Sceau GODF
Mariane
Livre blanc

Au regard de la situation chaotique des échanges commerciaux que la crise a fait émerger, quelle nouvelle configuration pour quel nouveau commerce mondial ?

Respectable Loge, Intersection, Orient de Paris, Région 12 Paris 2

Mots Clefs : ConsumérismeDécroissanceFrugalitéRetour à la normale

Acter le chaos

   La crise du coronavirus s’est présentée tout d’abord comme une menace sanitaire, face à laquelle les gouvernements ont pris des mesures de limitation des contacts humains, engendrant une réduction des activités économiques au sein de chaque pays, et des échanges entre les pays. Les conséquences furent stupéfiantes, avec des phénomènes de paralysie économique d’une synchronicité et d’une rapidité jusqu’alors inconnus. 

   Personne aujourd‘hui ne peut affirmer vraiment comprendre le comportement épidémique du coronavirus et ses évolutions futures en termes de deuxième vague, d’immunité ou de recontamination, de perspectives de traitement ou de vaccin. Dès lors, au point de vue de l’économie, il est impossible de prédire si les économies mondiales vont pouvoir connaitre rapidement un « retour à la normale » au niveau de 2019… ou si un autre avenir se présente, très diffèrent du passé.

Le retour au passé est-il possible, vraisemblable ou souhaitable ? Quel était donc ce « bon vieux temps » de la fin 2019 ? 

   Il était caractérisé par un emballement de l’économie mondiale tirée par les locomotives américaine et chinoise, elles-mêmes alimentées par un crédit illimité à bas taux et par la pratique d’un commerce planétaire optimisé, limitant au maximum les frictions géopolitiques, douanière ou monétaire. Cette optimisation permet, presque sans limite, le démembrement et la répartition des filières industrielles au sein d’un maillage complexe à la surface du globe entier.

   Avec le coronavirus, ce manège planétaire à grande vitesse s’est arrêté d’un coup. Aux Etats-Unis, connus pour la flexibilité de leur modèle économique, les entreprises paralysées ont aussitôt libéré leurs employés par millions (+40 millions en 2 mois) et le taux de chercheurs d’emploi a bondi de 3.5% à 20%. Tous les citoyens du monde marchand, hier grisés par les plaisirs addictifs d’un consumérisme sans limite, se retrouvèrent bloqués chez eux, inquiets pour leur santé et leur avenir économique,frileux à l’idée d’acheter autre chose que le strict nécessaire (hygiénique) alors qu’ils possèdent déjà la plupart des commodités modernes suffisantes pour vivre confortablement. 

   Est-il possible que les habitudes de consommation ressortent fondamentalement transformées de ce coma économique ? Les anciens consommateurs vont-ils s’orienter vers des pratiques plus frugales et plus responsables ? Les modes de vie (télétravail dans les secteurs tertiaire et même secondaire) seront ils irrémédiablement transformés ou allégés ?

   On peut souhaiter un apaisement de la machine industrielle mondiale, avec une extraction moins vorace des ressources naturelles et une pollution (carbone ou autre) moins aveugle. On peut aussi imaginer que le choc paralytique du coronavirus déclenche une libération du véritable potentiel de la mutation digitale, notamment aux États-Unis toujours enclins aux adaptations fulgurantes. Cela pourrait occasionner une rupture avec une incorporation progressive de l’internet aux modes de vies de l’après-guerre, pour basculer dans une révolution sociale ou tout est prétexte à une réinvention centrée sur la dématérialisation que permet l’internet. 

   Si le scénario d’une décroissance paisible et concertée à l’échelle planétaire est attrayant, il est cependant peu réaliste. En 2020, l’humanité est irréversiblement engagée dans l’aventure industrielle avec sa promesse d’épanouissement par le développement économique et le travail rémunéré pour tous. Déjà, la poursuite du fameux « retour à la normale » semble guider les plus réactifs des gouvernements, tel celui des États-Unis qui a voté une croissance explosive des moyens de la Reserve Fédérale, pensant que des injections forcées de liquidités viendront dégripper et relancer la machine économique paralysée par la frilosité ambiante. Pour le moment, l’essentiel de ces fonds est allé aux marchés financiers (de retour au plus haut de 2019) sans redémarrage de l’économie réelle.

Les Européens travaillent à une injection similaire. Mais la Commission Européenne prévoit déjà une contraction de -8.3% de l’économie sur 2020, avec -11.2% en Italie, -10.9% en Espagne et -10.6% en France. Cet effondrement interne de chaque pays s’accompagne de l’effondrement du commerce entre les pays. L’OMS prévoit une baisse de -18.3% pour les échanges internationaux sur 2020 (après avoir précédemment envisagé -32%). Les principaux pays exportateurs (Chine, Allemagne, Australie) redoutent non seulement que leurs clients perdent une partie de leur appétit, mais qu’ils décident aussi de relocaliser certaines industries stratégiques, au vu des tensions montantes sur la scène internationale.

   Il est vraisemblable que beaucoup d’Etats vont céder à la tentation keynésienne de l’investissement artificiel, pour combler l’essoufflement du consumérisme « frivole ». Certains vont d’abord essayer la simple relance monétaire, comme les Etats-Unis ou l’Europe, probablement sans succès durable. D’autres (Chine, Russie, Brésil ?) joueront la carte risquée mais éprouvée des grands programmes militaires pour forcer le rythme de leurs outils de production industriel domestiques.

Bâtir ou détruire ?

   Est-il possible pour l’humanité d’éviter le recours à l’artifice d’une croissance de l’activité adossée à une propagande nationaliste belliqueuse ? Est-il possible de bâtir, plutôt que de détruire ?

   La crise du coronavirus a été le révélateur du niveau de surrégime et d’artificialité de l’économie mondiale conventionnelle. Bien que des portions entières des sociétés industrielles furent mises en sommeil, leurs populations ont pu continuer de vivre et survivre. Et si le virus se maintient, ou si les populations adoptent une nouvelle normalité, il est probable que les économies industrielles vont imploser, en cascade. Il est crucial d’offrir au monde une trajectoire de relance. Celle-ci, doit prendre en compte le fait que le niveau d’activité souhaitable est supérieur à celui de populations en survie frugale. Elle doit en outre éviter les écueils d’une relance militaro-nationaliste dangereuse ou d’une relance consumériste effrénée, probablement sans effet durable.

   Quitte à « pousser les machines » pour relancer l’activité, il est possible d’engager la France, et l’Europe, dans un projet volontariste de grands travaux, modernes dans leur objet et dans leur gestion (à base de partenariats internationaux), dont la mission combine deux grands axes :

   – bâtir et déployer les infrastructures et industries du XXIe siècle dans un objectif de réduction des pollutions : industries d’électrification des transports, de production d’énergie décartonnée (nucléaire sans déchets long-terme, solaire spatial) ;

   – procéder à la réparation des erreurs et au nettoyage des dégâts issus de la précédente phase de l’expansion industrielle, avec des travaux de traitement des pollutions passées (nucléaires et autres), démantèlements et renforcements divers. 

   Ces deux axes offrent des perspectives d’export, non seulement à visées de débouchés industriels externes, mais aussi dans le but de fournir à nos voisins planétaires une alternative utile pour leur feuille de route de relance économique. 

Proposition phare : inscrire la relance européenne dans un projet d’investissement massif de mutation industrielle futuriste et responsable, d’ambition planétaire.

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