Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Cette crise est une opportunité !

Respectable Loge, La Parfaite Égalité Retrouvée, Orient de Morlaix, Région 9 Ouest

Mots Clefs : ÉducationÉmancipationParticipationProximitéSolidarité

« Quand nous nous sentirons responsables de la douleur d’autrui, notre engagement donnera à notre vie un sens qui nous fera dépasser la fatalité de l’histoire. » (Ernesto Sabato)

De nouveaux outils face aux nouvelles incertitudes…

Au moment où nous écrivons ces lignes, la crise sanitaire est encore là, bien présente, trop présente même, alimentée à foison par des médias dont l’éthique et les motivations devraient être questionnées. Après un confinement de deux mois, puis un déconfinement estival, notre pays est entré de nouveau dans une phase de confinement, avec son cortège de mesures plus ou moins « bien pensées », parfois restrictives (notamment sur le plan des libertés individuelles) et parfois incitatives (surtout en matière de relance économique, érigée en « priorité absolue »). Mais la menace est toujours là… et la peur aussi, dont nous savons qu’elle n’est jamais bonne conseillère !

Comme l’a écrit récemment Edgar Morin, « nous allons vers de nouvelles incertitudes ».

Il faut donc nous y préparer avec de bons outils, au premier rang desquels la raison, héritée des Lumières mais trop souvent abandonnée au profit de l’émotion.

Comprendre ce qui nous arrive pour agir à bon escient…

Avant d’aller plus loin et de tracer modestement quelques perspectives d’avenir, il nous faut donc revenir en arrière et partir de cette expérience extraordinaire qu’a été la première séquence de confinement. Là doit en effet se situer le point de départ de notre réflexion. D’abord parce que cette expérience peut être considérée comme le point de convergence d’un certain nombre de faillites et de manques accumulés au cours des décennies précédentes, le révélateur photographique d’une impasse, celle d’un modèle de développement à bout de souffle et dangereusement destructeur. Mais aussi parce que cette expérience inédite d’un « temps long disponible » — vécue différemment et parfois très difficilement, selon la situation de chacun — a favorisé un « travail de pensée », indispensable à la compréhension de « ce qui nous arrive ». Nous ne sommes pas dupes, bien sûr : ce travail de la pensée s’est fait plus ou moins consciemment, avec plus ou moins d’élaboration et des outils parfois rudimentaires. Mais il s’est fait et là est l’essentiel en réalité : ce travail de la pensée va laisser des traces et certaines sont déjà apparentes, en matière d’évolution des comportements individuels et/ou collectifs. Ces traces, visibles ou non, doivent être entretenues, car elles sont très fragiles et surtout constitueront demain le moteur d’une action renouvelée.

Que retenir, par conséquent, de cette expérience, qui puisse alimenter utilement notre réflexion pour nous aider à construire un futur plus désirable ?

Le confinement a tout d’abord été vécu différemment selon la situation de chacun mais a permis de rappeler l’enjeu que représente le logement dans la construction de son identité personnelle : « habiter » un « chez soi » contribue au « bien-être » de tout individu !

Les deux mois de confinement ont aussi permis de vivre un autre rapport au temps, un ralentissement inédit et fécond dans une société qui s’est progressivement soumise à l’impératif incessant de la vitesse. La limitation des déplacements et l’inactivité « forcée » ont suscité des pratiques de consommation différentes, dont le point commun était la notion de « proximité » (intérêt pour les producteurs locaux, production autonome via le jardinage, attention plus soutenue à l’environnement).

La période de confinement a aussi suscité très rapidement une floraison d’initiatives solidaires, individuelles ou/et associatives, orientées en particulier vers les personnes les plus vulnérables, et facilitées parfois par une pratique vertueuse des réseaux sociaux, autant d’expériences qui ont permis de confirmer l’importance de la relation humaine de proximité.

Enfin, dans le prolongement de ce qui précède, le confinement aura aussi permis de mettre sur le devant de la scène des métiers « invisibles » ou oubliés, essentiels pourtant au fonctionnement de toute société humaine, les « métiers de la relation ».

Des principes et des actions concrètes…

Comment, à partir de ces quelques constats, faire en sorte que chaque individu, demain, puisse effectivement prendre sa place dans une société accueillante pour tous ?

Sans doute, commencer par poser quelques principes essentiels sur lesquels se mettre d’accord avant d’esquisser ensuite quelques propositions concrètes.

Reconnaître tout d’abord, humblement, que le changement de paradigme qu’appelle l’impasse actuelle nécessitera un « déconfinement des esprits » qui prendra du temps et qu’il faudra accompagner. Prendre appui, ensuite, sur les aspirations des Lumières qui n’ont eu de cesse de promouvoir un individu émancipé, mais dont l’héritage a été trop souvent dévoyé par l’avènement trop fréquent d’un individu « aliéné ».

L’individualisme émancipateur que nous appelons de nos vœux n’est pas celui qui dérive vers le « moi d’abord », ni celui qui étouffe l’envie d’être ensemble. Il s’inscrit au contraire dans un « nous » collectif, fondé sur cet essentiel qu’est la relation humaine pour permettre réellement de « faire société ». Il s’agit d’un individualisme qui doit permettre à chacun de s’épanouir réellement mais aussi de se sentir pleinement responsable de tout être humain, proche ou lointain.

Mais cette responsabilité doit aussi se porter impérativement vers les générations futures pour leur laisser une « maison commune » habitable. 

On le pressent déjà, le défi est à la fois redoutable et urgent ! Et c’est bien une révolution qu’il faut entreprendre – y compris intérieure – et sans tarder.

Une révolution dont les maîtres-mots pourraient être les suivants : société relationnelle, fraternité universelle, solidarité, émancipation, épanouissement, proximité, participation, démocratie…

Notre expérience et nos réflexions nous conduisent à proposer les pistes concrètes suivantes, assises sur les principes ci-dessus affirmés :

  1. Pour lutter contre les crispations préoccupantes de notre société : construire les politiques publiques de manière plus ascendante et plus participative, ce qui suppose d’organiser différemment la société en nous appuyant davantage sur les territoires de proximité et la diversité de leurs acteurs (associations, services publics, entreprises, citoyens…).
  2. Pour favoriser l’émergence d’individus libres, éclairés et responsables : mettre l’enfance, l’instruction et l’éducation au cœur des priorités nationales ; redéfinir la politique éducative avec tous les acteurs concernés pour qu’elle favorise effectivement l’épanouissement de chacun et la promotion de la citoyenneté ; décloisonner l’institution scolaire pour qu’elle soit plus ouverte vers la cité.
  3. Pour protéger et consolider la démocratie : promouvoir et soutenir davantage la créativité des associations et leur rôle en matière de formation citoyenne ; donner aux associations les moyens nécessaires au développement du bénévolat et de l’engagement (recrutement, accueil, formation, accompagnement et reconnaissance des bénévoles) ; favoriser une approche critique et éthique des réseaux sociaux ainsi que des outils d’information pour les mettre au service de la population.
  4. Pour dépasser les impasses du « court-termisme » : déployer davantage, face aux problèmes économiques, sanitaires, sociaux et environnementaux, des logiques de prévention et d’anticipation ; soutenir et encourager la recherche, l’innovation et la prospective dans tous les domaines, y compris dans les sciences sociales.
Pour aller à l’essentiel…   La crise que nous vivons depuis quelques mois, qui va au-delà de la seule dimension sanitaire, est aussi – en référence à l’étymologie du mot – un moment de choix que nous devons saisir collectivement pour engager dès à présent, par notre réflexion et notre action, une transformation en profondeur de notre société.   Les francs-maçons se doivent, comme l’ont fait leurs prédécesseurs, de rassembler leurs énergies, leurs compétences et leurs différences pour construire et promouvoir une « fraternité universelle » qui redonne de l’espérance aux générations d’aujourd’hui et de demain.  

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