Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

De quoi sommes-nous riches ?

Respectable Loge, Les Enfants de Gergovie, Orient de Clermont-Ferrand, Région 5 Centre

Mots Clefs : HumanistePhilosophie

Riches de quoi ?

C’est quoi la richesse ? La pauvreté ? Si je donne 20 euros à un mendiant suis-je moins riche ? Est-il moins pauvre ? Entre Jeff Bezos et un SDF, qui est le plus riche ? Des 10 pour cent de personnes qui possèdent 90 pour cent des richesses de l’humanité et les 9 milliards d’humains restants, qui sont les plus riches ? La richesse est généralement associée à l’argent mais se réduit-elle à cela ? Au-delà de l’argent, du prix des choses, qu’est ce qui est important dans nos vies ? L’homme est la mesure de toute chose. Il observe, évalue et compare. Que valent nos avoirs, que valent nos vies ? Que sont nos richesses ?

L’opportunité d’une prise de conscience

Pourquoi cette question aujourd’hui ? Par la menace de pertes ! De la vie, de notre santé de nos emplois, de notre liberté et de nos avoirs. La crainte de perdre est devenue un leitmotiv. Un besoin pressant de sécurité mène le monde. Depuis le Léviathan de Hobbes, l’homme confie aux États cette légitimité de nous protéger : leurs missions sont là !

La vie est risque. Dès notre naissance et même avant, nous sommes soumis à l’incertitude. Nul regard, nul observateur ne sait ce qui va se passer. Ne pas savoir expose à la fois à l’espoir du bien mais aussi au gémissement du mal qui pourrait nous arriver. « L’optimiste est un pessimiste mal informé ». Chacun selon son vécu et sa culture oscille entre ces deux attitudes.

Depuis l’origine de la philosophie, on s’interroge sur le bonheur, sur l’art d’être heureux « le bonheur, c’est quand on n’est pas malheureux. C’est la possibilité que la joie arrive » dit le philosophe André Comte Sponville qui n’a rien d’un rigolo. « Il y a des choses qui dépendent de nous ; il y en a d’autres qui n’en dépendent pas » dit Épictète dans son Manuel. Dans celles qui ne nous appartiennent pas vraiment, ce sont notamment le corps, la richesse, la célébrité, ou encore le pouvoir. Dans celles qui nous « appartiennent » : ce sont notamment les jugements, les tendances, les désirs, les aversions. Notre regard sur notre situation est donc essentiel.

Pourtant, celui qui a eu faim sait que le bonheur c’est simplement de pouvoir manger, de satisfaire ces besoins, voire ses désirs. De quoi sommes-nous riches ? De nos avoirs ? « D’abord la bouffe, la morale ensuite ! » selon Brecht dans l’Opéra de quat’sous. Ventre affamé n’a pas d’oreille. Notre bien le plus précieux, quel est-il ? Aujourd’hui comme dans d’autres crises de nos vies que nous avons traversées, c’est l’occasion de penser, de se rendre compte de nos avoirs : la santé, la sécurité, l’emploi, l’eau, l’air pur. Malheureusement, c’est souvent quand on ne l’a plus que l’on se rend compte de l’importance de ce qui vient de nous quitter alors que précédemment on n’en avait pas connaissance. Cette molaire au fond de ma bouche, je n’en avais pas conscience, elle faisait discrètement son travail en silence mais si la carie arrive, elle se rappelle à mon bon souvenir. Comme dans notre sociétés les emplois déconsidérés et mal rémunérés : l’aide-soignante, l’assistante de vie, la femme de ménage, la caissière du super marché. Les « premiers de corvée » nous interpellent.

Nous avons perdu la liberté de nous déplacer, de nous réunir. Et pourtant nous l’avions. Cette inconscience vient à notre rencontre et de manière brutale, sans nous avertir. C’était inimaginable ! On s’interroge sur qui doit vivre ? Qui doit bénéficier des moyens modernes, pour qui les respirateurs ? Pas pour les occupants des EPHAD, pour les plus jeunes. Ces questions ressortent avec une violence insoupçonnée là où nous les avions laissés hors de nos vues à des spécialistes de la médecine.

Notre richesse est en nous : nous sommes riches de pouvoir créer des richesses humaines !

Dans la rosace des émotions, la raison chasse la peur. Nous sommes à la recherche de la vérité et celle-ci oblige à soulever les voiles qui l’obscurcissent. Dans la fameuse pyramide de Maslow, l’homme s’épanouit à partir de la satisfaction de ses besoins nécessaires et naturels puis monte dans la pyramide pour s’accomplir. Quelle est cette réalisation de soi ? Quel le sens de nos vies ? D’abord la vie a t-elle un sens ? Ou faut-il s’en construire un pour vivre harmonieusement nos vies ?

« Le temps de l’arrêt c’est le temps de l’humanité » nous rappelle le poète. Cet instant suspendu nous invite à savourer le moment présent. « Le présent est un cadeau », formule jeu de mots qui fait ressentir que, au-delà de l’immortalité, de vies sans fin, c’est l’éternité qui est le véritable chemin. Savourer le moment que l’on vit. Ne plus se disperser, vouloir être partout et en définitive nulle-part. Courir sans fin comme un hamster dans la roue d’une cage. Mais être à ce que l’on fait, ne pas faire quinze choses à la fois. Vivre avec intensité, rajouter de l’épaisseur à la vie et non de la longueur.

Notre bien le plus précieux est-il la vie ? Faut-il donc toujours avoir peur ? des autres et même jusqu’à nos ombres ? Faut-il accepter de remettre en cause nos idéaux pour continuer à vivre ? Si la vie n’est plus digne, est-elle encore une richesse et ne faut-il pas l’abandonner ? Devant la déchéance de nos corps, ne faut-il pas mettre fin à ce naufrage en coulant le navire ? Ceux qui n’acceptèrent pas de trahir leurs frères, qui eurent le courage de dire non à une vie de renoncement le firent. Je pense ici aux résistants, en particulier Pierre Brossolette se défenestrant pour échapper à la fois aux tourments de la gestapo mais aussi pour choisir la liberté à la vie. Ces sacrifices montrent quelque chose de supérieur à nos existences et cet au delà est l’idéal auquel ils aspiraient. Celui de la solidarité, celui du groupe plus important que l’individu.

L’étude de la morale nous rappelle qu’un homme ça s’empêche, qu’il est des choses qu’il ne doit pas faire. Que la satisfaction de sa richesse ne doit pas se faire au prix de la détresse d’autrui. Si nos caisses sont remplies, est ce que l’être peut vivre en se regardant dans une glace s’il voit son frère dans la peine ?

Nous sommes riches d’être. Et Être, c’est faire. « Être ou ne pas être, c’est la question » disait Hamlet perdu dans ces interrogations pour se décider à faire ce qu’il ressent comme une impérieuse nécessité. Celle de rendre justice pour que les hommes aient à nouveau confiance les uns dans les autres.  Vivre et rêver pour donner du concret à la vie.

Nous Francs-Maçons, notre richesse est dans le faire de la défense de nos idéaux, la défense de la liberté, de l’égalité, de la fraternité et de la laïcité. La défense de nos démocraties. Contribuer à faire réussir, à faire tenir ensemble ce fragile équilibre ente tous les idéaux : être en bonne santé, en sécurité, être libre, être égaux et être solidaires. Loin du grandiloquent et du solennel, cela se joue aussi dans la modestie, dans la discrétion d’un regard, d’une attention à l’autre. Dans cet arrêt sur le trottoir pour regarder, voire intervenir…  

Poésie en grec antique signifiait tout type de création, manuelle ou intellectuelle. C’est pourquoi les mots des poètes nous interpellent pour nous dire que « Nous sommes riches de ça mais ça ne s’achète pas  ».  Nous sommes riches de pouvoir créer des richesses humaines. C’est cette noblesse qui a disparu quand on a commencé à pouvoir l’acheter par quartiers.

« Sans nulle autre richesse que d’y croire toujours ». Alors, sans avoir rien que… la force d’aimer, nous aurons le monde entier et triompherons de nos angoisses collectives. Nous sommes riches de notre collectif, de notre fraternité et de notre diversité.  Notre travail est de construire, de bâtir une humanité meilleure et plus éclairée. Nous n’admettons aucune entrave et nous n’aspirons pas au repos.

Nous sommes riches de nous, de notre volonté de bâtir, de consolider nos idéaux pour les faire durer. Pour œuvrer sans cesse à leurs réalisations, comme les utopies de nos Frères et Sœurs qui nous ont précédés. Elle nous vient de cette chaîne d’union dans le temps et dans l’espace qui nous permet aujourd’hui d’être riches de ça.  De sans cesse les remettre sur le métier pour les interroger. Sont-ils beaux, sont-ils justes ?   Pour que demain d’autres Frères et Sœurs les trouvent et prennent le relais.

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