considérant l’autre comme un ennemi potentiel qu’il faut contourner et tenir en respect. A l’échelle de l’Union européenne, où la fermeture des frontières tient lieu de réaction commune, la concurrence virale prenant naturellement le relais de la concurrence fiscale et sociale. Il sera donc capital, dans la société du contact retrouvé, de réapprendre le sens du bien-être collectif, au fondement des premières lois sur la bien nommée protection sociale à la fin du XIXe siècle, protection si précieuse aujourd’hui.

Le civisme, c’est l’obéissance. Nous devons accepter des restrictions importantes de liberté au nom d’une solidarité qui a été affaiblie par l’abaissement de nos protections collectives depuis des années.

 Il est donc particulièrement mal venu de dénoncer l’incivisme supposé des gouvernés, spécialement à Paris, ville en état de choc permanent depuis 2015, dont la population mise à rude épreuve par les grèves massives de transport de l’hiver, tient, pour l’heure, remarquablement le coup. (Mea-culpa)

De même, le registre lexical de la guerre, utilisé en France par notre Président, est inutile et dangereux, tant il est vrai qu’on fait toujours la guerre contre quelqu’un, jamais contre quelque chose. Il paraît tout aussi illusoire de penser que la mise aux arrêts d’une partie substantielle de l’humanité préfigure la transition écologique. La transition n’est pas une prison et l’autoritarisme politique appuyé sur le séparatisme social ne peut tenir lieu de politique durable. On voit d’ailleurs que les mesures de rationnement peuvent être nettement plus inégalitaires que les politiques de taxation ou d’incitation. Une politique éco-écologique de sortie de crise, avec une vraie émancipation du commerce locale, une « constitutionnalisation » de la transition écologique et de l’énergie renouvelable. Le confinement nous montre que la diminution de la pollution massive et brutale est réalisable, mais doit être envisagé sans privation de liberté et en accord avec un minimum de rationnel économique. La société du « sans contact » apparaît donc sans avenir, il faut espérer en sortir au plus vite pour mettre en application la leçon la plus utile de ce début de crise, qui est aussi la plus universelle : l’Etat providence est l’institution stratégique du XXIe siècle. Mais il fallait être président de la République française pour l’avoir oublié !

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